Le 19h30, Andrea Dovizioso : " j'avais besoin d'une équipe qui croit en moi"



Jerez, jeudi 30 avril, 16h40, nous ne sommes qu’en avril mais la chaleur est déjà presqu’accablante, la salle de presse climatisée sert de refuge à quelques journalistes venus reconnaître le terrain avant la déferlante du weekend où 235.000 spectateurs se presseront sur les collines du circuit andalou pour assister au grand spectacle du MotoGP.

Le ventre est serré et les mains sont moites car dans cinq minutes, chez Ducati, nous allons interviewer Andrea Dovizioso.

Dovi, c’est déjà 14 ans de carrière, un titre de Champion du Monde 125cc en 2004, deux secondes places, deux troisièmes, 68 podiums, 10 victoires mais une histoire encore à écrire en MotoGP.

En 2008, lors de son arrivée en catégorie reine chez JiR Scot Honda, l’écurie de Gianluca Montiron, le jeune italien se fait d’emblée remarquer en tenant la dragée haute à Valentino Rossi, qu’il battra pour le gain de la quatrième place, sur la piste de Losail, au Qatar.

Dovi freine déjà fort et le Dottore en personne rencontre les pires difficultés à s’en défaire.

Abonné au top 5, il devra toutefois attendre l’avant dernière course, en Malaisie, pour enregistrer le premier podium d’une saison qu’il terminera au cinquième rang du classement général.

Repéré par Honda, l’Italien n’attend pas longtemps pour gravir les échelons puisque l’année suivante, il débarque chez Repsol Honda, la tête remplie de rêve. Il a alors 23 ans et ça fait 20 ans qu’il pilote des motos.

Pourtant, le rêve devenu réalité ne se concrétisera jamais réellement ! Arrivé en tant que second pilote à l’époque où le HRC avait encore foi en Dani Pedrosa et malgré une victoire dès sa première saison (Donington), il ne se défera jamais de son statut de second et même de troisième pilote lors de l’arrivée de Casey Stoner en 2011.

Dovi est sensible, il a besoin d’une équipe qui croit en lui, il rêve de développer une moto, de travailler avec les ingénieurs, qu’on accorde du crédit à son feedback, ce sont les mots d’Hervé Poncharal (lire ici).

Lors de l’interview, il nous dira d’ailleurs « ici (chez Ducati), la situation est totalement différente pour plusieurs raisons […] un parce que je suis italien, deux parce qu’on habite tous dans le même coin et trois parce qu’ils croient en moi ».

Chez Repsol, on écoute les doléances de Pedrosa, on lui développe les pièces, l’Italien fait le déverminage… C’est le deal !

Et s’il était encore besoin que le HRC lui montre qu’il ne comptait pas sur lui, il le fera lors de la seconde année de son contrat au cours d’un épisode resté célèbre et où l’Italien affichera sa détermination à ne pas se laisser marcher sur les pieds.

Fin 2010, le HRC n’a plus la foi absolue en Dani Pedrosa et se met en tête d’engager Casey Stoner et de l’aligner au côté du Catalan.

Dovi est de trop et les japonais lui font comprendre qu’en 2011, il sera persona non grata chez Repsol Honda. Le caillou dans la chaussure de Honda c’est que son contrat contient une clause selon laquelle il sera prolongé d’un an si et seulement si il figure parmi les trois premiers au moment d’arriver à Laguna Seca et pas de chance, au moment de débarquer en Californie, Dovizioso est second.

Les stratèges nippons essayeront de le placer chez LCR avec le même traitement que le regretté Simoncelli chez Gresini mais rien n’y fera, Dovi ne changera pas de position et obligera Honda à aligner trois machines en 2011.

Ce geste mêlant fierté, orgueil et ambition signe l’arrêt de mort du pilote qui, en 2012, ira rebondir chez Tech3 sur une Yamaha privée où il ne décrochera pas moins de six podiums !

Après une telle démonstration, l’Italien s’attend à recevoir sa chance sur la selle de la M1 factory laissée vide par Ben Spies mais là encore, il joue de malchance puisque Valentino Rossi décide de revenir à la maison et de ce fait, de prendre la place tant convoitée par notre interlocuteur.

