[Exclusif] Hervé Poncharal : on ne peut pas continuer à incriminer Michelin gratuitement



Après les incidents de Sepang et de l’Argentine, Michelin s’est retrouvé dans une position un peu indélicate puisque, reconnaissons-le, l’éclatement d’un pneu n’est pas un incident anodin.

Pourtant, après le flag to flag du Rio Hondo, Michelin régissait de façon hyper professionnelle en amenant séance tenante un nouveau pneu à Austin.

De l’impression de cafouillage du Rio Hondo, à la réaction d’Austin en passant par le flag to flag, nous avons demandé à Hervé Poncharal ce qu’il avait pensé de tous ces évènements.   

GPi : Hervé, on a beaucoup parlé de Michelin et pas qu’en bien suite à l’éclatement du pneu de Redding lors de la FP4 en Argentine. Suite à cet incident, on a décidé de disputer la course selon la règle du flag to flag et à Austin, Michelin a amené de France un nouveau pneu en un temps record ! Ça fait beaucoup d’évènement et beaucoup de décisions. Elles forment un ensemble cohérent selon toi ?

HP : « Au Qatar, nous avons eu un ensemble pneumatique qui fonctionnait très bien pour tout le monde. Nous n’avons pas eu de chutes, les pilotes ont réalisé de super temps, la course a été rapide et on a quasiment réalisé les meilleurs chronos en fin de Grand Prix avec des tendres. En Argentine, tout se passait parfaitement bien si ce n’est la piste qui était dégeulasse et que donc on n’avait pas de grip et qu’on bouffait les pneus mais ça, c’était la même chose pour Bridgestone. Mais ça se passait parfaitement bien jusqu’à la FP4. Nous avions couru notre distance de course, on savait avec quels pneus on allait partir, on n’avait pas eu la moindre alerte, tout était nickel et puis il y a eu UN problème sur la moto de Redding. Et sur ce problème, je n’ai pas encore eu d’informations. On les aura peut-être à Jerez. Toutes les datas sont parties en France pour analyse et on aura l’explication mais à l’heure actuelle, on ne sait pas exactement ce qui s’est passé.

J’ajoute aussi que, soi-disant parce que les constructeurs sont toujours en train de les tester et ça me fait bien rire d’ailleurs, on n’a toujours pas les capteurs de pression qu’on avait rendu obligatoires après l’incident de Baz à Sepang. On les a en Moto2, ça ne coute rien et c’est d’une facilité de montage déconcertante mais les usines n’aiment pas qu’on regarde tout un tas de paramètres et elles considèrent ça comme des mouchards plus qu’autre chose. Du coup on les attend et j’espère qu’on pourra entériner ça à Jerez de manière obligatoire avec l’accord du MSMA.

Suite à cet incident, il y a eu une réaction un peu de panique et c’est normal car toujours, pour le Championnat, pour la Dorna, pour nous l’IRTA, pour Michelin bien entendu, la priorité c’est la sécurité. Donc, comme nous n’avions pas une explication rationnelle à cet incident et même si ce n’était arrivé à personne d’autre, il y a eu des réunions de crise où ont été conviés les pilotes, les teams managers afin de réfléchir à la situation.

Malheureusement, le samedi soir il a beaucoup plu, les tests prévus pour le warm-up, on a pu les mettre à la poubelle et donc après le warm-up officiel, tout le monde s’est réuni et il a été décidé que la meilleure solution était le flag to flag.

Après, il n’y aurait peut-être eu aucun problème en course, on n’en sait rien et donc on ne peut pas incriminer Michelin gratuitement. Mais bon, quand tu es à l’autre bout de la planète, dans un endroit aussi isolé du reste du monde, tu te dis « on ne va pas tenter le diable ». On a peut-être pris trop de sécurité mais tant pis et au final, on a eu une super course. Bon, il y a eu beaucoup de chutes parce que les mecs ont énormément attaqué et qu’il y avait encore des tâches d’humidité.

A Austin, suite à ce qui s’était passé en Argentine, Michelin a eu une réaction incroyable de professionnalisme. Ils ont reconstruit un pneu et nous n’avons pas eu le moindre problème. Je suis le premier à dire que Michelin fait un boulot fantastique. Ils bossent d’arrache-pied. En Argentine, il n’avait pas pu faire d’essais parce que lorsqu’ils étaient arrivés sur le circuit, il avait commencé à pleuvoir. La piste est tellement peu utilisée, elle est tellement changeante, elle est tellement sale, de plus cette année, nous avons eu des températures extrêmement chaudes alors que d’habitude, il fait plus tempéré…si tu mets bout à bout toutes ces conditions difficiles, je trouve que Michelin s’en est sorti la tête haute et pour ça, il faut les saluer plutôt que de les critiquer. A partir de maintenant, ce sera plus facile de réagir, Jerez c’est plus près de Clermont que de Termas de Rio Hondo. Si il y a des problèmes, ce sera certainement moins nécessaire de sortir des explications vaseuses car à jerez, ils disposent de plus de datas ».  

GPi : Certains ont estimé qu’introduire les nouveaux pneus en même temps que la nouvelle électronique était peut-être une erreur dans le sens elle met plus les pneus à contribution. Tu partages cet avis ?

HP : « Tout le monde a le droit d’avoir son avis. Lors des trois premières courses, la seule qui s’est disputée dans des conditions normales, c’est le Qatar où Lorenzo a été sept secondes plus rapides que l’année précédente ce qui signifie que cette centrale et les pneus ça fonctionne. Après une série de conditions ont compliqué la situation. Pour répondre à ta question, honnêtement, je ne pense pas car depuis les tests hivernaux on travaille dessus et on est désormais proche de ce qu’on avait fin 2015 et plus on va avancer, plus on va s’en rapprocher. L’avantage, c’est que maintenant elle est la même pour tout le monde et si tu en parles à Ducati, Suzuki ou Aprilia, ils te diront certainement qu’ils sont très contents. Sans cette centrale unique, Aprilia et KTM ne se seraient peut-être pas impliqués. Donc, ça a beaucoup d’effets bénéfiques car pour être performants dès le début, le plus compliqué c’est l’électronique. Et puis, ce sont les constructeurs qui l’ont demandé en 2016, normalement c’était prévu pour 2017. Quant aux pneumatiques, on arrivait à la fin du bail de Bridgestone, il y a eu un appel d’offre et c’est Michelin qui l’a emporté. Sans cette centrale, je pense qu’aujourd’hui Suzuki n’aurait pas cette position où il pourrait garder Viñales malgré des offres de Yamaha ».

Stay tuned!

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