La CRT, Pramac, Aspar et la GP11…entretien avec Randy de Puniet



La semaine dernière, sur le circuit de Jerez, Randy de Puniet a pu réaliser de très encourageantes performances au guidon de son ART.

Il allait même jusqu’à enregistrer un meilleur chrono que Karel Abraham et sa Desmosedici GP0. Si, en revanche, Barbera se montrait plus rapide, toujours sur cette GP0, il ne l’était que pour trois petits dixièmes.

Alors qu’on annonçait les CRT à des années lumières des RC213V, des YZF-M1 ou autres D16, le pilote français a ravivé la flamme de l’espoir pour cette nouvelle catégorie.

Nous avons pu l’interviewer et aborder, avec lui, son challenge 2012, mais également les raisons qui l’ont poussé vers ce choix de carrière auquel il ne s’attendait certainement pas.

GPI : En 2012, par un concours de circonstances, tu ne seras plus sur une MotoGP, revenons donc un bref instant sur la fin de la saison 2011 pour mieux en comprendre les raisons. A Aragon, tu as reçu une première proposition, celle de Pramac, mais elle ne s’est finalement pas concrétisée. As-tu eu peur de tomber, en 2012, sur une réplique de ta GP11 ?

RdP : Chez Pramac, nous avons essayé d’améliorer la technique au niveau de l’équipe pour gagner en performance. Nous avons un peu tourné en rond et ensuite, effectivement, il y avait aussi des doutes quant à la moto de la saison suivante.

Ensuite, après nous avoir fait une proposition pour 2012, l’équipe a signé Barbera alors que nous avions une offre. Nous ne nous sommes pas battus pour cette place car, à ce moment-là, l’objectif était de trouver mieux ailleurs.

On a parlé avec LCR, avec Gresini et puis, avec Suzuki mais, finalement,  aucun de ces trois projets ne s’est concrétisé.

A partir de là, il me restait trois possibilités, rester à la maison, être pilote d’essais pour Ducati ou Honda, ou rouler sur une CRT chez Aspar.

Je reconnais qu’au début, du CRT, je ne voulais pas en entendre parler, mais comme je ne me voyais pas rester chez moi ou devenir pilote test, j’ai demandé pour essayer l’Aprilia avant de m’engager.

Le test à Valence et à Jerez, où ça s’est plutôt bien passé avec la moto, mais aussi avec l’équipe, m’ont convaincu, alors je me suis engagé avec les Espagnols.

GPI : Tu as aussi été très proche de revenir chez LCR et Christophe Bourguignon nous disait, il y a quelques jours de cela (lire ici), qu’il regrettait que ça ne se soit pas fait. Pourquoi est-ce que ça n’a pas abouti ?

Chez LCR, ça ne s‘est pas fait parce que Honda a décidé de tout payer pour Stefan Bradl. Il est champion du monde Moto2, il est jeune, l’Allemagne représente un marché important pour Honda et donc, à partir de là, Lucio Cecchinello ne pouvait pas refuser cette offre.

C’est vrai que personnellement, j’aurais aussi aimé retourner travailler avec Christophe, comme j’aurais aussi aimé travailler avec Suzuki. Mais voilà, maintenant je suis chez Aspar où je connais des gens qui étaient déjà là lors de mon passage en 2005, et le challenge est beau, donc je peux dire que je suis satisfait et enthousiaste.

GPI : Pour terminer avec 2011, tu me disais que, quelque part, au moment où tu as reçu la proposition de Pramac, tu avais quelques craintes sur la GP12. De quoi avais-tu peur et quel était le problème sur la GP11 ?

Honnêtement, des problèmes il y en a tellement eu, que je ne pourrais même pas en identifier un principal ! Là ils ont l’air d’avoir tout changé pour que ça fonctionne mieux.

Ce n’est pour pratiquer la langue de bois, mais je n’ai aucune idée précise de ce qui n’allait pas car c’était un tout…position du moteur, châssis…et pour tout dire, j’ai l’impression que même chez Ducati, ils ne savaient pas trop pourquoi cette moto nous a donné autant de fil à retordre !

GPI : Nous sommes maintenant en 2012 et tu as quelques kilomètres sur l’ART, quelles sont tes impressions ? Te permettra-t-elle d’être premier CRT ? Ou mieux, te permettra-t-elle d’aller chercher quelques prototypes ?

L’objectif reste toujours le même, être le plus rapide possible aux essais et en course. Maintenant, si pour aller chercher les derniers prototypes, le risque de tomber et donc, de gâcher tout le travail est trop grand, ça ne vaut certainement pas la peine.

Par contre, au cours de la saison, des opportunités se présenteront peut-être et là, le tout sera de les saisir. On verra, c’est difficile à dire maintenant.

Avec l’équipe, nous donnons le maximum pour être les plus performants possible et nous le ferons tout au long de la saison.

GPI : Comment vois-tu l’avenir du MotoGP ? Rien que du CRT, le retour des ‘full’ prototypes ou va-t-on continuer avec un mélange des deux ?

Sincèrement, je n’en ai aucune idée car les règlements changent tellement vite, que c’est difficile de se projeter dans le futur.

De mon côté, le but est de retrouver, le plus tôt possible, une moto qui me permettra d’être performant, que ça soit une CRT ou autre chose, peu importe, mais une moto avec laquelle je pourrai me battre devant. Cette saison, c’est un peu une année de sacrifice, où nous allons devoir encaisser le fait de prendre deux ou trois secondes au tour, mais bon, on n’a pas la même machine alors si nous sommes premiers CRT, ce sera déjà une belle petite victoire.

GPI : Avec l’électronique toujours plus poussée et on pense notamment au traction control, quels sont, selon toi, les domaines dans lesquels un pilote peut encore faire la différence ?

Au niveau de la mise au point il y a toujours un peu d’espace. Et justement la mise au point de ce traction control est un point essentiel sur lequel nous, pilotes, nous avons toujours une grande importance.

Un traction control bien réglé peut vous faire gagner énormément de temps ! Il faut vraiment être très minutieux à ce niveau-là et c’est sur ce point que j’ai le plus progressé au fur et à mesure des années.

GPI : Un sujet qui nous interpelle, c’est la somme d’argent qui est demandée aux pilotes pour rouler. Toi, tu y es arrivé sans grands appuis, as-tu un conseil à donner aux jeunes de la Moto2 et de la Moto3 ?

En effet, les montants demandés aujourd’hui,  sont devenus complètement fous et démesurés. On risque notre vie sur les circuits et c’est dingue que certains pilotes ne gagnent pas d’argent pour ça !

Au début, quand on arrive, on doit faire ses preuves, je l’ai fait et moi non plus je ne gagnais pas d’argent.

Ma première de moto d’usine, je n’avais pas de salaire non plus, je n’avais que des primes. C’est normal, comme je dis, il faut faire ses preuves mais maintenant on est passé hors normes !

Un pilote qui doit mettre 500.000 euros sur la table, c’est hallucinant. S’il trouve un million, tant mieux pour lui, il aura 500.000 dans sa poche, mais aujourd’hui, trouver, ne fut-ce que 200.000 euros, ce n’est déjà pas facile, et le tout, sans oublier que c’est celui qui paye qui prend tous les risques !

Demain, les MotoGP seront à Sepang mais Randy de Puniet n’y sera pas, nous nous réjouissons, tout comme lui, d’enfin voir CRT et prototypes sur la même piste histoire de voir où nous en, sommes !

Sur ce…stay tuned !

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