Le clan des Français vu par Rémy Tissier



Remy Tissier est la voix du MotoGP sur Eurosport depuis le début de la retransmission des Grands prix par la chaîne.

Acteur incontournable de la moto en France, nous l’avons contacté pour une longue interview que nous avons décidé de publier en deux parties.

Dans cette première partie, nous nous sommes lancés, avec lui, dans l’analyse du clan des Français. Dans la seconde, à paraitre demain, nous lui avons demandé de nous confier sa lecture des essais hivernaux du MotoGP.

Le Moto3

Commençons donc cette première partie par le Moto3 et le jeune rookie, Alan Techer.

Remy Tissier : « J’ai eu l’occasion d’interviewer Alan Techer pour la première fois aujourd’hui. Il va s’aligner pour sa première saison et s’apprête à disputer son premier Grand Prix de France. Il est encore un peu timide, mais on le sent volontaire. Il vient, comme Johann Zarco, de la Red Bull MotoGP Rookies Cup, où il a réalisé une pole position, des podiums et deux victoires la saison dernière.

Son père est infirmier et a, comme il le dit, au moins deux ou trois boulots sur le côté pour trouver de l’argent pour son fils. Cette saison, tout le monde l’a aidé, la FFM, Claude Michy, l’organisateur du Grand Prix de France et même Alain Bronec.

Sans ça, il ne serait pas en Grand Prix. Cette saison, c’est lui qui a été le plus aidé. La saison dernière c’est Zarco qui avait reçu le soutien de la fédération et de Claude Michy, ce qui a d’ailleurs payé puisqu’il a été vice-champion du monde 125.

Cette saison, Johann vole de ses propres ailes et ces personnes ont donc logiquement décidé de miser sur un autre jeune talent français ».

Si Alan Techer a donc un guidon assuré chez Technomag-CIP, pour Alexis Masbou, en revanche, la situation vient de prendre une tournure plus délicate.

« Alexis n’était pas à la conférence de presse du Grand Prix  de France. Il a téléphoné à Claude Michy en s’excusant de ne pas être présent mais qu’il préférait chercher des sponsors car il lui manque beaucoup d’argent.

On est donc dans l’expectative et il se pourrait donc qu’il n’y ait que deux représentants en Moto3. La situation peut encore se décanter et comme le disait Claude Michy, il pourrait peut-être trouver de l’argent pour disputer les trois ou quatre premiers Grand Prix et essayer de faire de bon résultats, mais bon, le problème, ici, est un manque d’argent et avec l’argent, c’est toujours délicat».

On en arrive alors au dernier représentant tricolore en Moto3, Louis Rossi, qui a d’ailleurs effectué de très bons essais à Jerez, compte tenu de sa blessure au pied, encourue dès le premier jour.

« Lorsque je l’ai rencontré, à la conférence de presse du Grand Prix de France, je l’ai appelé le businessman. Il a plus que doublé son budget. Bon, il faut dire que la Moto3, est aussi beaucoup plus cher que la 125, mais tout de même, il a réussi à trouver, avec ses sponsors, la bagatelle de 380 000 euros.

Il a changé d’équipe, pour passer chez Racing Team Germany, dont le team manager n’est autre que l’ancien pilote 250, Dirk Heidolf, et qui, selon ses mots, serait plus professionnel.    

Louis a tout de même été neuvième en Australie la saison dernière, second sur la grille à Valence, il en est à sa troisième saison pleine et il débarque dans l’ex-équipe de Sandro Cortese, qui a gagné avec eux, on peut donc espérer au moins un podium.

De son côté il vise le top10 à chaque course et pourquoi pas, des coups d’éclat ».

Le Moto2

Commençons notre analyse avec le nouvel équipier d’Andrea Iannone, ex champion du monde 125, Mike di Meglio.

« 23ème seulement l’an passé chez Tech3, 20ème en 2010, trois équipes en trois ans, Mike en est maintenant à son cinquième châssis, mais il dit que là, avec cette moto, il éprouve d’excellentes sensations.

Il a compris que cette saison était celle de la dernière chance ! C’est la première année où il doit payer pour rouler, il n’avait plus du tout l’habitude puisque, depuis son titre, il était un pilote payé et pas payant. Pendant deux mois il a vraiment pensé qu’il ne roulerait pas en 2012 et il sait que s’il se ramasse, malgré le fait qu’il n’a que 24 ans, ce sera sa dixième et dernière saison en Grand Prix.

