Les Suissitudes de JCS : L’information, version http://



Oui, je sais, je ne suis qu’un croulant qui a encore connu l’époque du télex. Qui tapait ses premiers papiers de GP sur une machine à écrire, avant de les dicter à une gentille dame à qui il fallait épeler chaque nom propre. Je sais tout cela. Je sais que je dois m’adapter aux technologies nouvelles, à la mode. Mais quand même: j’ai parfois des doutes sur l’efficacité de l’information, version tweet, réseaux asociaux, http:// et #

Samedi 20 août, milieu de l’après-midi, essais qualificatifs Moto2 du GP de la République Tchèque. «Crash Lüthi!» Puis, rien. Si, bientôt, le drapeau rouge. Ma gorge qui se serre, mon regard qui fixe les écrans. Quelques secondes, des secouristes, qui déplacent hâtivement une forme cachée par une grande bâche. L’horreur…

Avant de me précipiter au Centre médical, première mission, un mail à mon journal, en Suisse. C’est le dernier week-end des Jeux olympiques et le cahier sportif d’un quotidien généraliste est naturellement très occupé. Mais au cas où le pire devait arriver, il faut prévenir: « !!!Gros crash Tom. Cela semble sérieux!!!»

Je n’attends pas plus de 30 secondes: «Ne te fais pas de soucis, les tweets disent qu’il est ok.» Je ne comprends plus rien à rien: Tom vient d’arriver au Centre médical et, déjà, des spécialistes ès tweets savent que tout va bien? «Ce n’est pas possible, je vous dis que c’est sérieux. Il ne bouge plus!» Nouvelle réponse de la rédaction: «Mais non, c’est twitter: crash spectaculaire. Moto par-dessus le grillage. Pilote ok.»

Je comprends enfin: les Usain Bolt de l’information immédiate en sont encore à l’accident des essais libres du matin, spectaculaire oui, mais dont Tom s’est relevé avec une main droite douloureuse. Rien de plus.

Me voilà parti à la chasse à l’info, comme du temps où ça cliquetait fort dans les salles de presse, du temps où l’Hermès «Baby» – ce n’est pas un parfum, mais une très pratique machine à écrire légère – n’avait aucune concurrente.

Le Centre médical. Maman Silvia et papa Hansueli attendent. Ils ne peuvent que difficilement contenir leurs larmes. Seul Fred Corminboeuf, le patron du team, a eu le droit de pénétrer dans ces lieux que l’on n’aime pas; et encore, en jouant des coudes.

Les minutes sont longues, l’attente insupportable. Puis, la libération: «Cela va, il a repris connaissance. Pas de fractures apparentes. On va le transporter vers l’hôpital de Brno pour des examens complémentaires. Le choc à la tête a été sérieux. Il ne se rappelle de rien.»

Papa et maman Lüthi respirent. Moi aussi. Retour au centre de presse où, avant de m’installer au premier rang, un confrère m’interpelle: «Tom va bien. Quelle chance ! Au moins, il n’a pas perdu connaissance!» Cette fois, c’est apparemment à moi de connaître des soucis cérébraux: «Euh, pardon, d’où vient cette information?»  Mon collègue, qui ne comprend pas ma réaction, me regarde drôlement: «Mais voyons, de «xxx.net» (nom connu de la rédaction), c’est le site de référence, je suis branché en permanence. Ils savent tout. Ils sont sérieux!»

Sérieux, oui. Enfin, sérieusement fâchés avec les règles basiques du journalisme, qui disent qu’il faut remonter à la source pour contrôler ses informations. Malheureusement, pendant le voyage qui mène à la source – en l’occurrence, quelques centaines de mètres, jusqu’au Centre médical du circuit de Brno -, on perd des milliers de clics.

Et moi, j’ai tant envie de balancer de bonnes paires de claques!

Stay tuned !

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