Le 19h30 de Davide Brivio, le stratège bleu !



La semaine dernière, nous avions commencé un cycle consacré à Suzuki avec une interview du gamin précoce qu’est Maverick Viñales avant de poursuivre avec l’arme bleue d’Hamamatsu, Aleix Espargaro.

Nous allons le terminer en deux rendez-vous consacrés à Davide Brivio, team manager et stratège de Suzuki en Grand Prix.

Nous l’avons rencontré à Jerez et au bout de quelques secondes, on comprenait que l’homme devant nous était toujours celui en qui le feu du MotoGP brûlait lorsqu’il présidait aux destinées de Yamaha et qu’il décidait Iwata à engager Valentino Rossi.

Pour demain soir, nous vous réservons la partie de l’interview où nous avons abordé son passé et ses anecdotes sur son ancien pilote et ami.

Mais aujoutrd’hui, place au présent et à sa mission avec Suzuki, lui qu’Hamamatsu a choisi pour gérer son retour en Grand Prix. Nous avons discuté du contenu de sa mission, du choix de ses pilotes, des évolutions qu’auraient déjà dû recevoir la Suzuki GSX-RR…

Toutefois et avant de laisser la parole à Davide Brivio, nous tenons toute de même à relever un détail qui nous a marqué lors de cette interview.

Lorsque vous débarquez dans une Hospitality, de chez Ducati à Yamaha, de chez Honda à Avintia ou de chez LCR à chez Tech3, tout est beau, tout est nickel.

Chez Suzuki, tout est moche, tout est fait au meilleur marché. Pas de marchandising, des gobelets en plastique, des tables banales, de vulgaires chaises qui ressemblent plus à des chaises de jardin qu’à des Starck, des autocollants Suzuki plaqués sur les camions…

Mais à y regarder de plus près, tout ça n’est que bon signe, signe que le budget d’Hamamatsu est tout entier consacré au développement. Pas le temps pour le beau, pas le temps pour le futile, juste le temps pour développer une machine qui, avec de tels pilotes à son guidon, pourrait retrouver son lustre d’antan.       

GPi : On avait entendu dire qu’à Jerez, vous auriez l’occasion de tester la nouvelle seamless, ça n’a pas été le cas, où en est-on ?

D.B. : « C’est vrai que nous avions d’abord dit que nous allions la préparer pour Jerez mais malheureusement, nous avons eu un peu de retard dans son développement et donc, elle arrivera plus tard. Le changement de vitesse est toujours une chose plutôt délicate et nous voulons être certain à 100% qu’il fonctionne, évidemment, mais aussi qu’il est totalement sûr pour nos pilotes. Mais il arrivera, nous travaillons dessus tous les jours.

GPi : Full seamless ou seulement sur certains rapports ?

D.B. : Euh…(rires), ça, on verra (rires embarrassés) !

GPi : On avait aussi entendu parler d’un nouveau moteur censé remplacer l’actuel qui, d’après les pilotes, manquent de puissance. Il est presque prêt ?   

D.B. : Mmmh oui, il est presque prêt, toutefois, nous devrons encore disputer quelques courses comme ça. Nous espérons qu’il arrivera durant l’été, entre juin et juillet, donc avant la pause. A peine, les tests menés dessus seront-ils finis et à peine recevra-t-il le feu vert, que nous le recevrons.

GPi : ça fait tout de même pas mal de retard !

D.B. : La situation est comme ça. Nous avons disputé quatre courses avec cette moto qui, en fin de compte, n’a pas été mauvaise. Au final, notre plus gros problème c’est un peu de chattering, un peu de vibrations qui ralentissent les pilotes mais si on arrive à résoudre ça, on fera déjà un petit pas en avant.   

GPi : Vu votre statut de factory option, vous bénéficiez d’avantages et notamment en matière de pneus avec une gomme plus tendre et au niveau de l’essence. Ceci dit, si on pense aux pneumatiques n’est-ce pas un désavantage pendant la course ?

D.B. : Si, c’est clair que pendant l’année, il y aura quelques courses et nous pensons que ça se limitera à deux ou trois où il nous manquera la gomme extra hard par rapport aux autres. Mais au final, on voit que lors de la plupart des courses, on effectue tous le même choix de pneumatique. Les factory utilisent leur gomme tendre et nous notre dure qui est la même et donc, en termes de course, l’avantage des gommes n’en est pas vraiment un. En revanche, lors des qualifications, c’est un réel avantage. Mais je pense que la Dorna a fait un choix intelligent pour aider les constructeurs qui reviennent à trouver de la compétitivité. Ceci dit, au final, ce qui compte, ce sont les courses et à ce niveau, on se retrouve toujours dans la même situation et nous en sommes d’ailleurs ravis parce qu’on doit se mesurer à la concurrence avec des armes les plus égales possible pour voir où nous en sommes sinon, nous aurions une idée fausse de notre compétitivité.

