Jack Miller triomphateur à Assen : du mérite et un grand Mer



Jack Miller a remporté le premier Grand Prix MotoGP de sa carrière sur le TT Circuit Assen. Une performance que même lui n’avait pas imaginé… ce qui ne signifie pas pour autant qu’il ne la mérite pas. Le florilège de commentaires attribuant cela à « de la chance » ou du « hasard » est insupportable et erroné. Dénigrer sa victoire, c’est dénigrer ce qui constitue le Sport en son sein même.

À en croire les plus impétueux, le succès de Miller lui a été servi sur un plateau d’argent. Sa course n’a pourtant pas été des plus faciles, lui qui partait du fond de la grille puisque qualifié 18ème (6ème ligne de départ sur 7). Auteur d’un excellent envol et 12ème au premier tour, il combine vitesse et habileté afin de rester sur ses roues tout en rejoignant la partie supérieure du classement.

 

Le ciel est capricieux, la piste s’innonde sur certaines portions et sèche à d’autres endroits. Lui ne vacille pas, à l’inverse de plusieurs de ses rivaux. Quand la direction de course sort le drapeau rouge, il est 8ème à seulement 9 secondes du leader.

Au second départ, la RC213V frappée du numéro 43 va foncer sans attendre vers son destin. L’homme à son guidon s’octroie presqu’immédiatement la 4ème place, avant de se retrouver 2ème suite aux chutes de Valentino Rossi et Andrea Dovizioso. Marc Marquez, quadruple champion du monde et leader au général (rien que ça), est dans sa ligne de mire. Est-ce que cela l’impressionne ? Pas le moins du monde. En quelques virages, il est revenu dans sa roue puis tente de le déposer au freinage. C’est propre, ça passe. Personne ne le reverra plus.

 

Une véritable performance

À l’issue des 12 tours Jackass voit les carreaux noirs et blancs du drapeau à damiers avant tout le monde. Personne ne l’a laissé gagner, les pilotes ont fait de leur mieux et tous auraient souhaité l’emporter mais il était le meilleur. En de pareilles conditions, éviter la chute relevait déjà presque de l’exploit. Même Rossi, réputé pour être un as dans ce type de scénario, s’est fait piéger

Non content de terminer entier, JM43 s’est payé le luxe de mettre derrière lui les pilotes les plus rapides de la planète. Si certains n’étaient plus en piste, figuraient tout de même parmi les « survivants » M. Marquez et ses 4 couronnes mondiales, P. Espargaro et son titre Moto2, A. Iannone et ses 12 saisons dans les bras, M. Viñales et sa Suzuki d’usine, le champion sortant J. Lorenzo […]

En outre, rappelons que Miller n’était pas à 100% de ses moyens. Il déclarait forfait à Austin en avril dernier suite à une chute et une fracture du 5ème métatarse du pied droit. Une blessure qui suivait celle de janvier, quand il s’était cassé le tibia-péroné de la même jambe. Et lorsque l’on sait qu’il a goûté aux graviers à plusieurs reprises depuis son retour, il est facile de comprendre pourquoi on le voyait encore boitiller dans les paddocks.

 

Le nouveau héros australien est le premier à battre la totalité du quatuor Lorenzo-Marquez-Pedrosa-Rossi sur une course depuis Phillip Island 2012. Cependant, parce que pour les médisants il n’est pas censé « être à sa place » (et à quelle place devrait-il d’ailleurs être, sinon la meilleure possible ?), sa réussite se voit parfois décridibilisée.

Qu’aurait-il donc dû faire ? Ralentir et se mettre sur le côté ? Pourquoi n’aurait-il pas le droit de gagner ? Parce qu’il ne fait habituellement pas partie des leaders ? Parce que les autres sont tombés ? Le pilote Honda n’a poussé personne à la chute, mais lui est resté sur ses roues. À l’arrivée ce n’est pas toujours le plus rapide sur un tour qui gagne, mais bien celui qui a bouclé son GP le plus vite et sans erreur. À Assen, ce fut lui.

 

L’Histoire s’écrit aussi dans l’imprévu

« Le hasard est un mot inventé par l’ignorance » disait Pierre-Claude-Victor Boiste, poète et lexicographe français. C’est être dans l’ignorance la plus totale que d’affirmer que le triomphe de Jack Miller est dû au hasard. Quand Marc Raquil va chercher le bronze du 400 mètres aux Mondiaux d’Athlétisme 2003, ce n’est pas du hasard. Quand Carquefou élimine l’Olympique de Marseile en Coupe de France de Football 2008, ce n’est pas du hasard. Quand Jack Miller remporte le Grand Prix MotoGP des Pays-Bas 2016, ce n’est pas du hasard.

Cet homme a consacré sa vie à sa passion, sacrifié tout ce qui devait l’être et supporté les douleurs les plus atroces. Le tragique accident de Luis Salom nous rappelle que chaque fois qu’un pilote quitte son box, il n’est jamais sûr d’y revenir. Ce travail, cette abnégation, ces prises de risques… Tout cela dans l’unique but de vivre ce moment de bonheur, d’Histoire, d’éternité. Personne n’a le droit de lui voler la récompense de toute une existence de dévotion sportive.

 

Quant à son passage du Moto3 au MotoGP sans rouler en Moto2, c’est un autre débat qui ne doit en aucun cas remettre en question son succès. S’il est évident que la catégorie intermédiaire permet de progresser, force est de constater que le pilote Marc VDS est parvenu à gagner chez les « grands » sans suivre cet itinéraire. Cela veut-il dire que son choix était le bon ? On ne le saura jamais, car il n’est pas possible de prédire quel aurait été son niveau après une saison de Moto2.

Il n’empêche, les faits sont là : ce jeune garçon de 21 ans, férocement critiqué pour sa décision, a prouvé à ses détracteurs que, s’il n’avait pas forcément eu raison, il n’avait peut-être pas non plus eu tort. Chaque pilote est différent et roule, s’améliore, s’adapte à sa manière. Pas une carrière n’est identique et c’est aussi ce qui donne à la Vitesse Moto son charme, sa diversité, ses péripéties. Celles d’Assen ont abouti à une course rocambolesque et mémorable.

 

Dans une histoire l’imprévu, le surprenant, l’inattendu donnent naissance aux plus beaux moments d’amour. Aux Pays-Bas, Jack Miller m’a rendu amoureux le temps de quelques tours. Il y a peu, la communauté motarde toute entière pleurait de chagrin après la mort du pilote que l’on surnommait « El Mexicano ». Un Grand Prix plus tard, ce sont d’autres larmes qui coulaient à flots sur le podium : des larmes de joie. Celles de Miller, mais aussi d’un public ému et conscient de ce qu’il se passait. Cela ne peut nous consoler de la perte de Luis Salom, mais ça fait du bien. Merci Jackass.

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