Le 19h30, Aleix Espargaro : l’arme bleue !



Lors de nos deux derniers 19h30, nous vous avons parlé d’Andrea Dovizioso, un top pilote confirmé et de Maverick Viñales, un OVNI précoce dont le palmarès fait déjà pâlir pas mal de pilotes de la catégorie reine.

Aleix Espargaro, en revanche, n’est ni l’un ni l’autre ! Un parcours pour le moins atypique, un palmarès qu’on peut qualifier de famélique puisqu’à son actif, on ne recense que deux podiums avec une seconde place la saison dernière au Motorland d’Aragon, une troisième place en 2011 au Montmelò sur une Moto2 et une pole alors qu’il en est à sa douzième saison si on ne compte pas 2004 où il n’a disputé que la dernière course de l’année.

Pourtant, même si sa fiche technique ne défraye pas la chronique, le pilote Suzuki a bonne presse et lorsque Davide Brivio est venu le chercher pour le placer sur la Suzuki, tout le monde ou presqu’avait envie de dire : « enfin » !

A sa décharge, on notera qu’avec son mètre 80 et ses 70 kilos, Espargaro fait partie de ceux qui, comme Simoncelli ou Baz, n’ont pas toujours eu la vie facile mais comme les deux autres, c’est sur la piste qu’il a gagné les galons de sa popularité.

Aleix, en vitesse pure et sur un tour est certainement un des pilotes les plus rapides du monde.

C’est l’homme qui, sur n’importe quelle machine, est capable de réaliser des miracles, atomisant au passage ses équipiers.

On s’en souvient, lors de son passage chez Aspar, le garçon parvenait régulièrement à se qualifier pour la Q2 avec une ART que personne n’a jamais réussi à pousser bien loin, il suffit d’ailleurs de voir ce que les pilotes Aprilia réalisent pour le moment et ce, malgré le soutien de l’usine.      

L’Espagnol est un pilote généreux, certainement un peu fou sur les bords et tellement atypique. Que ce soit en raison de sa relation fusionnelle avec Pol, son frère ou par son implication avec les jeunes dans l’écurie dont il est propriétaire et team manager.

Nous l’avons rencontré pour évoquer avec lui son début de saison en tant que pilote d’usine.   

GPi : Aleix, tu es arrivé cette saison chez Suzuki, sur une machine neuve et à développer, et donc sans garantie de succès. C’était un challenge qui ne pouvait pas se refuser ?

A.E. : « En effet ! La saison dernière, j’ai vécu une bonne saison et j’ai reçu quelques belles offres mais le fait de devenir pilote officiel est toujours quelque chose de très important. Avoir la possibilité de devenir pilote officiel d’un grand constructeur comme l’est Suzuki, avec une telle histoire dans le monde des courses, était un rêve. Du coup, je n’ai eu aucun doute sur le fait de devoir m’engager avec Hamamatsu.

GPi : Un rêve devenu réalité…

A.E. : Oui tout à fait. Le rêve de chaque pilote présent ici dans le paddock est d’un jour devenir Champion du Monde mais avant de devenir Champion du Monde en catégorie reine, tu dois d’abord devenir pilote officiel. Alors devenir pilote numéro un d’une marque comme Suzuki, ça ne se refuse pas.

GPi : Tu es pilote officiel et vous avez une moto à développer. Ton rôle est donc crucial puisque c’est à toi, peut-être encore plus qu’à ton équipier, de donner le bon feedback. Mission délicate ? 

A.E. : Certainement car donner le bon feedback n’est certainement pas chose aisée car tous les ingénieurs l’attendent et développent la moto selon tes indications. Ton feedback, c’est la base de leur travail et il est donc crucial d’être très précis. Mais bon, selon moi, après l’Aprilia chez Aspar et la Yamaha chez Forward, j’ai acquis pas mal d’expérience sur des motos différentes et c’était le bon moment pour commencer à réellement développer une moto comme celle que peut nous offrir Suzuki.

GPi : Quelles sont les limites de la Suzuki ? 

A.E. : La Suzuki est une moto nouvelle mais pour une nouvelle moto, je la trouve déjà assez compétitive. Ce qu’on doit par-dessus tout améliorer, c’est sa puissance car il nous manque de la vitesse. En revanche, au niveau du châssis, nous sommes vraiment au top. Le châssis de cette moto est vraiment excellent mais voilà, pour nous retrouver au sommet, il nous manque de la puissance.

