Hervé Poncharal au déjeuner : Yamaha, Honda, Tech3, Zarco et Suzuki. On en parle ?



Si vous n’avez que cinq minutes à passer sur GP-Inside, nous vous proposons d’emblée de zapper cet article et d’y revenir tout à l’heure.

En effet, nous aurions dû diviser cette conversation en plusieurs articles mais malheureusement, avec un Grand Prix qui se déroule le samedi, nous sommes obligés de la passer en entier dès aujourd’hui.

Résultat des courses, un article long mais qui en vaut la peine, comme chaque fois qu’Hervé Poncharal prend la parole.

Une fois de plus, nous avons passé en revue les sujets brûlants de l’actualité avec la révélation Smith, la déception Marquez – Honda, la course en tête des Yamaha, le retour de Max Biaggi, l’énorme travail de Suzuki ou bien encore la démonstration de Zarco et l’arrivée des super rookies.

Bref, on ne vous tient pas plus longtemps…c’est parti !

GPi : Hervé, 2015 s’annonçait comme une année compliquée pour les teams satellites avec les nouveaux concurrents que sont Suzuki et surtout Ducati mais quoi qu’il en soit, tu auras au moins la satisfaction d’avoir vu Bradley Smith se révéler sous tes couleurs ! Je suppose que du côté de Bormes, on est satisfait de son rendement ?  

Hervé Poncharal: Oui, tout à fait ! Surtout que la saison dernière, à la mi-saison, c’était un peu compliqué ! Il était parti en vacances après l’Allemagne où il avait chuté cinq fois lors du weekend, ce qui doit être un genre de record. Sa place n’était pas du tout acquise, j’ai dû en parler beaucoup avec lui, en parler aussi avec Yamaha et donc, en connaissant tout l’historique de la collaboration entre Bradley Smith et Tech3, le voir faire ce qu’il fait cette année, on est content. Pour lui parce que c’est une bonne personne qui bosse énormément et pour nous parce qu’on est content de montrer qu’on a eu raison d’insister pour le garder une année de plus.

Dans l’idée et dans les jugements qu’on portait à l’arrivée de Pol Espargaro chez nous, on pouvait lire et entendre que Pol n’allait même pas lui faire de l’ombre, qu’il allait tout simplement l’éclipser, si on veut rester corrects, or, aujourd’hui, on a disputé sept courses et Smith en a terminé six devant Espargaro.

Nous sommes donc effectivement contents surtout qu’il bosse vraiment bien, et que sur le plan technique, il devient cohérent avec une équipe de plus en plus ravie de son approche et de ses commentaires.

Il est à un point de Marc Marquez et on sait très bien que c’est parce que l’Espagnol est en crise. Donc on ne va pas s’en gargariser parce que si ça se trouve, Marc gagne à Assen et on n’en parle plus mais après sept courses, se retrouver à égalité de points avec Repsol Honda au classement par équipe et Bradley à un point de Marc…qui l’eut cru !

GPi : Par contre, je suppose qu’on est un peu déçu des prestations de Pol Espargaro ?

H.P. : Plus que déçus, nous sommes un peu peinés parce que j’adore Pol Espargaro, un jeune homme plein de vie, d’une extrême gentillesse, qui a toujours le mot pour rire, qui joue le jeu de l’équipe. Je suis conscient et certain qu’il a un gros potentiel alors oui, je suis déçu mais pas de lui, plutôt pour lui et aussi pour nous parce que je ne comprends pas pourquoi il n’arrive pas à avoir le déclic. On peut un peu faire le parallèle avec ce qui se passe pour Marc chez Honda et je sais aussi que ce dont souffre Pol, Bradley en souffrait la saison dernière. Il poussait très fort, il chutait beaucoup et quand il ne chutait pas, il n’y arrivait pas. Il a désormais compris que sur la Yamaha, et Lorenzo le montre tous les dimanches, il faut être coulé, il ne faut pas la brutaliser. C’est facile à dire mais après, quand tu es un pilote qui a toujours piloté d’une certaine manière, changer ton style soit tu as l’extrême intelligence d’un Valentino Rossi qui sait adapter son style aux conditions, aux pneus ou aux styles de pilotage amenés par les jeunes, soit tu as plus de mal. J’espère qu’on va y arriver avec lui et on ne va certainement pas lâcher l’affaire.

