Résister, vivre… Vaincre.



[GP-Inside est un site internet d’actualité sportive mais ce soir, et vous me pardonnerez cette prise de liberté, le sujet abordé dans ma tribune sera légèrement différent]


Chers vous,

Hier, jeudi 14 juillet 2016, la ville de Nice a été frappée par un attentat. Au volant d’un camion, le meurtrier a foncé sur la foule qui célébrait notre fête nationale, faisant au moins 84 morts au moment où j’écris ces lignes.

Plus qu’un pays, c’est la planète entière qui vit ces situations au quotidien : la France hier, l’Irak début juillet, la Turquie fin juin, les États-Unis il y a un mois, l’Afghanistan en avril, nos voisins de Belgique en mars et caetera. La tragédie est internationale.

De nombreuses questions politiques, économiques, sécuritaires, géopolitiques […] doivent trouver des réponses. Chacun à son avis, il est difficile d’y parvenir et je ne m’étendrai pas sur le sujet. Pas ici. Pas aujourd’hui.

 

Il est tout à fait humain et compréhensible de constater qu’à chaud, beaucoup réactions soient guidées par la colère. En revanche, il ne faut pas confondre la colère avec la haine : l’une est acceptable, pas l’autre. Même instinctive, toute haine ne servira à rien, sinon à nous rapprocher de ceux qui perpétuent ces tueries de masse.

La meilleure réaction est de continuer à vivre. Bien sûr, cela ne signifie pas agir comme si rien ne s’était passé : la menace est réelle, et les faits indubitables. Il nous faut apprendre à vivre en ayant conscience la situation, faire attention, sans pour autant céder à des sentiments qui nous pousseront au conflit, à la division… car tel est leur objectif. Y céder serait renoncer à ce qui nous différencie d’eux, et ainsi les laisser gagner. Ne cédons pas.

Je ne pensais pas écrire cela un jour mais il le faut. J’ai la chance d’avoir ici un espace que des milliers de personnes visitent chaque jour, il est de notre devoir de nous rendre utiles. Rester silencieux signifierait que le vacarme fait par ces meurtriers nous a vaincu. Je prends donc la plume et m’en vais vous faire une confidence, sur une autre raison qui m’a poussé à cette rédaction : aujourd’hui, ma mère a remis en question son départ en vacances parce qu’elle a « peur ». Peur ?

 

La peur est une arme primitive mais ô combien puissante. Elle est la source de leur motivation, inscrite dans l’étymologie même du mot terrorisme. C’est un sentiment légitime que « seuls les cailloux ignorent » (P. Roze), mais elle ne doit en aucun cas s’emparer de notre existence, de nos projets.

« C’est de ta peur que j’ai peur » écrivait W. Shakespeare dans son Roméo et Juliette. À moi aussi, il m’arrive d’avoir peur de la peur, celle engendrée par ces actes barbares. Peur qu’elle ne consume notre vivre-ensemble, notre unité, notre solidarité, nos valeurs. La Peur est au bout des lames de leurs épées, des flèches de leurs arcs, des balles de leurs fusils. À nous de lever face à eux un Bouclier inamovible.

Notre bouclier, notre résistance, c’est de persister à vivre, s’adapter à ce monde devenu fou et parvenir à y trouver notre bonheur, malgré tout. Il s’agira par exemple pour notre rédaction de continuer à être épris de nos passions, sportives notamment. Ce formidable sport qu’ils ont tant et tant de fois attaqué, des attentats des Jeux Olympiques de Munich 1972 à ceux du Stade de France 2015. 

Le sport est synonyme de loisir, de plaisir, de ferveur, de joie, d’accomplissement, d’exploit, d’histoires, d’évasion, de rassemblement, de vie. C’est une cible privilégiée pour ceux qui voudraient nous mettre à genoux. Or, il est de notre devoir de rester debouts. « Nous ne pouvons pas laisser les terroristes décider de notre façon de vivre » déclarait très justement Tony Martin aujourd’hui à l’arrivée de la 13ème étape du Tour de France. 

C’est pour cette raison que je vais continuer à participer à mes compétitions sportives, me rendre dans les stadiums et vivre ma passion. Pour cette raison que ce week-end comme chaque week-end, je serai devant le GP d’Allemagne et vous le raconterai ensuite dans nos colonnes. Et si un jour je suis au mauvais endroit au mauvais moment, ils n’auront rien gagné car j’aurai vécu ma vie Heureux et Libre, sans peur, sans me soucier d’eux.

 

Pour cette raison, aussi, que j’espère vous voir très nombreux sur tous les événements populaires. Battons des records d’affluence, mangeons, buvons, rigolons, respirons, vivons. Maman, s’il-te-plaît, pars en vacances et montre leur qu’ils ont échoué. Montrons leur que nous n’avons pas peur, que nous sommes plus forts et que nous restons ensemble. Ensemble. ENSEMBLE. 

Oui, j’ai conscience que ce dessein ne sera facile à accomplir, mais Victor Hugo ne disait-il pas que « ceux qui vivent sont ceux qui luttent » ?

Alors luttons, armés de notre intelligence, nos convictions, nos loisirs, nos plaisirs, nos sourires. Le liquide qui coule dans nos veines n’est pas uniquement couleur rouge sang : il est aussi rouge amour.

Leur Haine a mis le monde en feu, notre Unité se servira des cendres comme engrais pour l’arbre majestueux de Humanité. Un arbre toujours plus fort, toujours plus haut, toujours plus beau. Rendons-le invincible.

 

Chers terroristes : ce week-end je serai devant le GP d’Allemagne pour faire mon métier, comme tous les jours. J’ai aussi prévu d’assister à un match de Foot, avant de sortir toute la nuit.

Il y aura du monde et ce sera la fête, ça ne vous plaît pas mais c’est comme ça et cela le restera jusqu’à la fin. Quant à ma mère, elle partira bien en vacances. Je suis Libre et Heureux, je n’ai pas peur. Vous avez perdu.

 

Dédié aux victimes de tous les attentats, aux 4 coins du globe. En MotoGP comme partout, The Show Must Go On. À demain pour les essais qualificatifs du Grand Prix d’Allemagne.


Images : Bado (LeDroit) // Franck Dubray // Karim Kadim (AP) // Pierre Kroll (CinéTéléRevue)

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