Le 19h30 de Christophe Bourguignon : "Crutchlow, c'est une pointure!"



Avec une septième place au Qatar et à Austin, la saison de Cal Crutchlow n’avait pas mal commencé mais, comme il l’avait rappelé lors de la conférence de presse du Grand Prix d’Argentine (lire ici), ses résultats étaient insuffisants.

Lorsque nous avions abordé la question des performances attendues par LCR avec Christophe Bourguignon, son ingénieur et notre consultant, ce dernier nous avait confié que la mission du Britannique était avant tout d’être le meilleur pilote satellite avec, de temps en temps et selon le déroulement de la course,  de tenter d’accrocher l’un ou l’autre podium.

Si tel avait bien été le cas à Losail, en revanche, à Austin, le britannique avait dû s’incliner devant Bradley Smith, son ancien équipier chez Tech3.   

Pour corser le tout, lors de l’étape argentine, le pilote LCR partait avec un handicap sur ses collègues puisque mis à part quelques tours lors d’une tournée promotionnelle en 2013 sur la Yamaha Tech3 (c’est à ce moment qu’il a trouvé Hector…les fans comprendront, les autres lire ici), il ne connaissait pas le tracé sud-américain vu qu’il avait dû y déclarer forfait la saison dernière.  

Pourtant, au terme d’un bon weekend, il décrochait son premier podium pour LCR, devenant ainsi un des rares pilotes à avoir décroché un podium avec trois constructeurs différents.

Bien entendu, chez LCR, la liesse était totale et comme nous le confirme aujourd’hui Christophe Bourguignon, avoir Crutchlow chez soi, c’est l’assurance d’avoir une pointure sur et en dehors de la piste.  

GPi : Dernièrement, tu nous avais dit qu’avec Cal, l’objectif était d’être premier satellite et, les jours où les autres étaient moins en forme, de tenter de monter sur le podium. Quand tu vois comment il s’est débrouillé tout au long des séances en Argentine, tu penses toujours que la victoire est inaccessible ?

C.B. : Aujourd’hui oui, je le pense toujours. Nous verrons comment nous évoluons tout au long de la saison. En Argentine, nous avons profité de circonstances favorables mais bon, il fallait être là. Il n’a pas volé son podium, ce n’est pas ça que je veux dire mais Dani (Pedrosa) n’était pas là, Lorenzo n’était pas dans une grande forme et Marquez a chuté… Si on avait terminé quatrième, on aurait aussi été très content. On va donc garder les pieds sur terre. L’objectif reste d’être premier satellite, de rentrer dans les cinq ou les six tous les weekends et de profiter d’un Grand Prix ou l’autre, où nous sommes bien et les autres un peu moins, pour tenter d’accrocher un podium. Il ne faut pas penser que du jour au lendemain, nous serons top3 à chaque course. Les six que nous avons devant nous, Marquez, Pedrosa, Rossi, Lorenzo, Dovizioso et Iannone sont des pilotes performants. Mais bon, nous ferons de notre mieux et je ne pense pas que Cal ait l’intention de se contenter d’un podium sur l’année.

GPi : En parlant de Iannone, peut-on dire que Cal lui a mis une sacrée gifle dans le dernier virage ?

C.B. : Pendant tout le weekend, il a été un des plus rapides dans le dernier secteur. En analysant les datas, on savait qu’il rentrait fort dans ce virage-là. Nous en avions parlé avant et il se savait fort à cet endroit du circuit. Moi, de mon côté, je savais qu’il allait essayer. Quand je l’ai vu passer à 150 millièmes de Iannone dans le troisième secteur, je savais qu’il allait le tenter. Iannone fait certainement une petite erreur car en essayant de rentrer tard, il n’a pas pu garder la corde et vu que c’était le plan de Cal de passer là, il n’avait aucune chance. Avec lui, on sait que s’il y a une opportunité, il va la saisir. Après la course, il nous a dit que quoi qu’il arrivait, il allait essayer là, quitte à prendre de gros risques. Crutchlow est un pilote généreux et c’est exactement ce dont LCR a besoin.