GPi : N’est-il pas victime d’une trop grande pression qu’il s’est mise tout seul ?

H.P. : Si, certainement, mais c’est comme Bradley la saison dernière ou Marquez cette saison ! Pourquoi Marquez chute-t-il cette saison ? Tu ne rattrapes jamais le temps perdu et les résultats blancs, ils sont blancs, mais c’est évident que lorsque tu as fait des contreperformances, voire des résultats blancs, tu te mets encore plus la pression en te disant « il faut qe je concrétise, il faut que je renverse la tendance ». C’est sûr que Pol n’est pas satisfait de ce qu’il fait. Il y a deux gars qu’il veut voir derrière lui : son frère et Bradley et les deux sont devant. Il se met la pression et déjà qu’il a un style très agressif, certes très beau à voir, ça le rend encore plus agressif et ce n’est probablement pas la manière d’y arriver. Quand tu vois marquez, il faisait déjà des trucs incroyables la saison dernière mais en 2015 c’est encore plus fort et ça ne paye pas. Il est moins serein.

GPi : Certains prétendent le contraire ou n’osent pas l’affirmer trop vite mais on a tout de même l’impression que pour Marquez, le titre, c’est terminé non ?

H.P. : L’enterrer pour le titre ? Pour moi, Marquez est le plus grand pilote qui est arrivé ces dernières années. Avec le titre lors de sa saison de rookie et les dix courses d’affilée la saison dernière, pour moi, c’est un martien donc je ne l’enterre pas pour la suite de sa carrière. Maintenant, pour le titre, franchement, ça fait beaucoup de points. Après, tu ne peux jamais dire que c’est totalement fini. C’est possible d’imaginer qu’il gagne les trois ou quatre prochaines courses mais même si c’est le cas, Lorenzo et Rossi ne seront certainement pas loin. Pour récupérer 69 points c’est compliqué car les deux devant ne tombent que rarement. Dire que c’est impossible non, mais dire que cela sera très compliqué oui.

Le problème, c’est que s’il veut le faire, il doit gagner presque toutes les courses et pour ça, il va se remettre encore plus de pression et c’est précisément l’état d’esprit avec lequel il a abordé le Mugello et la Catalogne avec, à l’arrivée, les résultats qu’on connaît. Il faut qu’il accepte de rouler, de retrouver le plaisir et une certaine sérénité.

GPi : Marquez prétend qu’il ne part pas pour faire deuxième ou troisième, n’est-ce pas là son principal défaut, ne pas savoir se contenter d’une seconde ou d’une troisième place ?

H.P. : C’est clair que c’est un vrai Pur Sang et s’il a gagné dix courses d’affilée la saison dernière, ce n’est pas pour rien. C’est parce que c’est un guerrier, c’est parce que ce n’est pas quelqu’un qui part pour faire second. C’est un peu comme Pol, même si, bien entendu, il n’a pas tout gagné comme marquez mais bon, malgré tout, il a gagné pas mal et là il ne comprend pas ce qui arrive. Je lisais dernièrement une interview où il disait qu’il ne comprenait pas parce qu’avant il battait parfois Marquez, il battait Iannone et là, il n’y arrive pas. Chaque catégorie est différente, chaque catégorie est un nouveau défi, une nouvelle aventure. Il faut s’y adapter. Ce ne sont pas les mêmes pneus, pas la même puissance, pas les mêmes freins…ce n’est pas parce que tu as été très vite en Moto2 et en Moto3 que tu vas aller très vite en MotoGP. Alors oui, le fait qu’il soit un Pur Sang est sa force et c‘est ce qui a fait son palmarès mais, oui, c’est aussi ce qui fait sa faiblesse au moment où il faut être calculateur.

Mais bon, aujourd’hui, au moment d’aborder Assen, s’il est calculateur, il ne gagnera pas le titre. Il lui reste une toute toute toute petite chance mais pour ça, il faut qu’il en place une à chaque course. Pour lui, finir troisième ou quatrième du championnat il s’en fout. Soit il le gagne, soit il s’en fout. Je ne pense pas qu’il va devenir calculateur, tu vas voir qu’il va sortir gaz en grand à Assen et ça passera ou ça cassera.

