Alexis Masbou : « Je ne suis pas quelqu'un qui baisse les bras »



Hors des points après 4 Grands Prix, Alexis Masbou traverse une période difficile en ce début d’année 2016. Le français, recrue du Peugeot MC Saxoprint, n’a cependant pas perdu la détermination qui l’a conduit à la victoire par le passé.

Les problèmes auxquels il fait face actuellement sont, certes, significatifs lorsque l’on regarde le classement du Mondial Moto3 où son score est toujours vierge.

À 28 ans, l’Albigeois n’est pas encore en mesure de montrer ce dont il est capable au guidon de sa nouvelle machine. Il pourrait être lassé d’une telle situation, mais il n’en est rien. Au contraire, les difficultés rencontrées ne font que décupler sa motivation, que l’on sent intacte chez un homme qui participait à son premier GP en mai 2003.

 

GP-Inside : Quatre courses, pas de point marqué mais des progrès constants. Quel bilan tires-tu de ton début de saison ?

Alexis : « C’est difficile de faire un bilan dans un tel projet. Dès les premiers essais on a vu un manque de performance, mais on attendait le premie GP pour voir où on se situerait dans les conditions d’un week-end de course. Cette 24ème place n’était pas du tout ce que l’on espérait. Depuis il y a eu des évolutions, avec l’arrivée en Argentine du carénage 2015 qui nous a apporté beaucoup de facilité et d’aisance. De notre côté on a également progressé, même s’il a fallu réadapter le setting. C’est étonnant car ce carénage nous a permis de rajouter du poids sur l’avant de la moto et la faire tourner, chose qu’on avait essayé de contrer par les suspensions. Finalement on a du revenir en arrière… ça va bien avec ce qu’il se dit sur les ailerons en ce moment ! (rires).

Le carénage 2016 déstabilisait la machine, avec l’autre on a fait un premier pas en avant, enfin plutôt en arrière ! La moto est devenue plus facile à piloter. On progresse aussi sur le châssis mais il y a encore beaucoup à améliorer. Ça se voit au fur et à mesure, on était proches des points en Amérique, puis en Espagne on y était mais j’ai chuté. Ce ne sont pas les résultats espérés mais petit à petit on progresse. »

Le team-manager a admis qu’il y avait des soucis sur la moto. Hormis le carénage, quel autre problème exactement ?

« Le nouveau moteur a été livré pour cette saison et il ne fonctionne pas comme tout le monde pouvait l’espérer. Il y a un gros manque à l’accélération, et aussi un peu en vitesse de pointe : là-dessus il y a du travail à fournir. Le châssis permet de garder de la vitesse de passage, ça peut faire la différence en virage mais derrière c’est difficile de faire jeu égal avec les autres. »

Précisons à ce sujet : il est écrit sur les classements que ta monture est une Peugeot, mais le moteur sort bien de chez Mahindra.

« En tout cas, la moto est censée être la même que les autres Mahindra du plateau. »

On a d’ailleurs vu que F. Bagnaia (Mahindra) est monté 2 fois sur le podium. Quelle différence entre ta machine et celle du team Aspar ?

« Normalement, aucune. »

Terrell Thien avait menacé de retirer les motos si Mahindra ne trouvait pas de solution à Jerez. Qu’en est-il aujourd’hui ?

« Quand il a dit ça, il se plaignait d’un problème de boîte de vitesse que l’on rencontre souvent depuis le début de l’année. C’était pour une question de sécurité. On en a eu quelques-uns en Espagne, mais beaucoup moins dangereux qu’aux États-Unis par exemple. Mahindra sait que c’est un problème récurrent, on est pas les seuls à le rencontrer et ils doivent vraiment y faire attention. Ce n’est pas encore résolu mais petit à petit ça avance. » 


Le point positif est qu’en temps normal, l’équipe s’en prend à ses pilotes… Là, on sent qu’elle vous soutient.
« En tant que pilote, pour moi comme pour John (McPhee, son coéquipier.ndrl), c’est très rassurant de savoir qu’on a l’équipe derrière nous. Ce n’est pas une situation facile, on était pas là pour jouer la 20ème place et marquer des points. Le team connaît notre potentiel, j’ai gagné des Grands Prix, John a fait des podiums, on est capables de rouler devant alors ils essaient de faire ce qu’il faut pour progresser. Quoi qu’il en soit c’est rassurant de se savoir soutenu par Peugeot et par l’équipe. »

Les lecteurs s’inquiétaient de la suite de ta saison après un passage télévisé où tu disais ne pas vouloir continuer comme ça. Depuis, ça va mieux. Est-ce que tu t’es donné une échéance, un seuil de résultat à atteindre ?

