Les Suissitudes de JCS #3 : Des Helvètes si différents



Surtout, ne pas déranger, se contenter d’observer. Participer aux grands débats de société?

S’engager dans des conflits internationaux? N’y pensez pas. L’Homem Helveticum, c’est l’Histoire et la tradition qui le disent, préfère se blottir entre ses montagnes et ouvrir parcimonieusement ses frontières à ceux – peu importe qu’ils soient de droite, de gauche, de l’est ou de l’ouest -, qui emportent avec eux quelques valeurs qu’ils cherchent à protéger. Et que l’Homem Helveticum a protégé, protège et protègera.

Si cette description initiale est bien sûr volontairement caricaturale à l’extrême, elle contient sa part de vérité. Comme est vrai la retenue naturelle de l’Helvète face à la réussite de ses champions dans l’exercice sportif. On se réjouit de posséder parmi nos compatriotes le meilleur joueur de tennis de tous les temps, Roger Federer, mais le phénomène est devenu si important que le peuple finit par en être gêné. Il préfère se rattacher à des exploits de moindre portée, mais qui lui ressemblent plus. En 2005, alors que le numéro 1 du tennis de l’époque remportait toutes les habituelles récompenses de fin d’année, «Sportif mondial», «Champion des champions», etc, il avait été battu, chez nous, dans l’élection du Sportif suisse de l’année par un petit gars né à la ferme, dans un village de l’Emmental – le vrai, d’appellation d’origine – et qui avait, en ce millésime-là, remporté le plus petit titre mondial (125 cc) d’une discipline sportive secondaire (le motocyclisme, par rapport, bien sûr, aux géants que sont le football, le cyclisme, le tennis et même, en Suisse, le hockey sur glace).

Onze ans plus tard, alors que le champion des champions de la petite balle jaune renonçait au tournoi de Roland-Garros, Thomas Lüthi terminait quatrième du GP d’Italie Moto2 au Mugello et était très déçu. Il y a quinze ans, on aurait crié à l’exploit sensationnel; désormais, on cherche des explications – pour ce qui est de Tom, dimanche dernier, il a pris le second départ avec le même pneu (qui avait donc déjà cinq tours) que le premier, parce qu’il n’avait plus à disposition de gomme neuve de la bonne spécificité – et on découvre un pilote expérimenté qui s’en veut d’avoir perdu une belle occasion de monter sur un nouveau podium.

Et que dire de son voisin, Dominique Aegerter? Le visage d’abord rouge de rage, qui devient ensuite blême. Des critiques, des cris, qu’il regrette aussitôt («il faut encore que j’aille m’excuser auprès de mes gars, j’ai été très méchant avec eux ce week-end… »). Tout cela parce qu’il ne trouve que difficilement les sensations qu’il aimerait ressentir: «Pour aller vite, il faut laisser vivre la moto, mais je n’y arrive pas.» Cette image d’un homme en colère, ces mots sévères, devraient logiquement exprimer une situation gravissime. Or, malgré sa «crise» actuelle, Domi pointe au cinquième rang de la deuxième catégorie du sport motocycliste mondial de vitesse. Et Tom, malgré ses «petits détails qui manquent» est sur le podium provisoire. Des Suisses en colère, et qui le disent, alors que beaucoup de leurs collègues les envient, c’est un signe qui ne trompe pas: quelque chose change au pays de Guillaume Tell, des banques, des montres, du chocolat, de l’Emmental (le vrai) et du Gruyère (nom d’une région du canton de Fribourg, reconnue pour son fromage sans trous, si cela peut intéresser quelques voisins européens).

Stay tuned !

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