Le 19h30 de Davide Brivio : "Rossi est comme un gamin qui n'a pas encore gagné sa première course!"



Peu avant le Grand Prix de France, nous vous avions publié le 19h30 de Davide Brivio, le team manager de Suzuki en Grand Prix, où il tirait un premier bilan du retour d’Hamamatsu à la compétition (lire ici).

Nous vous avions alors promis un second épisode où il serait cette fois question de Valentino Rossi.

En effet, il existe certainement peu de personnes, dans le paddock, pouvant prétendre connaître aussi bien la star de Tavullia que lui.

Leur relation est née en 2003 lorsque notre homme, alors manager chez Yamaha, arrivait à convaincre son écurie d’engager Valentino Rossi.

Chargé de prendre la température auprès du pilote, c’est à Ibiza (mais on ne vous en dit pas plus) que les premiers contacts se sont pris.

En 2004, Rossi rejoignait le duo Brivio-Yamaha et, ensemble, ils décrochaient pas moins de quatre couronnes mondiales.

Et lorsque Valentino Rossi annonçait son départ pour rejoindre les rangs de Ducati, il emportait Brivio dans ses valises qui devenait alors consultant chargé du marketing de la société du pilote, la célèbre VR46.

Toutefois, en 2013, lorsque Suzuki frappait à sa porte, Davide Brivio décidait alors de revenir à la piste et de se lancer dans ce nouveau projet qui, il faut bien l’avouer, avait tout d’un challenge qui ne pouvait que lui plaire! Un géant de la moto, une écurie à organiser du tout au tout, un projet entièrement nouveau, des pilotes à choisir, à faire grandir…

Les destinées professionnelles des deux hommes se séparaient donc après 10 ans de «vie commune» mais les liens d’amitié restent bel et bien présents et il était assez difficile d’interviewer Davide Brivio sans lui poser quelques questions sur son ancien protégé.

C’est parti!

GPi : Tu étais bien avec Valentino, mais tu exerçais un tout autre travail. Lorsque Suzuki t’a appelé, c’était une offre que tu ne pouvais pas refuser ?

D.B. : Ca n’a pas été très facile parce que clairement, avec Valentino, j’ai un excellent rapport et aussi une grande admiration pour lui. Je me suis aussi beaucoup amusé. J’étais vraiment très bien avec lui et je l’aurais encore été aujourd’hui.

Mais c’est vrai qu’organiser une équipe en partant de zéro était un challenge qui me tentait. Je pense que ce projet avec Suzuki était le seul pour lequel ça valait la peine de prendre cette décision dans le sens où c’est une grosse usine, une des plus grosses du monde, qu’on partait de zéro, ce qui me donnait la possibilité d’influencer les choix, de dire « on fait comme ça » ou « comme ça » et je dois dire qu’ils me suivent assez bien. En définitive, c’était pour moi une grosse opportunité et, oui, je l’avoue, ce travail de team manager me manquait un peu.

GPi : Je me souviens d’une émission sur la RAI « Sfide Valentino Rossi » où on expliquait que c’était toi qui était à la base de la décision de Yamaha d’engager Valentino Rossi. On y racontait que tu avais été le réveiller, chez lui, pour discuter et le convaincre de rejoindre Iwata. Ça s’est vraiment passé comme ça ?

D.B. : Oui c’est vrai. Son manager de l’époque m’avait invité. C’était le 13 février et Valentino venait d’acheter une maison à Ibiza. Son manager m’appelle et me dit « nous sommes à Ibiza, il n’y a personne, viens nous rejoindre qu’on parle un peu ». Je suis arrivé et Valentino dormait encore et il me dit, « viens on va aller le réveiller ». Alors on arrive dans sa chambre, je le secoue un peu en lui disant « oh, réveille toi, on doit parler » et lui, encore à moitié endormi me regarde et me dit « Oh Brivio, ma che cazzo fai cui ! (Oh Brivio, qu’est-ce que tu fous ici bordel) (Rires). Après il s’est levé, on est parti manger et ça a été notre première réunion, le premier pas vers Yamaha.

GPi : Tu as été surpris de le voir revenir à un tel niveau de compétitivité après l’épisode Ducati ?