GPi : Tu es donc satisfait de Crutchlow…

C.B. : C’est clair que c’est une pointure ! Au niveau caractère, envie et détermination, Cal est fort ! Il n’est jamais satisfait de ce qu’on fait, il en veut toujours plus, il est demandeur. Techniquement c’est bien pour nous, et pour le futur, c’est excellent puisqu’on ne peut jamais se contenter de ce qu’on a.  

GPi : Donc, à l’heure actuelle et depuis ton arrivée chez LCR, c’est un des meilleurs pilotes que vous avez eu dans le garage ?

C.B. : On en reparle dans trois mois. Il est déterminé, rapide et j’espère sincèrement faire encore de belles choses avec lui.  

GPi : Finalement, vous avez une belle équipe avec Miller et Crutchlow. Deux personnages en tout cas!

C.B. : Miller, c’est un chien fou. En course, il se lâche comme il faut et Cal Crutchlow est un vrai team player. C’est clair que ce sont deux personnages. Ils ont tous les deux du charisme. Lorsqu’il y a le moindre souci, ni l’un ni l’autre n’ont peur de l’ouvrir, quel que soit leur interlocuteur. Crutchlow est un gars qui a réussi à monter sur le podium avec les trois marques. Il commence à avoir de la bouteille et Miller, c’est probablement le gars qui, d’ici deux ou trois ans, s’il a la chance de rester sur de bonnes motos, jouera devant.

Mais de par sa position et son expérience avec Honda, Christophe est également un interlocuteur de choix sur tout ce qui touche de près ou de loin à un problème technique sur les RVC.

Cest pour cela que nous avons abordé avec lui la question du choix de pneu, erroné ou pas (vous le découvrirez) de Marc Marquez  

GPi : Parlons un peu du cas de Marquez, bon ou mauvais choix de pneus au final ?

C.B. : Le choix, il l’avait et s’il était parti en extra dur, il se serait aussi battu devant. Son choix était calculé et dans l’absolu, il lui a juste manqué un tour et demi pour gagner la course. Ce n’est donc pas comme si, avec son équipe, ils s’étaient plantés à 200%. Ce qu’il y a, c’est qu’il ne pensait certainement pas détériorer autant son pneu arrière. S’il avait gardé son pneu comme Cal, Rossi ne l’aurait peut-être jamais revu. Son pneu s’est ouvert, il s’est un peu déchiré et on voyait bien que sur tous les gros freinages dans les virages à droite il n’avait plus aucun grip et il ne savait plus s’arrêter comme il le devait.

GPi : Alors son erreur a été de vouloir s’échapper à tout prix, et donc de taper dans le pneu d’entrée?

C.B. : Peut-être, mais après, lorsque tu pars en pneus plus tendres et que tu sais que ta gomme va se dégrader plus vite, c’est compréhensible d’avoir voulu faire un petit trou. Mais en effet, si, en début de course, il avait géré un tout petit peu plus son pneu, il aurait certainement pu garder un rythme supérieur et garder un écart par rapport à Rossi. Mais bon, tu sais, le pneu c’est dans les premiers tours que tu l’abîmes le plus parce que c’est à ce moment-là qu’il prend le plus de température. C’est là que tu fais des micro-bulles qui, à la longue, déchirent le pneu.

GPi : Donc pas de mauvais choix de pneu…

C.B. : Non je ne pense pas. La course ne s’est pas tout à fait déroulée comme il l’avait imaginée mais bon, au pire, il était deuxième. A un tour et demi près, Marquez gagne la course et tout le monde dit qu’il fait le bon choix de pneu.

GPi : Et puis, il est tombé sur un Rossi en état de grâce !

C.B. : On sait tous que Rossi est bien meilleur en course que ce qu’il l’est aux essais. On s’attendait à voir Rossi et Lorenzo. Ça a bien démarré pour Rossi qui a su se concentrer et réaliser de bons chronos. On a vu que lui aussi glissait et que la moto bougeait. Ça n’a pas non plus été juste une partie de plaisir pour lui, mais quand on regarde le tour par tour, on voit qu’il n’a pas commis une seule erreur. Marc, en revanche, en a fait quelques-unes, une fois 3 dixièmes, une fois quatre dixièmes… Ce sont ces petites erreurs qui lui ont couté la victoire.

Stay tuned!

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