Mais la chance va enfin sourire à Dovi lorsque Ducati le choisit pour remplacer son compatriote parti retrouver sa M1.

Débute alors le début d’une aventure qui n’aura pas été rose tous les jours puisqu’il hérite d’une machine développée dans tous les sens pour ne jamais rien donner.

En 2013, il terminera huitième du Championnat du Monde, son plus mauvais classement depuis son arrivée en catégorie reine.

Déçu de sa machine et démoralisé par des résultats aussi décevants que la GP13, la fin de saison se termine sur une note d’espoir lorsqu’il apprend que le management italien vient d’engager Gigi Dall’Igna, le sorcier d’Aprilia.

C’est la naissance d’une relation magique qui aujourd’hui fait de Dovizioso un des pilotes les plus respectés du plateau, second du Championnat du Monde sur une GP15 qui conserve la puissance de celles qui l’ont précédées au hall of fame de Borgo Panigale mais qui, Ô miracle, tourne enfin !

16h45, Hospitality Ducati : Dovi termine une interview pour un confrère britannique, il s’approche de nous, l’attaché de presse de Borgo Panigale nous met en relation, il nous tend la main, souriant, détendu, simple, un monsieur tout le monde mais qui, le dimanche, tape le 350 km/h en ligne droite et se bat avec la crème des crèmes dans un Championnat chaque semaine plus passionnant.

Trêve de mots, trêve de blabla, place à l’artiste.              


GPi : Andrea, tu as désormais disputé quatre courses et deux tests sur la GP15 (ndlr, à Sepang 1, les pilotes Ducati avaient roulé sur la GP14.3), quel est ton sentiment général ?

A.D. : Ah ben il est très bon. La moto est bien née et comme tous les projets, tu le vois directement si la moto fonctionne ou pas. Elle a déjà presque toutes les caractéristiques pour être compétitive et nous permettre de jouer la victoire. Il lui manque juste un tout petit peu de travail parce qu’au final, elle n’a que très peu de kilomètres mais elle fonctionne bien, elle tourne bien et surtout, elle me procure des sensations que je n’avais plus ressenties depuis deux ans et pour un pilote, c’est important. A présent, il reste juste à affiner le travail pour avoir un peu plus de grip et plus de stabilité au freinage mais en fait, ce ne sont vraiment que de petits détails.   

GPi : La moto tourne…enfin, comme tu dis ! Comment as-tu vécu ces deux années de vaches maigres ?

A.D. : Ça, ça a vraiment été le point le plus difficile. La première année, nous avions beaucoup de limites et ça a été l’année la plus compliquée. La saison dernière, en revanche, nous avons amélioré beaucoup d’aspects et nous sommes devenus un peu plus compétitifs. Mais nous n’avons jamais été compétitifs au point de pouvoir jouer la victoire parce que la moto ne tournait pas et sous cet aspect-là, les choses n’ont jamais changé. Avec l’expérience que j’avais accumulée au cours de ma carrière, je savais que sans ça, on ne pourrait jamais rien faire de spécial. Le travail accompli maintenant sur la nouvelle moto a surtout amélioré ce point-là et maintenant, les choses vont de l’avant.

GPi : Si aujourd’hui, tu devais dresser une liste des points de force et des points faibles de ta machine qu’écrirais-tu dessus ?

A.D. : La moto a beaucoup de points positifs. Elle tourne bien, elle use bien les pneus mais pour devenir parfaite, nous devons améliorer le grip parce que si on peut améliorer ce point, elle consommera encore un peu moins les gommes. Je pense que c’est sur ce point que devra se faire la différence et que c’est la clé pour que nous puissions jouer la victoire. Pour moi personnellement et en raison de mon style de pilotage, j’aimerais avoir un peu plus de stabilité au freinage. Pas tellement pour aller plus fort mais mon style demande un freinage agressif et j’aimerais avoir un peu plus de marge mais je le répète, ce ne sont que des petits détails. Ceci dit, nous sommes en Championnat du Monde et c’est sur les détails que les courses se gagnent.

