Well done, Mister Smith ! Les émotions d'Hervé Poncharal !



Après une course plus que mouvementée, qui a vu Bradley Smith passer de la 6ème à la 21ème position, avant de remonter à la seconde, nous avons pu recueillir le ressenti d’un Hervé Poncharal visiblement un peu fatigué par l’intensité des émotions vécues quelques minutes auparavant. Sans aucun doute, le prix de la passion…

Hervé Poncharal, parlons de la course de celui que nous appelons ici Mister Smith, en raison de son humour et son flegme tout britannique…
N’aurait-il pas commis une erreur en début de course?

Hervé Poncharal: « J’étais derrière le canopy et ce que j’ai vu, c’est qu’il était très rapide et qu’à un moment il est arrivé plus vite que Vale, à la limite de la taper, et, pour l’éviter, il a élargi et deux ou trois pilotes sont passés. »

A ce moment, là, qu’avez-vous ressenti?

Hervé Poncharal: « Rien, parce que, plus que ce petit fait de course qui n’était pas catastrophique au moment où ça s’est passé, on était plus concentré sur la météo. On voyait les gouttes qui tombaient, et on savait que d’avoir perdu deux ou trois places et une demi-seconde sur ce coup là, c’était rien par rapport à ce qui allait se passer. On voyait bien qu’il pleuvait de plus en plus et, quand ils ont passé le drapeau blanc, on s’est dit « bon, la direction de course est en contact avec la météo locale, et on a vu les radars, on y a droit! ». Donc on pensait plus à préparer la moto de pluie, ce qu’on a fait, et rester bien vigilant sur ce qui se passait en piste et voir quand le premier allait rentrer. »

Mais vous avez attendu longtemps Mister Smith…

Hervé Poncharal: « Oui, il n’est pas rentré. C’était le seul et il fallait avoir de grosses balloches. »

C’est une décision qui lui appartenait?

Hervé Poncharal: « Oui, depuis que l’on avait le Flag to Flag, c’est à dire que la Direction de course a déclaré celle-ci Wet Race et qu’il y avait le drapeau blanc, la décision revient à 100% au pilote. Il est impossible pour l’équipe de décider de faire passer un message au pilote pour qu’il rentre. Il y a parfois, comme c’était le cas aujourd’hui, des endroits du circuit où c’était plus mouillé que devant nous, et il est très difficile de juger. Le seul qui est capable de savoir si l’adhérence est suffisante par rapport à la monte de pneus qui est la sienne est le pilote.
On a entendu Marquez en conférence de presse qui expliquait qu’il regardait ce que les autres faisaient, leurs chronos et les écarts sur les écrans. C’est la décision des pilotes.
On a vu que, concernant les deux leaders du championnat, Lorenzo était rentré un tour plus tôt et c’était à mon avis la bonne décision. Rossi a tenté un coup. C’est toujours pareil: entre Zéro et Héros, il n’y a presque rien. Si Marquez était rentré un tour plus tard, on serait peut-être en train de célébrer une victoire ce soir. Il aurait plu dix minutes de plus, on serait peut-être 18ème.
Lors de telles courses, il faut avoir des nerfs et être sûr de ce qu’on fait. »

Quand vous avez compris qu’il ne rentrerait pas, qu’avez-vous pensé?

Hervé Poncharal: « Je le connais, je sais qu’il est fier, ce qui est plutôt positif, et quand il a fait un tour de plus que les autres, comme Valentino, j’ai dit « pouhaaa… why not? » puis j’ai cru qu’il était tombé car au tour d’après, j’étais sur la voie des stands et j’ai vu passé tout le monde, sauf lui.
Je rentre dans le box en jurant mais mon frère qui était sur le muret me dit qu’il était passé sur la piste, et donc se trouvait à ce moment là en tête.
Ca pleuvait de plus en plus et je me dis alors « p…, il joue au c… »
Je criais « mais rentre, ça va mal se terminer! Il pleut trop, tu ne peux pas rester! » (ndlr: lors de cette interview, Hervé Poncharal n’avait d’ailleurs plus de voix).
Je me souvenais de l’année dernière à Aragon où les pilotes avaient voulu jouer aux héros en slicks sous la pluie, mais, à un moment donné, tu as beau t’appeler Marquez, Rossi ou Smith, ça se termine mal.
Même lui, quand il a vu ce qu’il perdait à chaque tour, pensait qu’il aurait dû rentrer. Sauf que cela signifiait tout perdre et qu’il s’est dit « c’est une boulette, je reste sur la piste et on verra. 

Sa « chance », c’est que la pluie a commencé à s’arrêter à ce moment là. Si elle s’était arrêtée trois minutes plus tôt, on aurait pu gagner. Là, il a eu les c…, les nerfs et l’intelligence de ne pas forcer trop tôt. Dans le pire moment, il se faisait prendre entre 10 et 13 secondes au tour. Il a stabilisé le rythme et j’ai alors pensé que c’était perdu, qu’il ne faisait que stabiliser un énorme déficit. C’était mort. Il a donc eu l’intelligence de ne pas tomber dans ce piège dans lequel est tombé Lorenzo. Marquez était très lent, il l’a dit en conférence de presse. Bradley a donc pris son temps pour que la piste sèche un peu d’autant qu’on était en Hard devant et Medium derrière, contrairement à toutes les Open et les Ducati qui avaient monté le pneu Soft arrière.
Je suis donc heureux qu’il m’ait fait crier des injures dans le box. »

C’était vraiment des injures?

Hervé Poncharal: « Non, mais des gros mots car je pensais que ça allait encore se terminer… pas bien, et que le weekend était perdu. Je regardais ce qu’il faisait car c’était quand même le gros coup de poker de la course, puisque c’était le seul à faire ça.
Mais je me souviens toujours… 2000, Donington, pareil, des petites gouttes. Tout le monde part en slicks, sauf Ralf Waldman. Olivier Jacque prend un tour à 10 tours de la fin. Là, on se dit « c’est gagné ». Il commence alors à pleuvoir et en 10 tours, Ralf remonte son tour perdu et gagne devant Olivier. Comme il a dit après la course, il pleuvait 3 minutes plus tard et je perdais. Entre Héro et Zéro, la limite est très mince. »

C’est votre meilleur résultat depuis quand?

Hervé Poncharal: « 2013, Cal Crutchlow, Le Mans. On l’égale mais on n’a jamais fait mieux en MotoGP. Assez souvent 3ème grâce à Dovizioso et Crutchlow mais pas mieux que 2ème. »

Comment allez-vous fêter cela ce soir?

Hervé Poncharal: « Simplement. On va juste aller dans une petite pizzeria et passer un moment sympa, sans excès, et sans doute refaire la course entre nous. Rien de très spectaculaire car c’est notre style, parce que demain matin, je rentre à Bormes avec ma voiture, où m’attend du travail. »

Merci à vous, et bravo à Mister Smith!

Stay tuned !

Rejoignez-nous sur Facebook

Rejoignez-nous sur Twitter

Partager cet articleShare on Facebook
Facebook
0Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on LinkedIn
Linkedin
Email this to someone
email

Dans cet article

Poster un Commentaire

  S’abonner  
Notifier de