Les Suissitudes de JCS : L’été maléfique



J’ai longtemps hésité à titrer : « L’été meurtrier ». Mais j’ai renoncé. Parce qu’il y a mort dans le vocable meurtrier. Et parce que je sais que si elle fait entièrement partie de la vie, j’ai toujours de la peine à l’accepter.

Pourtant, avec «meurtrier» dans le titre, cela m’aurait assuré quelques clics supplémentaires: c’est connu, la mort fait vendre. Et puis, avec «L’été meurtrier», j’aurais pu rêver toute l’après-midi au regard troublant d’Isabelle Adjani et au charme d’Alain Souchon. Mais bon, finalement, maléfique, c’est mieux. Et cela correspond un peu plus au sujet qui suit…

Un collègue de toujours, qui s’exprime dans la langue de Goethe – ou plutôt dans celle, beaucoup plus compliquée à assimiler, de Jeremias Gotthelf – est un homme de principe. Dont les jugements sont, en général, définitifs. Ainsi, depuis des années, le mois de février arrivé, il me tient le même discours : «Hoi, Scherti! Les tests hivernaux ne servent à rien du tout. Je suis prêt à parier que si les constructeurs ne livraient leurs motos à leurs pilotes que le mercredi qui précède le premier GP, les classements à la fin du championnat du monde seraient exactement les mêmes. Et tous les teams auraient économisé un sacré paquet d’argent. »

Je dois avouer que, la semaine dernière, j’ai immédiatement pensé à lui. Mardi, tests Ducati à Misano: Dovizioso s’abîme un genou. Mercredi, entraînement sur une piste de terre en Espagne : Rins se fracture la clavicule gauche. Vendredi, essais des 8 Heures d’Oschersleben : Smith, qui a voulu rendre service à Yamaha, se détruit les ligaments du genou droit. Le même jour, terrain de cross de Niederbipp – c’est dans la région de Suisse où l’on parle le Jeremias Gotthelf, pas le Goethe! -, Dominique Aegerter passe par-dessus le guidon de sa moto de cross et se relève avec des déchirures ligamentaires à l’épaule droite et une côte fracturée.

Tout cela, pour rien? Pour les mêmes résultats finaux? Pas sûr, parce que l’entraînement n’est pas seulement bénéfique sur le plan physique – à condition de ne pas tomber -, il agit aussi grandement au niveau psychologique. Il est même un élément à part entière de l’équilibre du pilote, bien que certains ont plus besoin de lui que d’autres. Ainsi, un autre personnage de nos «Suissitudes», Thomas Lüthi, a passé plusieurs pauses obligatoires – décembre et janvier – sans toucher un guidon, même s’il a changé son programme de travail depuis l’hiver dernier. « En revanche, il y a une chose à laquelle je ne renoncerai jamais : la pratique du ski. Si, un jour, un team-manager veut me l’interdire par contrat, je ne signerai pas. »

A l’époque, on lui avait demandé : « Et même si c’est le HRC, pour la classe MotoGP ? » Tom avait répondu du tac au tac, dans un large sourire : « Dans ce cas-là, peut-être que je réfléchirais ! » Pour l’heure, il ne pense pas au ski, mais bien à ce qui l’attend dès jeudi après-midi, à Silverstone, quand il devra se présenter devant les médecins qui jugeront s’il est en état de rouler ce week-end, deux semaines après son gros « crash » de Brno. C’était à l’entraînement, un samedi de cette fin d’été maléfique… 

Stay tuned !

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