« Je me suis pas donné de seuil de résultat, je prends les courses week-end par week-end. En ce moment il y a des difficultés avec le matériel et ce n’est pas évident pour tout le monde, alors je reste concentré sur mon travail. C’est sûr, je ne suis pas là pour être dans les derniers et ce n’était pas une position facile au Qatar et en Argentine. Maintenant ça devient plus intéressant, c’est plutôt positif même si ce n’est pas encore ce que j’attends. J’ai un contrat à honorer, je me suis fixé un défi et même si je pensais que les résultats seraient meilleurs, je ne suis pas quelqu’un qui baisse les bras. Je suis à fond dans ce défi et je fais tout ce que je peux pour progresser. »

Avec le règlement, tu ne pourras plus être en Moto3 en 2017. Est-ce que tu penses déjà à l’avenir (Moto2, Supersport, Endurance…) ?

« Ma seule certitude est que je ne serai plus en Moto3 l’année prochaine. Il y a tellement de choses à régler en ce moment que je n’y pense pas, mais c’est sûr que je me verrais bien continuer en Moto2 ou en Supersport. Pour l’instant, je n’ai encore rien de confirmé. »

Être le vétéran de la grille de départ, tu vois ça comme un atout ou comme un inconvénient ?

« Je n’ai que 28 ans, je ne me sens pas vieux ! (rires) J’ai l’impression d’encore progresser sur mon pilotage. C’est sûr que dans la position où je suis, l’expérience est un atout car je suis plus calme et concentré qu’en train de m’énerver, alors que parfois ça pourrait être le cas. Mais quand on me parle de mon âge et que je vois ce que fait Valentino à 37 ans, je me dis que ça va ! »


Parallèlement tu viens de créer ton école de pilotage, Alexis Masbou Expérience. Peux-tu nous en dire un peu plus ?

« C’est un projet qui a commencé à se construire l’an dernier quand le Circuit d’Albi a rouvert après plusieurs mois d’arrêt. Le but était d’y recréer quelque chose, participer à la renaissance de cette piste où j’ai débuté. J’ai lancé une école avec des stages de pilotage et des baptêmes. C’est plus axé sur les adultes car je connais ça, j’ai déjà fait des stages où j’essaie de créer quelque chose à ma façon, un environnement où les gens peuvent progresser, se sentir bien, échanger leur passion… sur ce circuit qui me tient à cœur. Pour les baptêmes c’est plus un côté fun et sensationnel, avec aussi une idée de partage. Dans le futur j’aimerais la faire évoluer vers les enfants, car c’est grâce à l’école d’Albi que j’ai pu débuter. On verra si les moyens et les partenaires suivent pour mettre ça en place. »

On voit que ces initiatives, lancées par les pilotes (Zarco, Rossi…), forment des jeunes qui veulent rouler en GP. Penses-tu que la Fédération doit les aider ?

« Elle peut avoir son mot à dire et aider ce genre d’actions, mais je ne pense pas qu’une Fédé puisse à elle seule faire augmenter le nombre de pilotes en France. C’est plutôt à des initiatives privées de faire avancer les choses, même si la politique de la Fédé est de les faire valoir et grandir. Je pense aussi qu’il y a plein d’entreprises dans le sport moto qui pourraient vraiment aider ces projets. Pour l’instant, à la différence de ce que font Zarco ou Rossi, je commence plus bas.

J’essaie de faire découvrir notre passion, car s’il n’y a plus de passionné on aura peu de pilotes qui vont arriver. Plutôt que de démarrer avec des pilotes qui ont déjà fait des courses, mon idée est de créer une passion pour la moto. Ensuite, pourquoi pas les faire progresser et les amener au haut niveau, mais faire découvrir les sports mécaniques est déjà intéressant. Et ça peut aussi aider à trouver les futurs pilotes de demain. »

Merci Alexis. Un dernier mot pour tes supporters avant le GP de France ?

« Ça ne va pas forcément être au niveau de mes attentes, parce que les saisons précédentes j’avais envie d’aller chercher le podium. Cette année on a pas encore les moyens de jouer le podium, alors je vais essayer d’offrir un beau spectacle, donner le meilleur de moi-même et faire un bon résultat… qui sait ce qu’il peut arriver si les conditions sont humides ! »

Propos recueillis par Daryl Ramadier pour GP-Inside

Stay tuned !

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