GPi : Rossi et Lorenzo savent attendre des jours meilleurs. Marquez n’est peut-être tout simplement pas encore arrivé à maturité ?

H.P. : Oui certainement, mais maintenant, vu la situation, ça va lui servir à quoi de calculer ? Rossi et Lorenzo peuvent se le permettre, lui pas.

GPi : OK, mais dans l’absolu, il aurait déjà pu calculer un peu mieux en Argentine…

H.P. : Oui mais bon…on ne va pas refaire l’histoire. En Argentine, quand il tombe, je ne pense pas qu’il voulait le passer à ce moment-là, je pense juste qu’il s’est fait surprendre par Valentino. Il ne s’attendait pas à ce qu’il soit si près. Mais c’est aussi vrai que s’il était resté un peu plus sage, avec le boulevard d’avance qu’il avait sur Dovizioso, il prenait la deuxième place et 20 points. Ça aurait peut-être tout changé mais bon, c’est trop tard, c’est arrivé. Marc, c’est un attaquant et il est grand comme il est grand et adulé comme il est adulé justement parce qu’il est comme ça. Dans notre monde, ça fait du bien. Même si j’apprécie que mes pilotes ramènent des points tous les weekends, j’apprécie de voir des pilotes « all or nothing ».

GPi : En tête du Championnat, ou presque, on a aussi retrouvé un sacré Lorenzo. Ça ne va pas être facile pour les autres !

H.P. : Oui, c’est évident qu’on a retrouvé la machine Lorenzo qui est là à quasiment à toutes les séances, à toutes les courses mais on sait aussi que Lorenzo peut avoir le petit grain de sable qui enraye toute la machine. Là, il est dans une période incroyable, comme celle de Marc la saison dernière. Je me souviens qu’on disait qu’il allait gagner 15 titres d’affilée, tout le monde avait le moral complètement dans les chaussettes, et on voit maintenant qu’il est aussi faillible.

Les observateurs disaient de Lorenzo qu’il était en crise, qu’il ne reviendrait plus jamais, que Yamaha n’allait pas le prolonger et blablabla et blablabla. Aujourd’hui, il est dans une période où tout passe. La frontière entre la crise et l’état de grâce est tellement ténue que bien malin celui qui pourra dire ce qui se passera sur les trois prochaines courses. Mais là, en ce moment, c’est clair…c’est lui le patron!

Il est très bien dans sa tête. Le succès appelle le succès. C’est l’histoire des spirales vertueuses et vicieuses. Marc est dans une spirale compliquée, Jorge est serein, il est au zénith.

GPi :  Et puis, tout devant, on a aussi un terrible Valentino Rossi…

H.P. : Il est tout autant remarquable que son équipier. Vale, c’est Vale. Quand tu vois comment il s’est accroché à Barcelone et que tu vois comment il a poussé, poussé et poussé encore alors qu’il avait tout le loisir de prendre la deuxième place tranquillement puisqu’il avait un boulevard sur Pedrosa! Il aurait pu se dire « je reste second, l’autre il est trop fort » mais non, jusqu’au dernier tour, il a tout donné et vu les conditions de chaleur et donc du grip de la piste, je peux te dire qu’il prenait des risques. Il pouvait très bien croiser les skis mais il a poussé, il n’abandonnera jamais ce mec, c’est ça qui beau. Il ne lâchera jamais une once de quoi que ce soit. Sur les derniers tours, je peux te dire que Lorenzo ce n’était pas du blabla médiatique, il serrait les fesses parce que l’autre, il chassait !

GPi : De beaux duels en perspective !

H.P. : Ça va être beau mais il peut y avoir une lutte fratricide car Vale, de son côté, sait que c’est peut-être la dernière fois qu’il a l’opportunité de viser le titre car lui comme tout le monde, il subit aussi l’assaut des années. Aujourd’hui il est dans une position incroyable. La Yamaha marche superbement bien, lui est impeccable donc il va y avoir une grosse bagarre entre les deux, c’est clair.

Pour l’instant tout va bien et Lorenzo dit « s’il faut aider Rossi je le ferai », mais je n’en crois pas un mot ! Ce sont deux prédateurs. L’adversaire numéro un de Lorenzo, c’est Rossi, et l’adversaire numéro un de Rossi, c’est Lorenzo. Quand la fin de la saison sera un peu plus proche, quand ça ne sera plus le moment de faire des calculs, ça risque de nous donner des passes d’armes très chaudes en piste. Peut-être qu’à ce moment-là, ce sera Marc qui en profitera.

