Les Suissitudes de JCS : la Suisse a « son » affaire !



La Suisse propre en ordre, calme, bien lissée, où l’argent coule à flots – ça, c’est ce qu’on croit quand on n’y vit pas -, cette Suisse-là, cette dernière semaine, a eu «son» scandale, «son» affaire: Dominique Aegerter a quitté les gens qui l’ont fait depuis 10 ans. Parce qu’il n’en pouvait plus…

Je ne sais pas si vous êtes déjà passés par la case divorce? Moi, je parle d’expérience: quand le moment est de dire à l’autre que ça ne va plus, qu’on a fait fausse route, qu’il faut se séparer avant que les choses ne deviennent encore plus compliquées, on découvre que les torts ne sont que rarement d’un seul côté. Et, très souvent, le divorce consommé, on passe par des moments étranges, où l’on revoit le désormais ex-conjoint et où, par miracle, on prend plaisir à passer encore quelques moments ensemble. Je le répète, je parle d’expérience…

Je ne pense pas que, ces prochaines semaines et ces prochains mois, Dominique Aegerter et Fred Corminboeuf, le patron des deux teams suisses, vont imaginer une nouvelle lune de miel. Quoique… Quoique, ils ne pourront pas s’ignorer dans le paddock, qu’ils continueront de partager. Sur la grille de départ où, on le souhaite pour la beauté du sport, ils seront parfois proches, géographiquement – ce qui voudra dire «chronomètriquement».

Alors, comment en est-on arrivé là? Qui a trompé qui? Qui a commis la première faute? Pire, qui a osé l’erreur qui a tout fait exploser? Depuis une semaine, les médias de mon cher pays s’en donnent à cœur joie et, du même coup, la fameuse barrière de röstis – pommes de terre grillées, spécialité nationale – qui sépare les deux principales régions linguistique de se faire plus imposante encore. Pour les Alémaniques, c’est clair, c’est net, Dominique a été victime d’un complot savamment monté par des Romands, aidés dans leurs actions diaboliques par des Français, tous incapables de comprendre les exigences de leur pilote. De celui qu’ils sont allés chercher, à l’époque, en championnat d’Allemagne, pour lui offrir sa première chance en GP. Puis d’innombrables autres par la suite.

De l’autre côté de cette barrière culturelle que personne ne parviendra à vaincre, on est un peu plus nuancé. On rappelle les excès d’enthousiasme de l’entourage personnel de Dominique, l’amour filial étant comme tous les amours, il rend aveugle. On évoque, aussi, cette période clef dans la carrière de Dominique, survenue il y a deux ans après sa victoire – la seule de sa carrière à ce jour – au GP d’Allemagne, lorsque, sans qu’il en soit directement responsable, sans qu’il s’en rende compte, son comportement avec les gens qui étaient à son service a changé. Il a, alors, eu beaucoup de peine à comprendre cette fameuse victoire et à gérer sa gloire qui devenait grande.

Parce qu’il est naturel, qu’il ne sait pas dire non, il a perdu beaucoup d’énergie pour des choses qui n’en valaient pas vraiment la peine, voulant aider tout le monde, acceptant toutes les invitations. C’était Domi-ici, Aegi-là. Un vrai bon type qui souriait toujours. Qu’on adorait mais qui, les deux années suivantes, allait perdre ses repères. La Suter n’allait plus, il a voulu une Kalex. Il n’a pas compris la Kalex, il a demandé un changement de chef technicien. Gilles Bigot s’est mis au service de Tom Lüthi, Domi n’était pas satisfait de Florent Chiffoleau. Etc.

Dans ces conditions, oui, il devait partir. Son choix, sur le plan technique, sportif, est juste et courageux. Mais malheureusement, une fois encore, cette décision si importante a été mal gérée par son entourage personnel, avec le clash que l’on sait, cette séparation immédiate qui prive Domi des quatre derniers GP de la saison (même si on évoque sa présence à Valencia, avec une wild card).

Sa faute principale? Celle de trop écouter les gens qui sont autour de lui. La faute principale de Fred Corminboeuf? Celle d’être un génial communicateur. Mais qui aurait dû, dans certains cas, être plus dur dans ses fonctions de patron d’une équipe sportive de très haut niveau.

Ils ont vécu ensemble pendant dix ans, ils font désormais chambres à part. Pour le meilleur ou pour le pire?  

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