GPi : L’ECU unique vous aidera ?      

D.B. : Je crois bien que ça nous aidera un peu même si de notre côté, nous avons travaillé énormément sur l’électronique et nous sommes en train d’atteindre un bon petit niveau ! Donc, nous aurions pu continuer comme ça (rires). Mais bon, ça aidera certainement ceux qui, en matière d’électronique, sont un peu en deçà et encore plus ceux qui veulent entrer en catégorie reine car à l’heure actuelle, c’est un vrai obstacle. Un constructeur qui décide d’entrer en MotoGP avec un tel niveau technologique d’électronique doit lutter pendant plusieurs années avant de devenir concurrentiel donc je pense que l’ECU unique favorisera l’entrée de nouveaux constructeurs.    

GPi : Avant de revenir en Grand Prix, vous avez testé votre machine pendant plus d’une saison en faisant notamment l’effort d’engager Randy de Puniet en 2014. Chez Aprilia, au contraire, ils ont décidé d’avancer leur retour d’un an. Bonne ou mauvaise décision ?

D.B. : Il y a du pour et du contre. Au final, je pense que la course est le meilleur test que tu puisses faire. Nous, nous avons fait le choix de réaliser des tests avant d’entrer dans le Championnat parce que nous étions un peu en retrait au niveau de l’électronique, nous avions besoin de plus de temps pour développer. Bref, nous n’étions pas prêts. Toutefois, je respecte le choix d’Aprilia car si tu acceptes d’être en difficulté en course tu comprends également plus vite plus de choses et ce que tu dois faire pour améliorer ta situation car je me répète, la course est le meilleur test possible. Si au niveau de ton image, du marketing…tu acceptes d’affronter ces difficultés, ce n’est pas une mauvaise chose. Il y a du pour et du contre mais ce n’est pas dépourvu de sens.

GPi : Lorsque j’ai discuté avec Hervé Poncharal du line-up de Suzuki, il m’a dit que prendre Espargaro et Viñales était un coup de maître (lire ici). C’était ton idée ?  

D.B. : (Rires) D’abord, je dois remercier Hervé qui est toujours très gentil avec nous et avec moi, ensuite, je travaille pour une entreprise et je ne peux rien faire sans son support. Ça fait partie de mon travail de trouver des idées, de faire des propositions et au final, nous sommes tombés d’accord sur ces deux noms. Je dois remercier Suzuki d’avoir accepté cette solution parce que je pense que ce sont des pilotes qui ont le profil parfait pour ce job parce que ce sont des pilotes qui cherchent encore le succès en MotoGP. Aleix est jeune mais a déjà une grande expérience ce qui nous apporte de gros bénéfices dans le développement de la machine car il sait ce qui est bon ou pas, ce qui est nécessaire et ce qui ne l’est pas. Quant à Maverick, nous voyons en lui un grand talent, un vrai pilote qui s’exalte avec la course et la compétition. Evidemment dans son cas, nous sommes jeunes tous les deux ! Nous en tant qu’équipe et lui pour le MotoGP. Nous grandissons ensemble. J’espère beaucoup que nous pourrons rester avec ces deux pilotes pendant de nombreuses saisons car de cette manière, nous grandirons en tant que team, nous ferons grandir notre moto et nous amènerons ces pilotes à maturité. Si nous pouvons maintenir cette continuité, nous pourrons en retirer les fruits.

GPi : Suzuki est donc revenue pour de bon, pas avec une demi implication comme à la fin de l’ère précédente ?

D.B. : Clairement oui ! Après, Suzuki est consciente que nous sommes dans un Championnat compliqué, que le niveau technologique est extrêmement élevé et que par exemple, Ducati a mis quatre ou cinq ans pour revenir au top. Le jeu du MotoGP est un jeu très compliqué (rires). Nous le savons et nous venons juste de commencer ce long parcours. Mais, le fait que l’usine se soit retrouvée en dehors du Championnat et qu’elle ait décidé d’y revenir dans un moment qui, économiquement parlant, n’est pourtant pas simple est selon moi un signe important de l’importance qu’elle accorde au fait d’être présente en Championnat du Monde. Pour le moment, nous recevons un grand support du Japon et j’espère que ça continuera ».

Stay tuned !

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Photo : Stéphane Meyers

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