GPi :  Il serait temps parce qu’il n’y a plus trop d’arbitres !

H.P. : il n’y en a plus ! C’est aussi ça qui fait la beauté du duel parce qui pour s’intercaler ? On voyait Dovi, c’est maintenant plus compliqué, on voyait Pedrosa mais maintenant il a du mal, on voyait Iannone mais il est encore un peu jeune…

Lorenzo gagne mais quand Vale est derrière, il ne lui prend jamais que cinq points.             

GPi : Et Suzuki alors ! 1 et 2 en  qualifications à Barcelone, c’est un peu l’écurie qui monte pour le moment ! 

H.P. : Ecoute, moi je suis super heureux. J’ai travaillé avec eux pendant deux ans, en 92 et en 93 et notamment avec un pilote hollandais qui s’appelait monsieur Wilco Zeelenberg. Le project leader actuel qui est Terada était déjà le project leader à l’époque où j’étais avec eux en 250, donc je les connais et ils sont vraiment sympathiques. En revanche, ils manquent d’assurance et la saison dernière je leur avais déjà demandé pourquoi ils ne venaient pas. Ils répondaient  « on est petits, on n’est pas puissants, on n’est pas Honda, on n’est pas Yamaha… » et là je suis vraiment content parce qu’ils montrent à tout le monde qu’ils ont fait une superbe machine, ils montrent qu’ils ont fait un casting d’enfer parce que la paire Viñales – Espargaro, c’est de la dynamite ! L’expérience mais aussi la fougue chez Aleix et un talent inné chez Viñales. Ils bossent bien, il y a une bonne ambiance, ils sont heureux…chapeau bas ! C’est bien de voir arriver un quatrième larron parce que maintenant, il y a quatre marques performantes.

Et désolé de le rappeler une fois de plus mais tout ça démontre le bien fondé des stratégies de Carmelo pour permettre à des constructeurs de venir ou de revenir, comme Aprilia et Suzuki, en étant performants.

GPi : Pour Aprilia, ils reviennent mais doucement…

H.P. : Oui mais ce n’est qu’une année de transition. Ils roulent avec la moto de Superbike.

GPi : Ils feraient mieux de mettre Biaggi dessus…

H.P. : Mouais. C’est très beau ce que Max a fait, et je ne m’y attendais pas, mais il n’a pas gagné et en deuxième manche, il était tout de même loin d’Haslam.     

GPi : Et Johann Zarco ?

H.P. : Je suis très content pour lui parce que c’est la quatrième saison qu’il est là et je craignais un peu le pire car je voyais qu’il n’y arrivait pas. Il y avait toujours quelque chose mais là, il ne fait plus de boulettes et il dégomme tout. A Barcelone, il nous a livré un chef d’œuvre ! Il part moyennement bien, les autres partent très fort mais il n’a jamais douté. Il a donné le coup de collier quand il le fallait, quand il a dépassé les pilotes devant lui, c’est avec des frappes chirurgicales qu’il l’a fait et, c’est lui qui a mis la pression aux autres. C’est le patron et quand tu vois qu’il a perdu 17 points au Qatar sur problème mécanique et qu’il n’en parle jamais, ça veut dire qu’il est bien dans sa tête. Aujourd’hui, c’est lui le patron!

GPi : En même temps, il était temps ! Rins est peut-être encore un peu jeune mais il est là et même Alex Marquez pointe le bout du nez !

H.P. : Rins il est vraiment très fort et Sito Pons l’a signé pour deux ans; il a le temps. Alex a disputé une course somptueuse à Barcelone. On ne l’a pas vu parce qu’il a dû remonter du diable vauvert mais il tournait avec des chronos qui lui auraient permis de se battre dans le groupe des cinq. Il est certainement moins doué que son grand frère mais c’est un bosseur et un battant.

Johann le fait cette année mais c’était un peu sa dernière occasion parce qu’après, il y a Rins, Marquez, et encore derrière des Quartararo, Kent, Navarro…c’est là l’avenir.                 

Stay tuned !

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