Didier de Radiguès : « Lorenzo dominateur? Ce n’est pas fini ! »



Le weekend dernier, le MotoGP a récupéré ses droits sur la RTBF à l’occasion du premier Grand Prix de la saison, à Losail, au Qatar.

Parmi les voies de la chaîne publique, on retrouve cette année encore Didier de Radiguès, nous avons donc cherché à savoir quelle était son sentiment à l’issue d’une course qui, au final, aura probablement un peu manqué de piments.  

GPi : Nouvelle saison, nouvelle électronique, nouveaux pneus, premières impressions ?

DdR : Cet hiver, nous nous étions apprêtés à accueillir une nouvelle règlementation qui était censée redistribuer les cartes. Les attentes étaient élevées et les pilotes, de leur côté, avaient déclaré que nous y verrions plus clair après le premier Grand Prix. Toutefois, force est de constater que dimanche soir, nous avons retrouvé à peu de chose près les mêmes pilotes aux avant-postes avec une Suzuki pas encore à niveau. Au final, les seuls qui s’en sortent bien ce sont les Ducati mais au Qatar, elles étaient déjà en tête la saison passée.

On attendait beaucoup des pneus et il nous faut féliciter Michelin. Ils ont tenu la distance de la course et le tendre a même permis à Lorenzo de réaliser le record du circuit à la fin du Grand Prix.

L’électronique simplifiée n’a pas vraiment apporté les résultats escomptés mais tout ça s’explique finalement par le fait que les meilleurs pilotes sont toujours sur les meilleures machines.

On a beau faire un pas en arrière sur l’électronique, les usines continuent à faire la différence par rapport aux écuries privées en raison des heures passées dessus par les ingénieurs. Les usines gardent et garderont leur avantage parce qu’elles ont plus de budget et donc plus d’hommes pour travailler dessus.

GPi : OK, les Michelin vont très bien mais est ce qu’ils ne vont pas un peu trop bien pour le spectacle?

DdR : En effet mais il faut comprendre Michelin. Pour cette première, ils ont dû assurer le coup en amenant des tendres pas trop tendres et la performance de Lorenzo en dit long sur le type de performances que peuvent offrir les gommes françaises. Je pense que doucement, ils vont réajuster leurs gommes en fournissant des enveloppes plus tendres que celles de Losail.

Mais c’est compliqué pour eux car ils débarquent et commercialement parlant, ils devaient éviter une contre publicité car si tes pneus sont trop durs, les pilotes n’ont qu’à s’adapter mais en revanche, s’ils sont trop tendres, tu ne peux rien faire avec. C’est la raison pour laquelle ils ont fourni des gommes assez dures.  

GPi : Ce qui m’a un peu interpellé lors de ce Grand Prix, c’est que nous avons vu Marquez multiplier les toutes petites erreurs. Ne penses-tu pas qu’avec cette nouvelle électronique moins sophistiquée et qui pardonne peut-être un tout petit peu moins, son style moins précis que celui de Lorenzo risque de le mettre en difficulté sur l’ensemble de la saison ?

DdR : Marquez n’a pas dominé mais en même temps, ils ont tout de même bien rattrapé le coup parce que cet hiver, ils étaient à la ramasse avec pas mal de retard au niveau de l’électronique. Ils ont bien compensé mais en effet, l’électronique et les Michelin pardonnent peut-être un peu moins et ils vont certainement devoir s’adapter. On a déjà vu qu’il ne se permettait plus d’être en catastrophe comme il pouvait parfois l’être avec les Bridgestone.

On a toujours dit que la gomme avant japonaise était une merveille et la française n’est peut-être pas encore à son niveau. Après, il faut garder à l’esprit aussi que les motos ne sont peut-être encore parfaitement réglées pour ces pneus et que tout ça va s’améliorer au fur et à mesure de la saison.

GPi : Si tu devais donner une note de 0 à 10 à Iannone pour sa course ?

