Poncharal : « tu sens que dans la tête de Johann Zarco, il y a un plan »



Hier, nous vous avions relaté la manière dont Hervé Poncharal, le manager tricolore de Tech3, avait analysé les grands débuts en catégorie reine de Jonas Folger.

Aujourd’hui, c’est donc au tour de Johann Zarco, l’autre rookie de Tech3, d’être analysé par son patron.

Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’après ce premier tests de Sepang où le français a brillé, c’est la joie et la motivation qui règnent en maître du côté de Bormes les Mimosas !

Et il y a d’ailleurs de quoi car rarement des rookies se sont aussi bien et surtout, aussi vite adaptés aux exigences du MotoGP.

Pourtant, il en était encore pour douter des capacités du double Champion du monde Moto2 à s’adapter à un saut aussi important.

C’était oublier un peu vite le brio, le professionnalisme et le talent avec lequel l’ancien pilote AJO est venu à bout d’adversaire dont la qualité s’est mesurée à leurs résultats lors de ce même test de Sepang.

En effet, que cela soit Folger, excellent à Sepang, Rins, auteur d’une belle progression ou Lowes qui se bat avec une machine inférieure, tous, à leur manière, ont brillé au panthéon des deux roues, preuve de leurs capacités.   

Mais depuis le début de sa carrière, Zarco souffre auprès de certaines personnes d’un déficit de confiance. Est-ce dû à son caractère réservé ? Peut-être mais une chose est sûre, Zarco n’est pas là pour faire le nombre, il est là pour convaincre et qui sait, peut-être un jour s’imposer !

Hervé, la saison dernière, nous avions publié une interview où Brad Binder disait que Zarco faisait partie de ces pilotes qu’il voyait comme des exemples car selon lui, avec Johann, tout est toujours sous contrôle. C’est aussi ce que tu as ressenti lors de ces tests ?

Ah oui, entièrement ! N’ayant jamais travaillé avec Johann, je l’avais observé de l’extérieur et j’avais noté que c’était quelqu’un qui voulait comprendre avant de pousser, quelqu’un de très méticuleux, quelqu’un qui avait besoin d’une méthode et d’un entourage. Et c’est ce qui fait que je suis encore plus bluffé aujourd’hui car je m’attendais à ce qu’il monte en puissance, qu’il y aille crescendo mais pas qu’il soit aussi performant tout de suite. Malgré cela, il s’est de suite bien senti sur la moto et a de suite pu réaliser de belles performances.

Le tout avec, on le devine, avec toute l’humilité dont il a toujours fait preuve ?

Il est impressionnant de calme, de sérénité, de sang-froid…ce n’est absolument pas quelqu’un qui bombe le torse et te fait des déclarations à l’emporte-pièce du style « moi je vais faire ceci, cela », par contre tu sens que dans sa tête, il y a un plan avec beaucoup d’ambitions. Tu sens qu’il ne veut pas monter en MotoGP et que ce soit la dernière phase de sa carrière, tu sens qu’il veut être performant. C’était marrant parce que le mercredi, il y avait une dualité dans sa tête ; il a d’abord réalisé une simulation de course, malheureusement écourtée par la pluie et puis là il nous a dit « j’arrête ! on a réalisé de bons essais et je suis fatigué alors ce n’est pas la peine de tout jeter à terre avec une bête petite erreur. Ce n’est pas parce que je ne réussis pas un tour en 1.59 que mes essais seront ratés ». Il est parti, s’est reposé, s’est fait masser et puis il est revenu, est monté en piste pour le ‘time attack’ et a réussi un tour en 1.59.7. Quand il est rentré il nous a dit que cela signifiait réellement quelque chose pour lui d’avoir cassé la barre des deux minutes parce que c’était comme un mythe pour lui.

Le tout avec, cerise sur le gâteau, quelques compliments de Valentino Rossi, son idole !

Il a eu l’occasion de faire quelques tours devant et quelques tours derrière Valentino Rossi qui, d’ailleurs, en a parlé et tu ne peux pas savoir à quel point cela lui a fait plaisir !

Il a vraiment une adoration et un respect, que d’autres n’ont d’ailleurs peut-être pas, pour Valentino.

A la fin du second jour, il l’a croisé car ils étaient au même hôtel et il l’a remercié pour l’avoir laissé faire quelques tours derrière lui en lui disant qu’il avait adoré cela car c’était son rêve depuis qu’il avait commencé la moto. Valentino lui a alors dit « viens, on va aller boire une bière ensemble ». Ils y ont été, ils ont bu une bière et Rossi lui a dit « bravo, de ce que j’ai vu, tu roules très très bien! »

Ces tests ont donc vraiment été un succès à tous les niveaux !

Il a quitté Sepang avec le sentiment du devoir accompli et, même si ce n’est pas très important, le fait d’avoir cassé la barre des deux minutes, c’est quelque chose qui l’a rendu très heureux. Je le suis aussi car c’est quelqu’un de très secret, de très particulier, qui a une énorme attente autour de lui de la part du public francophone et débarquer chez Tech3 alors qu’il y avait une vraie osmose entre lui et son équipe la saison dernière, c’était un risque pour nous, un challenge, alors quand à la fin des tests il m’a dit qu’il se sentait super bien chez nous, c’était un vrai soulagement. Laurent Fellon ne m’a d’ailleurs pas dit autre chose lorsqu’il m’a dit que chez Tech3, lui et Johann se sentaient comme à la maison et dieu sait si pour eux, c’est quelque chose d’important !

