Les Suissitudes de JCS : « Cheval » n'était pas rosse



Deux semaines sans GP, ce fut le plaisir de redécouvrir un autre championnat. De voir d’autres gens qui sourient, qui expliquent avec de jolis mots pourquoi leur choix a été le meilleur. C’était chouette, le superbike à Magny-Cours. Las, le retour à la réalité a été triste: «Cheval» est parti. 

Randy Krummenacher a changé. Est-ce cette barbe bien taillée, ce look si soigné ? Non, ce changement qui irradie vient d’ailleurs : l’homme est plus posé, plus sûr de lui, plus à l’aise dans ce milieu que dans la faune des GP où il avait passé bien près du paradis, mais qu’il avait quitté avec cette impression qu’il valait mieux s’éloigner avant de s’approcher trop de l’enfer.

Passé en mondial Supersport, il a gagné dès sa première course dans sa nouvelle catégorie et, à deux courses de la fin du championnat, il est le dernier adversaire potentiel de son propre équipier, Kenan Sofuoglu, pour le titre. L’an prochain, il roulera en superbike, parce que Kawasaki-Europe l’a voulu ainsi : « Jamais je ne serai négatif face aux GP, jamais je ne cracherai dans la soupe : j’y ai beaucoup appris. Mais aujourd’hui, je sais qu’ici, il est encore plus question de racing que de politique et d’argent. Si l’on mettait d’un côté d’une illusoire balance des temps au tour et, de l’autre côté, des sommes en argent, on constaterait que le rapport est plus intéressant en Supersport qu’en Moto2, en Superbike qu’en MotoGP. Oui, j’ai trouvé un monde qui me convient », expliquait Randy dans la Nièvre.

La journée avait été belle, les courses intéressantes, le retour au pays bucolique. Et le réveil douloureux : Alain Chevallier est parti, vaincu par une maladie dont il ne voulait pas parler, pour ne pas rendre tristes ses potes. « Cheval » était l’illustration (très) bien vivante d’une époque de la course, celle où les artisans de génie pouvaient encore s’exprimer. Où ils pouvaient encore gagner. Pas question de rappeler ici ses succès, ses projets, ses réalisations, d’autres l’ont déjà fait mieux que je ne pourrais le faire. Ce que je désire, dans cette « Suissitude » hebdomadaire, c’est d’abord rappeler le sourire qui illuminait en permanence son visage, un sourire parfois moqueur, d’autres fois un peu plus pincé. J’aimerais, surtout, me souvenir de sa collaboration avec un autre génie trop tôt disparu, Claude « Pif » Fior, au service d’un projet qui avait été financé depuis la Suisse, pour un pilote suisse 500 que jamais je n’oublierai, Marco Gentile.

Quand « Cheval » et « Pif » se mettaient à table, au propre comme au figuré, on avait l’impression d’être transportés dans un atelier de fond de jardin, dans ce décor où, l’histoire (la légende ?) nous dit que sont nés les plus grands projets, d’Henry Ford à Louis Renault, en passant par tous ceux qui ont posé une pierre importante à un édifice appelé aujourd’hui haute technologie. Quand « Cheval » et « Pif » échangeaient leurs points de vue, les témoins recevaient une leçon riche et gratuite de technique pratique. S’ils n’étaient pas d’accord sur un point, ils étayaient leurs arguments; il leur arrivait même, parfois, de s’engueuler. Mais toujours très gentiment. Parce que « Pif » Fior avait le cœur sur la main. Et que « Cheval » n’était pas rosse.

Ils sont désormais à nouveau réunis. À l’heure de l’apéro, Là-Haut, on doit bien rigoler.

Garçon, remets une tournée de Floc de Gascogne pour mes potes !

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