GPi : On parle beaucoup des avantages concédés à Ducati en matière de carburant et de gommes mais au final, à certains moments, ces avantages ne deviennent-ils pas des inconvénients. Je pense surtout aux gommes et en particulier en Argentine où tu n’avais pas l’extra-hard à ta disposition ?

A.D. : En Argentine effectivement mais si je pense aux 18 courses, le problème ne se posera pas souvent. Il y a du pour et du contre. Le « pour » est qu’en qualifications, nous avons plus de tranquillité pour réussir le chrono et donc s’élancer d’une bonne position sur la grille ce qui, en course, est extrêmement important. Le « contre » est qu’en effet, comme ça s’est passé en Argentine, il arrivera parfois que nous n’ayons pas la gomme pour jouer la victoire.

GPi : Vous avez également une certaine liberté de développement sur les moteurs et, bien entendu, comme tout le monde, sur le reste de la moto. A l’heure actuelle, vous avez déjà reçu des évolutions ou la GP15 est-elle toujours dans l’état où elle se trouvait lors du second test à Sepang ?

A.D. : Des évolutions il y en a eues mais plus au niveau du set-up parce que la moto est toute nouvelle et nous devons encore la découvrir. Donc nous essayons de trouver des solutions en travaillant sur le set-up pour améliorer certains aspects et certains ont déjà été améliorés.

GPi : Le moteur qui a toujours été un point de force de la Ducati a changé par rapport à la saison passée ?

A.D. : Le design de l’encombrement a énormément changé. Mais au niveau du moteur Ducati, nous ne sommes pas face à une conception totalement différente. On a maintenu la caractéristique et le côté positif de la puissance mais de ce côté-là aussi je pense que nous pouvons nous améliorer.

GPi : Il y quelques semaines, nous avons parlé avec Hervé Poncharal qui nous a dit que tu étais le meilleur pilote qui soit passé chez Tech3 et que pour toi, il était important d’enfin trouver un team où tu allais pouvoir travailler directement avec une usine sur le développement d’une machine. Tu l’as un peu connu chez Honda mais de ce qu’il nous disait, la situation est complètement différente ici chez Ducati.             

A.D. : C’est totalement vrai ! Ce n’est pas que ça n’a pas été chez Honda car nous avons tout de même été troisièmes au championnat. Mais ici, la situation est totalement différente pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’ici je suis à l’intérieur du projet et que la moto a été faite aussi avec moi dans le sens où toutes les indications qui ont été données l’ont été aussi par moi. Ensuite, j’ai un rapport direct avec qui décide, avec tous les ingénieurs, avec Ducati, un parce que je suis italien, deux parce qu’on habite tous dans le même coin et trois parce qu’ils croient en moi et donc, nous avons un rapport direct pour discuter de chose et d’autre que je n’avais pas chez Honda et ça, ça fait toute la différence, si du moins tu sais ce que tu veux dans le sens que si tu as de l’expérience, que tu sais ce dont tu as besoin pour être rapide tu te retrouves dans une situation idéale. C’est cet ensemble de choses qui fait qu’aujourd’hui, nous nous débrouillons aussi bien.

GPi : Des trois motos que tu as pilotées jusqu’à maintenant, tu rapporterais à la maison la Honda, la Yamaha ou la Ducati ?

A.D. : Sans aucun doute, à l’heure actuelle, je prendrais la Ducati car elle me transmet les plus belles sensations que j’aie connues mais je me répète, c’est avant tout en raison de la situation que nous vivons et du travail que nous avons accompli pour la vivre. Ca fait la différence car, comme dans tous les sports et même plus largement, comme dans la vie en général, quand tous ce qui tourne autour fonctionne bien, nous sommes humains et ça te porte à obtenir toujours plus, à atteindre de bons résultats et au final, c’est ça qui compte.

GPi : Andrea, aujourd’hui, Dovi peut être Champion du Monde ?

A.D. : Perche no (pourquoi pas) !

Stay tuned !

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Photos 2015 : Stéphane Meyers

Photo Tech3 : Lionel Nolette 

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