Grand Prix de France : Que la vie est Bulle !

Saison 2011 du Championnat de France FSBK; après un parcours débutant en Junior Cup en 2004, Louis Bulle réunit tant de qualités sportives et humaines qu’il a intégré la meilleure équipe du moment en Supersport, le team Dark Dog Academy opéré par MG Compétition.

Louis est non-seulement très rapide en piste mais ce qui le différencie encore plus des autres pilotes, ce sont ses qualités humaines ; toujours un sourire sur les lèvres, toujours un petit mot gentil, toujours prêt à répondre à une demande et toujours modeste. Il est ainsi rapidement devenu le chouchou du paddock, dans un milieu où les egos surdimensionnés sont légions et les visages pas toujours ouverts.
Ca tombe bien, lui, il a la tête aussi bien faite que pleine ; bref, le gendre idéal !

Mai 2012; Louis s’entraîne avec son team sur le circuit de Dijon, en vue de la bataille pour le titre national. La Yamaha R6 rugit sainement quand, au moment de prendre les freins à très grande vitesse, rien ne répond. Pas le temps de réfléchir, pas même le temps de réagir sur ce circuit aux dégagements parfois limités, Louis est déjà dans les barrières. Le choc est terrible. La moto s’envole, retombe sur son pilote en lui brisant une vertèbre et prend immédiatement feu. Louis est impuissant, bloqué sous sa moto en feu. Logiquement, il est mort.

La vie tient parfois à presque rien, en l’occurrence un casque orange vif. 
Le coéquipier de Louis, David Perret, qui le suivait sur la piste, arrive sur les lieux de l’accident, découvre la R6 en feu mais ne voit pas Louis, coincé au milieu du brasier. Puis, à la dernière fraction de seconde, il aperçoit le célèbre casque Suomy à travers la fumée noire. Sans hésiter, il se précipite dans le feu et extrait Louis des flammes. Il se brûle lui-même dans l’opération mais peu importe, il sauve la vie de Louis, du moins pour quelques temps car le pronostic vital de ce dernier est très sérieusement engagé ;  fracture de la 12ème vertèbre mais surtout brûlures au troisième degré sur la moitié du corps, Louis est immédiatement transféré au Centre des grands brûlés de Lyon, intubé et plongé dans une semi-conscience artificielle pour essayer de stabiliser son état et préserver une petite chance de survie.

Le choc est terrible également dans le milieu du sport moto français et tout le monde retient son souffle pendant plusieurs jours, à commencer par sa famille qui, bien que solide, craque légitimement.
Après l’opération de la vertèbre et plusieurs jours d’insupportable attente, le verdict tombe ; Louis devrait vivre mais il faudra lui amputer des phalanges, trop brûlées, et les innombrables greffes de peau prévues nécessiteront de nombreux mois avant de lui rendre une certaine mobilité. 
C’est dramatique, mais tous ceux qui l’aiment (c’est-à-dire tout le monde) sont soulagés ; il va vivre ! Il subit greffe sur greffe et a les membres artificiellement bloqués pour que sa peau ne se rétracte pas. Il ne se plaint jamais.
Pour le soutenir, différentes actions sont lancées ; autocollants « Go, Louis! », page Facebook, banderole et photo collective de tous les pilotes du Championnat de France, etc.

Incroyable mais révélateur du mental du bonhomme, deux semaines après son accident, Louis donne lui-même de ses nouvelles sur le Net ! 
Début juillet, il quitte le Centre des grands brûlés pour un centre de rééducation.

Louis Bulle : « Alors voilà, je suis bien arrivé au centre de rééducation ce début de mois de juillet ! Bon c’est pas tout à fait ce à quoi je pensais, mais je sens quelques progrès quand même ! Pas de partout malheureusement …
Je dois porter un ensemble de vêtements compressifs (ça donne chaud, vous pouvez pas savoir … ), des attelles toutes la journée à la main droite et au bras gauche, un masque pour mon visage, un collier pour ma brulure dans le cou et ce qu’ils appellent des « montres » (des sortes de haricots en reliefs en silicone qui sont plaqués sur la peau sous mes compressifs, et qui luttent contre la rétraction de la peau en l’allongeant ). Alors, je vous assure qu’une fois arnaché je suis un peu bloqué …