GPi : Justement, question puissance, on avait parlé d’une évolution qui devait arriver dès le retour du MotoGP ici en Europe. Où en est-on à ce niveau-là ?

A.E. : C’est vrai que c’est ce que nous avions évoqué mais en réalité, nous avons eu un peu de retard au niveau du développement. Maintenant, on parle de Barcelone ou peut-être même encore après pour l’arrivée de la boîte seamless et d’un nouveau moteur. Les gars à l’usine travaillent fort car ils savent à quel point il est important d’avoir plus de puissance mais ce n’est pas facile. Il ne faut pas s’imaginer qu’il suffit aux ingénieurs de se dire qu’il faut sortir un nouveau moteur pour qu’ils en sortent un en deux coups de cuillère à pot; c’est compliqué et ça demande pas mal de tests.

GPi : Penses-tu que la saison prochaine, l’arrivée de l’ECU unique pourra aider Suzuki ?

A.E. : J’espère que oui. Selon moi, la Dorna fait du tout bon travail car aujourd’hui, nous sommes tous très proches et le peloton MotoGP ressemble plus à celui du Moto3. C’est bon pour le sport et je pense que lorsque nous aurons l’électronique unique, ce sera encore mieux. Je pense qu’avec l’ECU unique, nous serons tous encore plus proches.

GPi : Comme on l’a vu en Argentine avec ta seconde place sur la grille, tu es un pilote extrêmement rapide. Mais, à l’heure actuelle et avec cette moto, il est totalement impossible de rester devant avec les pilotes du top ?

A.E. : Oui, en ce moment, c’est extrêmement compliqué car nous avons pas mal de soucis de chattering et puis la puissance ne nous permet pas de rivaliser. Sur un tour, quand je donne le maximum et que je prends des risques à chaque virage, j’arrive à rester au contact avec eux mais en course, avec 23 ou 25 tours, l’histoire est totalement différente, c’est beaucoup plus compliqué. Mais bon, voilà, je donne le maximum et j’essaye de faire tout ce que je peux. Ce n’est pas que nous soyons très loin mais je pense que lutter pour le podium, sauf circonstances exceptionnelles, ce sera tout de même relativement compliqué en 2015.       

GPi : Parlons un peu de ton frère, comment vois-tu son évolution ?

A.E. : Il ne fait pas du mauvais travail. Le problème, c’est qu’il a eu un peu de malchance aux Etats-Unis avec Redding qui l’a envoyé au tapis. Selon moi, il fait bien son travail. Il a une moto très compétitive et maintenant, il doit viser le podium. S’il y arrive, ce sera une étape très importante pour lui et pour la suite de sa carrière.

GPi : En marge de ton activité en catégorie reine, tu es également propriétaire d’un team en Moto3. Comment t’es venue en tête l’idée de te lancer dans un tel projet ?

A.E. : Ca a été un coup du hasard. En réalité, je m’entrainais à la salle de sport avec Gabriel Rodrigo et je l’ai accompagné sur quelques courses mais juste comme ami pour le voir rouler. Ensuite il m’a dit « pourquoi ne ferait-on pas une équipe ? En tant que Team Manager tu pourrais m’aider énormément ». Au début c’était un jeu, une blague  mais voilà, peu à peu, on s’est dit pourquoi pas et on l’a fait ! La saison dernière, je me suis impliqué à fond comme team manager, j’ai essayé de beaucoup l’aider mais cette année, j’ai dû faire un pas en arrière car c’est trop important de rester concentré à 100% avec Suzuki. Mais voilà, j’y ai pris goût et aider les jeunes c’est quelque chose que j’aime énormément.

L’année dernière, j’ai mis sur pied l’équipe avec José, mon beau-frère et cette année, c’est lui qui porte l’équipe à 100%. Toutefois, j’essaye toujours d’aider les pilotes comme je le peux en allant les voir en piste, en leur donnant quelques conseils mais j’avoue que cette saison, c’est compliqué car nous avons beaucoup de travail avec Suzuki et du coup je passe moins de temps avec eux ».   

Stay tuned !

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Photos : Stéphane Meyers

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