Les suissitudes de JCS : « J’ai pleuré en direct et j’assume »



Faute professionnelle : j’ai pleuré en direct, dimanche, sur les antennes de la RTS, la Télévision suisse francophone. Et le pire, j’assume totalement…

Un journaliste doit savoir prendre le recul nécessaire face aux événements qu’il couvre. Il doit aussi, de tous temps, faire preuve de retenue, spécialement avec ses sentiments. L’espace de quelques minutes, j’ai oublié ces règles de base de la profession. Pire, j’ai pleuré en direct dans la cabine de commentaires du circuit de Silverstone, que je partageais avec l’envoyé spécial de la RTS, Mathieu Juttens.

Oui, j’ai pleuré. Ou, plutôt, je n’arrivais plus à sortir le moindre son. Mon complice n’était d’ailleurs pas beaucoup mieux que moi, qui voulait me refiler la patate chaude alors que je lui faisais de grands signes pour qu’il continue. Comment en est-on arrivé là? Vous l’aurez certainement aisément deviné, puisque dans Suissitude, il y a Suisse et que, pour la deuxième fois de la saison, la douzième de sa carrière, un Helvète, Tom Lüthi a gagné.

Vous direz qu’on devrait avoir l’habitude, après tant d’années de paddock. Je vous réponds: «Non». J’éprouve les mêmes émotions qu’il y a bientôt 20 ans, quand Jacques Cornu nous faisait rêver. Et plus que la victoire, plus que la manière, c’est bien sûr toute l’histoire qui a précédé cet exploit qui est ressorti au moment où Tom, parfait du premier au dernier tour, passait la ligne.

Deux semaines plus tôt, à Brno, ce fut le choc. Des images horribles, des questions noires, une tension totale jusqu’au moment où les nouvelles avaient été rassurantes: une grosse commotion, une petite fracture à un pied, des contusions. Allait-il pouvoir rouler dix jours plus tard en Grande-Bretagne? « Le dimanche, j’étais K.O. debout. Jamais, de toute ma vie, je n’avais eu aussi mal à la tête. Je n’avais aucune énergie, je dormais en permanence », expliquait Lüthi en débarquant à Silverstone.

Avec des doutes, pour lui comme pour tous : « Une fois que j’ai été rassuré par mon médecin personnel, à mon retour en Suisse, j’ai été soumis à un régime simple, mais qui ne correspond pas vraiment à ce qu’un sportif d’élite doit faire en pleine saison : repos absolu, le plus clair du temps dans la nuit. J’avais bien sûr des sessions de physiothérapie, mais pas question d’exercice de force. Les maux de tête ont disparu dès le mercredi, mais je savais en débarquant dans le paddock que je manquais d’énergie. Je ne savais pas plus comment j’allais réagir sur la moto. »

Le vendredi matin – une première séance d’essais libres perturbée par la pluie -, on découvre un Lüthi nerveux. Mais surtout impatient : « Les premiers tours ont été difficiles. Je me suis retrouvé en piste avec Mattia Pasini et j’avais de la peine à tout gérer, à rester concentré sur mon propre pilotage, tout en devant composer avec de premiers contacts avec les adversaires. Mais dès que je me suis retrouvé seul, j’ai tout aussi rapidement compris que la vitesse était toujours là. »

Sur le coup des midis, ce vendredi-là, on a plaisanté avec lui : « Pas de soucis quand tu es tout seul devant ? Simple, part en tête et fait toute la course comme ça… » Tom avait bien rigolé. L’après-midi, parce que l’homme a les qualités (l’expérience) de ce que beaucoup considèrent comme un défaut – son âge, il a fêté ses 30 ans mardi -, il s’est volontairement immiscé dans un groupe de furieux. Et il a vu que plus le temps passait, moins les problèmes de concentration se posaient. A ce moment du week-end, une première certitude tombait : il allait prendre le départ du GP.

Dixième sur la grille – une glissade sans conséquences, mais pas mal de temps perdu en qualification – il allait rendre une copie parfaite. Agressif, concentré, efficace. Derrière lui, Zarco et Lowes devaient en faire beaucoup, ils en firent trop. La suite, on la connaît : V comme victoire. Et dans une cabine de commentateurs, deux hommes qui pleurent. Et qui assument…     

Stay tuned !

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