Les Suissitudes de JCS : Le succès naît de la difficulté



L’an dernier, ils étaient cinq. Cinq pilotes suisses engagés dans la deuxième catégorie des GP, la classe Moto2. Ils étaient cinq et ce chiffre avait le don d’énerver la colonie française, partagée entre l’envie d’être aussi bien représentée, la jalousie et la critique facile, celle que l’on lance avec les habituelles généralités: «Bien sûr, avec tout votre fric, c’est facile…»

Cette année, ils ne sont plus que quatre. Précision: celui qui a disparu n’a eu besoin que de la première course de sa carrière en mondial supersport pour s’imposer, Randy Krummenacher occupant la deuxième place du championnat, à la veille de Sepang.

Ils ne sont plus que quatre. Quatre sur un peloton de trente, cela fait, si je ne m’abuse, quelque chose comme 13%. En Moto2, la Suisse est le 13% du monde! Pas mal, pour un pays de 8 millions d’habitants, n’est-ce pas 67 millions de Français? Tout cela, grâce à notre franc? Pour l’être, franc, je n’en suis pas persuadé.

S’il y a aujourd’hui autant de pilotes suisses en GP, c’est parce que le succès naît de la difficulté. Depuis le lendemain du terrible accident des 24 Heures automobiles du Mans en 1955, les «courses en circuit à caractère public» – c’est le terme exact – sont interdites sur le territoire de la Confédération. Ce handicap, considéré comme rédhibitoire pour beaucoup, s’est transformé en atout au fil des ans, dans la mesure où les jeunes gens de notre pays doivent faire plus que beaucoup d’autres pour atteindre les premiers échelons qui mènent à la gloire.

L’étape pocket-bike passée, il n’y a pas d’autres choix que de s’expatrier. La plupart passe par l’Allemagne, parce que cette voie-là a permis de «faire» Tom Lüthi, Dominique Aegerter et Randy Krummenacher et qu’on aime bien reprendre les recettes qui fonctionnent. Outre-Rhin, même si la catégorie principale du championnat IDM – le superbike – est devenue une compétition de second niveau, qualitativement parlant, la Coupe Junior de l’ADAC attire toujours beaucoup de jeunes candidats, base large sur laquelle on peut espérer construire une pyramide la plus haute possible. Et même si, aujourd’hui, le championnat Moto3 (l’étape suivante) est moins agité que ne l’était à l’époque la classe 125 cc, cette filière a formé quantité de pilotes. Et pas seulement suisses, n’est-ce pas Messieurs Bradl Junior, Cortese, Folger, Schrötter & Oettl?

Pour y arriver, il faut donc compter avec des parents convaincus, qui acceptent de couvrir leurs 1500 kilomètres par week-end pour se rendre et revenir des courses. La suite coûte plus chère, on le sait. Et comme tous les Suisses ne sont pas banquiers, ni fabricants de montres, encore moins de chocolat, il faut convaincre des partenaires. Et c’est là que la Suisse prend définitivement l’avantage sur la France voisine. Comme tous les GP sont retransmis en direct sur la télévision publique – dans les trois régions linguistiques – et comme les grands médias généralistes «couvrent» depuis plus de 30 ans la moto, les retombées sont importantes… à condition de rouler devant. Telle est la recette: travailler plus que les autres au début, profiter de ce labeur quand on s’approche des sommets. Puis, surtout, continuer de travailler!

Stay tuned !

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