Ce qui fait plaisir avec des débuts de cette qualité, c’est que, nul n’étant prophète en son pays, il restait de nombreux sceptiques dans l’hexagone et là sur le coup, il a prouvé à tout le monde qu’il n’avait pas été Champion du monde Moto2 deux fois par hasard.

Oui, oui, oui et tu sais, en France, il y a bien eu quelques pilotes qui ont réussi en catégorie intermédiaire comme par exemple Christian Sarron, Olivier Jacque…par contre, même si Sarron a fait des trucs pas mal, cela n’a jamais vraiment concrétisé comme les gens l’attendaient après le passage entre la catégorie intermédiaire et la catégorie reine. Là, je ne dis encore rien car cela serait prématuré mais on a tous les ingrédients, vu le profil de Johann et la manière dont il travaille pour que cela soit une belle aventure.

Un jour, tu m’avais dit que lorsque Cal avait débarqué à Sepang pour ses premiers essais, après le premier jour il avait envie de rentrer chez lui car il avait l’impression qu’il n’y arriverait jamais. Là, Folger, Zarco et même Rins qui a connu une belle progression, ont réussi leurs débuts en MotoGP. Finalement, cette Moto2 tant décriée n’est peut-être pas si mauvaise formatrice ?          

Alors je vais te dire un truc. Cal a réussi quelque chose de magnifique car c’est un des rares, avec Ben Spies, à avoir réussi à transformer le Superbike en succès en MotoGP mais c’est un des rares. J’ai fait partie des gens qui ont fait le Moto2 avec Carmelo et d’autres parce qu’on sortait d’une 250 qui était en train de mourir avec une hégémonie Aprilia qui décidait avant le début des hostilités qui allait être Champion du monde.  Et avec des couts prohibitifs. On en est arrivé à une catégorie qui, pour moi, est belle à voir, serrée, où quasiment chaque pilote et chaque team a le matériel pour gagner…après c’est à eux à transformer l’essai. Le tout avec des coûts largement abordables.

Et les gens qui nous ont dit, et il y en a eu beaucoup, notamment Pernat, qu’on n’y arriverait jamais, que cela n’était pas digne du Championnat du monde, j’ai envie de leur répondre : « Marquez il sort d’où ? Du Moto2 et dès la première année, il a gagné plusieurs courses et le Championnat », regarde ce qu’a fait Maverick Viñales, regarde ce que font Rins, Folger et Zarco…Pour moi, le Moto2, c’est une catégorie très difficile et j’insiste sur le très, qui te prépare superbement. Alors oui, elle est moins puissante, oui l’électronique est moins avancé mais justement, quelque part, c’est plus facile de rouler sur une MotoGP qui a 150 chevaux de plus qu’une Moto2, qui a une électronique beaucoup plus sophistiquée, justement parce que tu as tout ça, parce que tu as ces aides au pilotage. Pour moi, n’importe qui du top 7 ou 8 en Moto2, ne sera pas ridicule sur une MotoGP. Je suis très content que Zarco, Folger et Rins, je ne parlerai pas de Lowes parce qu’on sait que pour l’instant, il est limité par sa machine, démontrent que le Moto2 est une bonne catégorie de formation pour la catégorie reine.

Tous les gens qui l’ont critiqué sont un peu des anciens combattants pour qui c’était toujours mieux avant. C’est comme le Moto3, tu ne peux pas sans cesse comparer avec la 125. On a avancé et aujourd’hui, les trois catégories tiennent la route. Je suis certain que les trois rookies vont faire fort cette année.

Dernière question, aurez-vous le fameux nouveau double carénage Yamaha ?

Ça, je ne peux absolument pas te répondre parce que je ne le sais pas. Je n’ai pas voulu trop casser les pieds aux japonais parce que pour l’instant nos pilotes apprennent et on est content de notre package. Connaissant Valentino, quand tu lui fais tester un truc, s’il ne l’aime pas il l’enlève de suite. Là, il l’a gardé. Après, on verra mais c’est certain qu’on ne l’aura pas sur les premières courses. mais si on travaille bien et que nous sommes positifs, Yamaha sera plus enclin à aider nos pilotes. Là, c’est un proto, il faut qu’ils le transforment en production. Il y a donc un problème de temps et un problème de coût financier. Nous, on est contents avec ce qu’on a et quand Yamaha aura envie de nous le donner, ils nous le donneront. Bien entendu, j’espère que nous l’aurons !

Quelque part tu es content d’avoir changé de pilotes ?

Très content mais n’y vois rien de négatif. Cela faisait 4 ans qu’on était avec Bradley plus deux ans en Moto2 et trois avec Pol. Eux-mêmes ils en avaient marre, ils voulaient être pilotes d’usine et je suis très heureux de leur avoir donné cette possibilité, à eux de démontrer qu’ils méritent ce statut. Il y avait une certaine frustration de leur côté de ne pas avoir la possibilité de disposer d’une machine factory et comme les performances étaient tout de même moyennes, c’était sans arrêt la faute du matériel. Aujourd’hui, on est heureux car tout le monde est content de ce qu’il a.

Stay tuned !

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Photos : Tech3      

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