Le retour du MotoGP à Spa Francorchamps? Entretien avec Claude Danis, le Monsieur sécurité de la FIM



Seconde partie de l’interview consacrée à Claude Danis, le Monsieur sécurité de la FIM. En tant que citoyen belge, nous ne pouvions manquer de lui poser la question qui fait bouillir tous les motards de Belgique, celle du retour d’un Grand Prix de Francorchamps.

Comme vous pourrez le constater dans les lignes qui suivent, le constat est quelque peu pathétique ! Les politiciens belges ont géré ce circuit en parfaits amateurs, ruinant de la sorte les chances d’un retour du MotoGP, dans le cadre verdoyant du circuit de Spa Francorchamps.

Nous avons également parlé de la sécurité sur les circuits en construction un peu partout dans le monde et là aussi, le gouffre séparant certains nouveaux circuits et le tracé belge, ne fait qu’augmenter et en conséquence diminuer les chances de revoir les motos dessus.

GPI : Où en est-on à Francorchamps ?   

En ce qui me concerne, puisque j’ai été le dernier directeur de course du Grand Prix moto à Francorchamps et que, forcément, c’est ma passion et que je suis Belge, c’est une grande frustration pour moi de constater que la situation actuelle ne permet plus d’organiser des courses de haut niveau à Spa.

J’ai dit plusieurs fois, lors de mes passages pour des inspections relatives à des courses d’endurance, qu’il fallait une concertation mais malheureusement, les autorités ont fait le choix politique d’axer tout sur la F1. Même s’ils prétendent le contraire, il est évident qu’ils se foutent éperdument de la moto, ils n’ont d’ailleurs jamais consulté la FIM jusqu’il y a quatre ans d’ici.

Ce qui est aberrant dans cette histoire, c’est que le responsable de la sécurité de la FIM est Belge et qu’ils ne m’ont donc jamais consulté avant qu’il ne soit trop tard.

Ils ont donc apporté toute une série d’améliorations en ignorant royalement la FIM jusqu’il y a quelques années où ils se sont rendus compte que c’était de plus en plus difficile de garder la F1 et que le MotoGP prenait de plus en plus d’importance.

Là ils ont tenu compte de mon avis et ils ont modifié quelque peu le circuit dans l’optique de la moto.

Mais c’est bien avant qu’ils auraient dû nous donner du crédit car au fil des années, nous sommes arrivés à une situation où les travaux à réaliser sont énormes. Si petit à petit, on avait fait le nécessaire ou si, on avait adopté une vision sur le long terme, en se disant que peut-être un jour, on devrait partir dans des directions différentes, la charge de travail aurait été moins importante.

Mais attention, cette situation n’est pas l’unique apanage de Spa-Francorchamps, c’est aussi le cas dans d’autres pays où on a construit sans tenir compte de l’avis de la FIM.

Pour ces circuits, comme pour le tracé Belge, des solutions existent mais moyennant des coûts énormes !

GPI : Vous confirmez donc que les travaux à réaliser, à Francorchamps, pour la moto, sont énormes ?

Ah oui, ça c’est clair ! Les travaux nécessaires à Francorchamps sont très conséquents parce qu’il ne faut pas perdre de vue que, pendant qu’on organisait les Grands Prix de F1, la sécurité sur les autres circuits a évolué elle aussi et l’écart s’est creusé.

GPI : On se doute aussi que pour les circuits qui sortent de terre, la situation sécuritaire est d’entrée optimale ?

Détrompez-vous, la plupart de ces circuits sont d’abord créés pour la F1 et puis, après la première course, les responsables se disent qu’ils y feraient bien de la moto. Et là, c’est trop tard, c’est à priori qu’il faut consulter la FIM. C’est par exemple le cas d’Abu Dhabi ou de Seoul où la situation est catastrophique en ce qui concerne la moto.

C’était aussi le cas à Moscou où on a commencé les travaux sans nous consulter. Ils ont, maintenant, rectifié quelque peu le tir sous mes recommandations.

J’ai parfois eu des conversations téléphoniques surréalistes pour quelqu’un qui s’occupe de moto. Bien entendu, pour des gens qui ne s’occupent que de la voiture c’est plus ou moins compréhensible, mais je vous en parle parce qu’à mon sens, ça illustre bien la situation.

Les gens me téléphonent, c’était notamment le cas pour Singapour, et me disent, « on va construire un circuit, nous avons un plan et il est approuvé par la FIA, donc s’il est approuvé pour la F1, ça doit être bon pour le MotoGP ! », j’ai répondu « Monsieur, on court dans la ville à Valence, à Monaco et chez vous maintenant, mais jamais, une moto ne mettra une roue sur un de ces trois circuits ! ».

La culture F1, ancrée dans notre société, fait que les gens pensent que, si c’est bon pour la reine F1, c’est alors évidemment bon pour la moto, mais c’est tout l’inverse dans la réalité, puisque la vérité est toute autre…si c’est bon pour la moto alors ça devrait être bon pour la voiture ! Ce serait bien que cette idée reçue cesse.

GPI : Mais alors, les dix-huit circuits au calendrier, sont-ils les seuls à pouvoir accueillir un Grand Prix moto ?

Non pas du tout. Je ne connais pas tous les circuits du monde mais par exemple, Delhi, en Inde, peut, avec quelques modifications mineures, recevoir un Grand Prix, c’est aussi le cas de Moscou puisqu’ils vont faire le nécessaire.

Il y a également l’Argentine, le Brésil qui veut construire un circuit, Austin…

GPI : Pour en revenir à Francorchamps, nous trouvons tout de même la situation cocasse et l’incompétence des politiques belges, à ce niveau, n’est plus à démontrer. Quel est votre point de vue?

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