Il se retrouve un peu dans la situation de Valentin Debise la saison dernière. Il a Andrea Iannone, qu’on pressent rapidement en MotoGP,  comme équipier. Il a donc un compagnon d’écurie très très fort, ce qui ne lui facilitera certainement pas la tâche! »  

Vice-champion du monde en 125 la saison dernière, Johann Zarco débarque en Moto2 et est plus que jamais l’espoir de la moto française.  

« Johann s’entraîne énormément avec son manager et mentor, Laurent Fellon.

Il faut préciser que ces deux-là s’entrainent à part, qu’ils sont un peu en dehors du clan des Français. Ils ont un très gros sponsor en la personne de Michel Rey, le patron de Midi Traçage. Il fait énormément pour eux et c’est une personne vraiment très intéressante, un passionné de moto, un gars du sud, supporter de l’OM et qui investit énormément d’argent pour aider Johann. D’ailleurs, s’il a pu intégrer JIR, c’est à lui qu’il le doit.

Michel Rey y croit dur comme fer et vise les places entre huit et dix, mais personnellement, je pense que s’il pouvait terminer le championnat entre la dixième et la douzième position, ce serait déjà très bien.

C’est sa première saison à cet échelon et il y a du monde qui roule très vite en Moto2. On atteint un très très bon niveau dans cette catégorie.

Et puis, attention, il va falloir éviter la malédiction des pilotes français qui veut qu’aucun d’eux, ces dernières années, n’a été en mesure de confirmer après un titre.

Certes, dans le cas de Johann, c’est un titre de vice-champion, mais ce sera intéressant de voir s’il pourra éviter le piège dans lequel, Mike di Meglio ou Arnaud Vincent sont tombés et si on regarde un peu plus loin, ça vaut aussi pour Olivier Jacque ».

Lorsque nous l’avons interviewé, Johann Zarco nous a paru, non seulement, bien entouré, mais aussi bien armé psychologiquement, pour réussir là où les autres pilotes français n’ont pas pu passer le cap.

« C’est un garçon qui a une volonté incroyable et à la conférence de presse du Grand Prix de France, je l’ai trouvé changé, plus mature. Je pense que ses déboires de l’an dernier, notamment à Misano, lorsqu’il croit avoir gagné, qu’il se relève et qu’il donne la victoire à Terol, l’ont peut-être endurci.

C’est le grand espoir de la moto française et donc il faudra voir si, psychologiquement, ce qui, pour moi, a été son point faible la saison dernière, il sera suffisamment fort pour faire face à ce statut. Si c’est le cas, alors tout est possible.

C’est le pilote en lequel je crois, cependant c’est maintenant qu’il va falloir le démontrer. Le Moto2 est une catégorie difficile mais je pense qu’il a les capacités pour s’en sortir avec brio ».

Le MotoGP

Enfin, nous terminons ce tour d’horizon par le seul français présent en catégorie reine, Randy de Puniet.    

« A ma grande surprise, en arrivant à Jerez, j’ai trouvé un Randy de Puniet très positif. Je lui ai demandé s’il ne regrettait pas d’être chez Aspar et pas chez Pramac et il m’a assuré que non. Evidemment, je lui ai posé cette question le vendredi et il venait de terminer la journée devant Barbera et Abraham. En revanche le dimanche, il a terminé treizième et tous les prototypes étaient devant lui mais il était tout de même très proche de ces deux pilotes. On peut donc penser qu’il aura l’occasion d’en battre un ou l’autre, en course, à Jerez. En revanche, au Qatar, ce sera plus compliqué.

Sa moto a des atouts, elle a une bonne vitesse de passage en courbe et on peut donc penser qu’il aura l’occasion de se mettre en évidence. On verra s’il peut en profiter.

Au Qatar, il disputera son 218ème Grand Prix, sa quatorzième saison pleine. Bien entendu, en signant chez Aspar, son but est très certainement de se mettre en évidence et d’ainsi mettre toutes les chances de son côté pour récupérer une bonne moto, en 2013 ».

Voilà donc que se termine cette première partie. Demain nous nous retrouverons Rémy Tissier pour connaître son analyse des essais hivernaux du MotoGP et il nous livrera ses pronostics pour la saison qui débutera le 8 avril, au Qatar…et ils ne seront pas sans surprise…stay tuned ! 

Rejoignez-nous sur Facebook

Photo : Lionel Nolette

Partager cet articleShare on Facebook
Facebook
0Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on LinkedIn
Linkedin
Email this to someone
email

Dans cet article

Poster un Commentaire

  S’abonner  
Notifier de