D.B. : Honnêtement, c’était difficile de s’attendre à ce qu’il revienne au niveau qu’il a aujourd’hui. C’était difficile de prédire ce qu’il allait bien pouvoir faire mais, en revanche, je m’attendais à ce qu’il affiche cette motivation. Ce mec à cette passion unique de piloter la moto et tout part de là. A présent, il a gagné énormément de titres, de victoires, de podiums, de poles…il n’a aucun problème financier et dans la vie, il peut faire ce qu’il veut, et s’il arrêtait le MotoGP on pourrait dire qu’il en a fait assez. Mais pourtant, aujourd’hui, la chose qu’il préfère le plus dans la vie, c’est piloter une MotoGP, et c’est une belle chose. Mais il ne se contente pas de ça, il veut être protagoniste. Il veut défier la nouvelle génération. Le gars, il en est au moins à la troisième ou quatrième génération depuis son arrivée, et maintenant, il veut essayer de battre Marquez parce que Marquez est le nouveau phénomène du futur. Je pense qu’il fait tout ça par passion pour la moto, mais elle est telle que quand tu parles avec lui, tu as l’impression de parler avec quelqu’un qui n’a pas encore gagner et qui doit encore remporter sa première course, comme un gamin au début de sa carrière. Pour moi, en tant que sportif, c’est un modèle qui mériterait d’être étudié (rires), rien que par sa motivation et l’implication qu’il met dans son sport. Il y a des garçons de 20 ans qui s’impliquent moins que lui. A 37 ans, il met toujours la moto au centre de tout. Tout le reste passe après.

GPi : On a souvent dit que le passage de Valentino chez Ducati n’avait été qu’un désastre mais, aujourd’hui, quand on voit la compétitivité de Borgo Panigale, ne peut-on pas estimer qu’après cet échec, les dirigeants se sont dits que si la moto ne fonctionnait pas avec Valentino, elle ne fonctionnerait avec personne. En ce sens, son passage n’aura pas été couronné d’un succès immédiat mais aura été salvateur pour la marque ?   

D.B. : Gigi et les ingénieurs qui étaient déjà présents chez Ducati ont fait un énorme travail. Ducati avait certainement besoin d’une méthode de travail différente, de perspectives différentes et c’est avant tout en ça que Dall’Igna a été extraordinaire, mais il ne faut pas enlever le mérite aux personnes qui se trouvaient déjà chez Ducati avant son arrivée. Clairement, en tant qu’usine, quand tu traverses un moment aussi difficile, tu dois changer quelque chose et je dois dire qu’ils ont été très bons à ce jeu. La route a peut-être été un peu longue mais voilà, ça fonctionne comme ça. Tu essayes et essayes encore et puis au bout d’un moment, tu te dis qu’il est temps d’essayer autre chose, d’apporter du sang neuf, d’arrêter de tourner en vase clos. Et depuis qu’ils ont engagé Gigi, ils ont été très vite. En un an, il a retourné une situation qui était devenue catastrophique. Ca démontre, comme je le disais avant (lire ici) à quel point, au niveau technologique, la MotoGP est devenue quelque chose de complexe et combien il est désormais difficile d’atteindre le niveau fixé par Honda et Yamaha, et de lutter contre les premiers. J’espère que de notre côté, nous y arriverons le plus rapidement possible ».

Voilà donc qui met un terme aux 19h30 consacrés à Suzuki. Nous tenons à remercier Davide Brivio pour sa bonne humeur et sa disponibilité, Aleix Espargaro (lire ici) et Maverick Viñales (lire ici) pour avoir joué le jeu de l’interview sans jamais nous snober et puis aussi et surtout Federico Tondelli, l’attaché de presse de Suzuki qui y fait un travail admirable.

Nous l’avions rencontré chez JiR, lorsqu’y roulait Johann Zarco, et nous avons retrouvé la même personne chez Suzuki, capable de se couper en quatre pour satisfaire à nos besoins. Merci Fede !

Stay tuned !

Rejoignez-nous sur Facebook

Rejoignez-nous sur Twitter  

           

Partager cet articleShare on Facebook
Facebook
0Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on LinkedIn
Linkedin
Email this to someone
email

Dans cet article

Poster un Commentaire

  S’abonner  
Notifier de