Jorge Lorenzo chez Ducati : pourquoi ?



L’annonce tant attendue est tombée aujourd’hui, lundi 18 avril 2016 : le Grand Prix de Valencia 2016 sera le dernier de Jorge Lorenzo sous les couleurs Yamaha. Deux jours plus tard, l’espagnol se présentera aux essais hivernaux avec la combinaison de l’équipe officielle Ducati.

Une décision qui a déjà fait couler beaucoup d’encre, et pour cause puisqu’elle suscite de nombreuses questions. Pour quelle(s) raison(s) l’espagnol, Champion du Monde en titre, a-t-il rejoint Ducati ? En quoi fallait-il abandonner la marque au diapason ? Doit-on parler d’une erreur ou d’une aubaine ? Cadeau empoisonné pour certains, chance de rejoindre les étoiles de l’Histoire MotoGP pour d’autres, son choix interroge l’ensemble de la communauté motarde. Décryptage.

 

Un roi sans couronne ?

Depuis son arrivée en catégorie reine (2008), Lorenzo n’a pas connu une autre monture que la YZR-M1 de l’équipe officielle. Huit saisons complètes marquées par l’obtention de 3 titres individuels, 41 victoires, 99 podiums, 36 pôles, 27 meilleurs tours et 4 couronnes constructeurs. Il a pour ainsi dire tout gagné, et ses statistiques vont encore progresser d’ici au mois de novembre.

En dépit de cela, JL99 n’a jamais été considéré comme étant l’un des héros de chez Yamaha. Décrié par les fans pour son orgueil, sa rivalité ou encore les copies faites à Valentino Rossi (couleurs distinctives, décorations, célébrations…), il a passé une partie de sa carrière dans l’ombre de Valentino Rossi. Les sifflets ne le quittent plus, et ses performances ont constamment été entachées par la relation compliquée qu’il entretient avec la star italienne. 

Une star auprès de qui les Bleus, nouveaux partenaires de la VR46 Riders Academy, semblent dévoués. Rappelons que fin 2015, à l’occasion du tristement célèbre Sepang Clash, Yamaha s’était dissocié de l’action de Lorenzo devant le Tribunal Arbitral du Sport. Les prémices d’un inévitable divorce désormais officialisé.

 

Battre Rossi, marquer l’Histoire… ou les deux ?

L’impact de l’amour fusionnel unissant Rossi et Yamaha semble avoir influencé Lorenzo jusque dans les ultimes détails ayant causé son départ. Cet hiver, l’espagnol priait la firme japonaise de le faire signer au plus vite et espérait entériner l’affaire dès le Qatar. Mais lorsqu’Il Dottore a annoncé sa prolongation avant lui, la donne a changé et le n°99 a décidé de s’accorder plus de temps.

Dans la foulée, Rossi n’hésitait pas à décontenancer son rival en affirmant qu’il fallait du courage pour rejoindre Ducati, ce que Lorenzo ne ferait finalement pas. Ultime provocation, tel un défi lancé à son rival comme pour lui dire « chiard t’oses pas ! » (un langage familier que nous vous prions de nous excuser), qui a sans aucun doute pesé dans la balance des transferts.

Alors Lorenzo a osé. Les Rouges montraient de l’intérêt pour le natif de Palma de Majorque depuis 2009 et le passage à vide de Casey Stoner, mais il avait toujours refusé leurs offres. Avec celle-ci, il s’est d’ores et déjà assuré une rente financière que l’on dit être la meilleure de sa carrière ; de quoi se consoler si l’aventure se termine mal.

Car triompher au guidon de la Desmosedici n’est pas chose facile. Depuis le Grand Prix d’Australie 2010 et le succès de Casey Stoner, pas un pilote n’y est parvenu. Beaucoup ont pourtant essayé, et pas des moindres : Nicky Hayden, Andrea Dovizioso, Cal Crutchlow, Andrea Iannone… ainsi que Valentino Rossi lui-même.

En gagnant avec Ducati, Lorenzo conquerrais la reconnaissance tant désirée en réussissant là où son pire ennemi a échoué. Il entrerait définitivement dans la légende en rejoignant le cercle fermé de ceux sacrés en MotoGP avec 2 constructeurs différents. Aux côtés du britannique Geoff Duke (Norton/Gilera), d l’italien Giacomo Agostini (MV Agusta/Yamaha), de l’américain Eddie Lawson (Yamaha/Honda), de l’italien Valentino Rossi (Honda/Yamaha) et de l’australien Casey Stoner (Ducati/Honda), il serait le premier espagnol à réaliser l’exploit.

Une nouvelle aventure, sur une nouvelle moto et avec de nouveaux objectifs : voilà qui a de quoi donner relancer une carrière et mettre du baume au coeur !

 

Un défi (trop) dangereux ?

Après de nombreuses modifications, restructurations […], la machine de Borgo Panigale semble désormais capable de l’emporter avec un autre homme que CS27. Andrea Dovizioso a déjà terminé second à 5 reprises et mettra peut-être bientôt un terme à l’hégémonie des quatre extraterrestres que sont Lorenzo, Marquez, Pedrosa et Rossi (invaincus depuis Phillip Island 2012, soit 58 Grands Prix avant d’arriver à Jerez 2016).

Mais la Ducati a également brisé des carrières. Incapable de briller en 2006, Sete Gibernau (13ème au classement) s’était alors retiré du MotoGP. Un désastre total pour Marco Melandri en 2008, 17ème du général avec 51 points marqués. Malgré 5 saisons dans l’équipe officielle, Nicky Hayden n’est monté que sur 3 podiums en 86 départs avant de se résoudre à partir en CRT, puis en Superbike. Récemment, Cal Crutchlow a vécu une année 2014 cauchemardesque terminée en 13ème position (moins bien que ses 3 saisons passées chez Tech 3). 

À la fin de son contrat le liant avec Ducati, Jorge Lorenzo sera sur le chemin des 32 ans. S’il venait à réaliser 2 mauvaises saisons, l’idée que Yamaha lui (re)propose un guidon paraît inimaginable. Avec le réservoir de jeunes et potentiels candidats aux avant-postes en MotoGP, et donc à une place chez Repsol d’ici à 2 ans (Alex Rins, Johann Zarco, Marc Marquez, Maverick Vinales…), difficile de croire qu’Honda lui donnerait sa chance au sein de l’équipe officielle. 

Oui, Jorge Lorenzo avait de bonnes raisons de rejoindre Ducati : sortir de l’ombre de Valentino Rossi, s’assurer un salaire élevé, marquer une bonne fois pour toutes l’Histoire du MotoGP… Chez les Rouges, on salive aussi à l’idée de briguer à nouveau le titre et prouver à la planète Moto que la Desmosedici n’est plus cette diablesse indomptable. Mais la tâche s’annonce des plus difficiles, car en endossant la tunique rouge du constructeur italien Por Fuera a peut-être signé la fin prématurée de sa carrière. Un challenge ô combien intéressant qui, soyons-en assurés, va rythmer le quotidien du Championnat du Monde pour (au moins) les 2 prochaines années.

Stay tuned!

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