DdR : Il a pris 0 au moment de sa chute car il a tout gâché par excès d’ego. Le fait d’avoir vu Dovi le passer semble l’avoir rendu dingue. Il a voulu absolument le dépasser à nouveau et il a fait n’importe quoi en venant mordre la ligne blanche à l’intérieur ou en tout cas, en étant très très à l’intérieur. Résultat, il avait énormément d’angle et il a chuté. Il voulait le passer absolument alors qu’à ce stade de la course, c’était inutile. Très mauvais choix.

GPi : Ils étaient deux Ducati aux avant-postes mais j’ai l’impression qu’en s’éliminant, il a gâché plus que 50% des chances de Ducati de l’emporter en ce sens qu’à deux et en fonctionnant en équipe, ils auraient probablement eu plus de chance de pouvoir contrer un Lorenzo stratosphérique.

DdR : C’est certain qu’ils auraient pu jouer le jeu d’équipe et être bien plus dangereux en binôme que chacun pris séparément. C’est clair que l’émulation entre les équipiers qui sont avant tout des adversaires c’est bien, mais là, c’est de la bêtise.

GPi : la décision de la direction de course à l’encontre de Morbidelli qui tombe en fin de course ?

DdR : Inutile de passer par quatre chemins…c’est nul ! Je n’ai même pas eu besoin de ralenti pour voir qu’il avait bougé sur la grille de départ et je pense que c‘est le cas de tous les téléspectateurs ou presque. Eux ils ont la vidéo, ils ont tout le loisir de la regarder en boucle. Ils en pénalisent plusieurs et ils laissent Morbidelli continuer.    

Je ne sais pas m’expliquer comment ils ont pu passer à côté et je suis certain que c’est un team qui a dû aller réclamer. D’ailleurs, j’ai vu le communiqué de presse de Gresini. Fausto était furax ! D’abord parce que ce n’est pas juste qu’ils ne l’aient pas vu et ensuite, parce que ce n’est pas juste de ne donner que 20 secondes parce qu’un ride through prend plus que 20 secondes. C’est incroyable parce qu’au final, à la direction de course, ils n’ont que ça à faire…regarder les vidéos.

GPi : Livio Loi ?

DdR : Pour Livio, il y a évidemment une petite déception au niveau de la course mais sinon, dans l’ensemble, c’est très très bien. A t’il eu un problème moteur ? J’en ai parlé avec lui et effectivement, ils vont le changer car ce n’était pas le même que lors des tests. Mais c’était peut-être aussi le pneu arrière sur lequel il aurait trop mordu pour revenir sur le groupe ? En tout cas, on voyait bien qu’il n’arrivait plus à ressortir correctement des virages. Il a alors eu du mal à revenir sur le groupe qui allait très vite puisqu’il s’aspirait dans la longue ligne droite.

Après, il fait top10 et je suis content car si l’objectif était de s’échapper, s’il n’y arrivait pas il devait marquer des points et c’est ce qu’il a fait.

GPi : Lorenzo, stratosphérique ?

DdR : Carrément ! Il s’est très très bien adapté aux pneus, comme Iannone d’ailleurs qui, lui aussi, aurait pu faire le même genre de course. La seule différence c’est que l’Italien a crié haut et fort qu’il aimait bien les Michelin. Par contre Lorenzo, plus rusé, n’a rien dit. Il a même été jusqu’à embrasser son pneu arrière, c’est dire à quel point il se sent bien avec ces nouvelles gommes. Nous ne pouvons que lui tirer notre chapeau !

GPi : Rossi ?

DdR : Il a fait une belle course mais il a eu le handicap du pneu arrière, ce qui ne lui a probablement pas permis de se bagarrer pour le podium. C’était difficile d’autant plus qu’entre lui et Lorenzo il y a beaucoup de bluff. Ce n’était peut-être pas le meilleur choix, peut-être n’a-t-il pas fait assez d’essais avec le tendre à l’arrière…c’était un choix difficile. Mais ce n’est pas fini, ils vont tous tirer les enseignements de cette course et ils vont progresser.    

Stay tuned !

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