Alex Marinelarena se retire. Hervé Poncharal témoigne!



Après son terrible accident survenu en février 2014 sur le circuit Paul Ricard, Alex Mariñelarena a effectué une très longue convalescence, suite à six jours passés dans le coma.

Aujourd’hui totalement rétabli, il serait toutefois trop risqué de subir un nouveau choc à la tête, aussi le pilote espagnol a-t-il annoncé la semaine dernière arrêter sa carrière en compétition: « avec le temps, l’idée que c’était fini a muri en moi. » 

A 23 ans, l’originaire de Navarre est bien évidemment fortement peiné de cette issue, mais semble vouloir l’accepter, par raison: « La vérité est que, il y a quelques mois, je ne l’avais pas vraiment assimilé mais tout est maintenant plus clair et je peux tourner la page. Vous ne pouvez pas changer ce qui est arrivé et vous avez juste à essayer de vous reconstruire et de ne pas vous laisser aller. Le physique, je l’avais plus ou moins six mois après, mais ne pas pouvoir se battre pour ce que vous aimez vous donne un sentiment d’impuissance. C’est dommage, mais peu à peu, au fil du temps, a mûri le fait que c’était fini. La vie continue et il faut faire d’autres choses. »

L’histoire et les propos sont poignants, aussi avons-nous souhaité recueillir le témoignage d’Hervé Poncharal, son team manager de l’époque. 

Hervé Poncharal: « Alex est un jeune pilote dans lequel on croyait et avec qui on avait envie de faire un bon bout de chemin et, malheureusement, les aléas de la vie et de la course ont fait qu’il a subi cette chute. Elle aurait pu être bénigne, comme beaucoup d’autres chutes à assez haute vitesse, mais il a malheureusement taper la tête, avec les conséquences que l’on connaît.

Franchement, j’ai eu très très peur  parce que, en allant le voir à l’hôpital Sainte-Anne à Toulon, j’ai vu un pilote que j’avais vu quelques jours auparavant, le crâne rasé, en réanimation avec des tubes partout, et plongé dans le coma. Les médecins m’ont dit « c’est très très grave et on ne peut pas se prononcer sur quoi que ce soit » alors que la famille arrivait quelques heures plus tard… A ce moment, là, wouuu… Tu sens une énorme responsabilité!
Je l’ai quasiment suivi jour après jour tant qu’il a été en France et vous ne pouvez pas imaginer ce que j’ai ressenti le jour où il a ouvert les yeux et m’a serré les mains… Parce que même si ce n’est pas de ta responsabilité, tu te sens responsable de ce qui est arrivé, vis-à-vis  de lui, vis-à-vis de sa soeur, vis-à-vis de ses parents, vis-à-vis de toi et, finalement, vis-à-vis de la vie.  
Ce sont des moments vraiment horribles où tu te questionnes sur le but, l’intérêt et le pourquoi de ton métier.

Ensuite, j’ai bien évidemment suivi sa rééducation et j’ai été très heureux de le revoir sur tous les Grands Prix en Espagne, puisqu’il y revient pour nous rendre visite. Les médecins lui ont dit qu’il pourrait avoir une vie physique et intellectuelle tout à fait normale, et j’en suis très heureux, mais l’ont clairement averti qu’un autre choc violent sur la tête pourrait avoir des conséquences dramatiques.

La pilule a donc été très dure à avaler pour lui, parce que dans sa tête, il était encore pilote. Et tout ce qui l’a motivé pendant sa rééducation, son véritable moteur, c’était de redevenir pilote. Et quand tu y arrives, que tu te retrouve en forme (il fait du vélo, du trial et plein d’autres sports) et qu’on te dit « non », tout s’écroule. A ce moment-là, il a eu quelques mois difficiles, dans un état dépressif,  et j’en ai parlé avec ses parents. Aujourd’hui, je suis heureux qu’il ait fait cette annonce, car ça aurait été trop risqué de recommencer, et j’espère qu’il va pouvoir tourner la page et se donner de nouveaux objectifs; il est jeune, en bonne santé, il a une famille formidable et la vie est devant lui! Je lui ai dit à Valence, « il faut que tu tournes la page. Si on peut t’aider en quoi que ce soit, on le fera. »
Je le comprends et j’espère qu’il est maintenant positif dans sa tête et qu’il a envie de croquer la vie à pleines dents, même si ce ne sera plus en tant que pilote de Grand Prix. »

Donc, en résumé, il a pris la bonne décision, il l’assume apparemment , et la porte de la famille Tech3 lui sera toujours ouverte?

Hervé Poncharal: « Bien plus que ça, c’est évident! J’ai vécu avec ce garçon quelque chose d’incroyablement fort! Tu vois, j’ai vécu un truc incroyablement fort avec Olivier Jacque, en étant champions du monde, et ça te lie pour toujours. J’ai vécu un truc incroyablement fort avec Shinya Nakano quand il a commencé à découvrir les Grands Prix, et même à prendre l’avion puisqu’il n’avait jamais bougé du Japon avant. Mais avec lui, Alex, même si c’était une expérience excessivement dure et que je ne souhaite à personne, j’ai vécu des choses incroyables; je suis resté à son chevet en lui tenant la main quand il était dans le coma et à prier pour qu’il se réveille. Ca m’a obsédé pendant des jours et des nuits. Je n’oublierai jamais cela. Bien sûr, nos portes lui seront toujours ouvertes, mais je ne suis pas certain qu’il ait très envie de revenir sur les Grands Prix car c’est un peu comme si la femme que tu as le plus aimée au monde t’a quitté. C’est très douloureux. Alors je ne sais pas bien ce que je peux faire, mais, ce mec là, oui, on peut le dire, je l’aime! »

Stay tuned !

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