Ma main se répare bien, je n’ai plus que 2 doigts qui n’ont pas fini de cicatriser dont un qui l’est presque. J’arrive de plus en plus à les bouger, et le chirurgien m’a dit que c’était en bonne voie. Pour le reste, mon bras et mon visage montrent beaucoup de progrès, l’inflammation semble beaucoup diminuer et je peux presque tendre le bras à fond ! Même chose pour ma colonne, la vertèbre est en bonne voie de cicatrisation et au bon endroit (ouf !!), reste plus qu’à attendre le rendez-vous des 6 mois ! Par contre pour mes jambes, l’inflammation est au plus haut, et la rétraction se lance, ce qui fait que mes jambes sont de plus en plus lourdes et rigides … les attelles sont là pour guérir tout ça, et d’ici quelques mois tout devrait s’arranger ! »

Commence donc une très longue et très pénible période durant laquelle son emploi du temps est ponctué de soins incessants :  « Depuis ma sortie de l’hôpital, j’ai fait des progrès, j’arrive à marcher, mes doigts bougent bien. Les médecins ont fait du bon boulot, mais la guérison sera encore très longue, je le sais.
Je dois encore rester au centre de rééducation au moins 4 ou 5 mois. Je dois porter des vêtements de contention pour aider mes brulures à cicatriser, et je porte aussi un masque. Ma lèvre à été brulée au 3ème degré; en guérissant la peau se rétracte, ce masque empêche la peau de se contracter.

Les kinés ont de quoi s’occuper avec moi, ils me massent 3 heures par jour pour assouplir la peau et empêcher qu’elle ne se contracte. »

Les belles paroles et les visites se raréfient un peu et seuls quelques fidèles prennent encore régulièrement de ses nouvelles. Evidemment, le moral est parfois fluctuant, mais Louis garde la plupart du temps son éternel optimisme. Il parle d’avenir, de reprise d’étude… et de moto.
Ce garçon est tout simplement une vraie leçon de vie vivante !

Il suit toujours les Grand Prix à la télévision puis annonce à son entourage qu’il veut remonter sur une moto. Pour ne pas le contrarier, on lui dit « oui », voire on commence à envisager théoriquement une poignée de frein adaptée à ses phalanges manquantes…  pour qu’éventuellement, il puisse, « un jour », faire un tour de moto sur une route de campagne. En fait, personne n’y croit vraiment et tout le monde pense qu’il est devenu fou.

Mais au cours de plusieurs discussions que nous avons eu avec lui, Louis s ‘est toujours montré déterminé et, après avoir pesé le pour et le contre, vis-à-vis de lui-même et de sa famille, il en est certain ; il roulera à nouveau, et si possible sur piste. Sans prétention, juste pour le plaisir.
Chacun prend cela pour un vœu pieu, surtout en regardant son visage caché derrière un masque en plastique transparent destiné à protéger sa peau des agressions extérieures et à lui garder une certaine souplesse. 
Les mois passent, Louis retrouve peu à peu force et mobilité…

Saison 2014, engendrant l’admiration de chacun, Louis Bulle s’aligne à nouveau en Championnat de France Supersport. Malgré les belles  promesses, il ne fait plus partie d’un gros team mais roule maintenant avec sa propre moto, simplement décorée par les sponsors qu’il a trouvés et soutenue par le Moto Ain Racing Team et Pierre Chapuis. Il est juste là pour se faire plaisir, mais… sait-on jamais , avec lui?

La saison 2014 s’achève sur une domination totale de Lucas Mahias, le pilote Dark Dog Academy, devant l’incroyable Louis Bulle, Vice-Champion de France Supersport malgré sa main droite aux phalanges amputées! 
Qu’éprouver d’autre, à part un immense respect et des larmes de joie ?

L’histoire est belle, non ?

Certes, elle est déjà magnifique, mais elle touchera au sublime quand vous aurez appris que, selon nos sources, Louis sera au départ du prochain Grand Prix de France, le 17 mai, au guidon de laTransFiormers de Christian Boudinot!
Vous ne pourrez pas le manquer ; il aura évidemment son casque orange… et son inoxydable sourire.

Il y a des jours où la vie est tout simplement belle.  Aujourd’hui est un de ces jours!  Le 17 mai en sera un autre, également.
Nous espérons très sincèrement que la foule saura lui faire la formidable ovation qu’il a plus que méritée !
Go, Louis, Go !

Stay tuned !

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