Giovanni Cuzari : Présent et futur, le bilan de l’implication de Forward en MotoGP et en Moto2



La semaine dernière, à Assen, nous apprenions que Forward avait décidé de se séparer de Suter, en Moto2, pour rouler avec les châssis du fabricant anglais, FTR.

Déçu par l’implication du fabricant suisse, Giovanni Cuzari, le CEO de NGM Forward Racing, s’est confié à GP-Inside. Il en ressort une interview intéressante et sans langue de bois.

Cette saison, Forward a décidé de tenter le défi de la CRT, quel bilan tirez-vous après un tiers de saison ?

C’est une catégorie nouvelle avec une moto entièrement neuve dont nous ne recevons pas ce que nous attendions, par la faute de l’absence d’assistance de celui qui nous fournit le moteur (BMW) mais aussi de celui qui nous fournit le châssis (Suter).

Ils s’investissent certainement mais disons que par rapport aux autres CRT, le développement de la nôtre est un peu plus lent.

A l’heure actuelle, nous utilisons toujours le châssis dont nous disposions pour les essais hivernaux à Sepang, ce qui n’aide pas vraiment notre pilote.

Au début, nous avions établi, avec nos partenaires, un programme sérieux car Suter et BMW sont deux entreprises « sérieuses » mais à l’heure actuelle, nous ne sommes pas satisfaits de leur implication avec Forward.

Espérez-vous encore des évolutions dans le courant de la saison ?

De course en course, on nous parle d’un nouveau châssis, d’un nouveau moteur, d’une nouvelle électronique qui est primordiale en MotoGP, même si elle est certainement trop sophistiquée, mais on ne voit rien venir !

Et cette amertume vis-à-vis de Suter, explique-t-elle pourquoi vous avez choisi, en Moto2, de passer à des châssis FTR ?   

Si on regarde le classement des CRT, Michele Pirro, avec une Honda/FTR est constamment devant mon pilote et ma moto et ça ne me plaît pas !

Donc, en prenant en considération ces résultats, nous avons décidé de donner la chance à nos deux pilotes Moto2, Alex de Angelis et Yuki Takahashi, d’essayer un nouveau châssis.

Cette décision, nous l’avons prise avec les pilotes, le lundi après Silverstone. Elle n’a pas été facile à prendre car ça n’est pas amusant d’abandonner Suter parce que ce sont des personnes sérieuses travaillant pour une entreprise qui l’est tout autant. Malheureusement, je pense qu’ils ont trop de motos et que dès lors, ils ne savent pas tenir leurs engagements.

Les FTR sont arrivées le mercredi matin avant le Grand Prix d’Assen et nos hommes ont été formidables ! Ils ont travaillé toute la journée et toute la nuit, jusqu’à cinq heures du matin pour permettre à nos pilotes de prendre la piste le lendemain.

Après un Grand Prix, ils semblent déjà apprécier cette nouvelle machine qu’ils trouvent un peu plus simple et plus maniable (de Angelis, en accrochant la cinquième position, a décroché son meilleur résultat de l’année).

Et puis, nous avons apprécié le discours de FTR et leur disponibilité. Ils nous ont déjà montré, la semaine dernière, à Assen, que cette collaboration serait bénéfique pour nous, dans le futur.

Ce changement de constructeur, signifie-t-il qu’on doit aussi s’attendre à un changement en MotoGP ?

Disons qu’avec cette décision concernant notre activité en Moto2, nous avons envoyé un signal à Suter que rien n’est éternel. Je me répète, j’ai détesté devoir changer de constructeur de châssis et encore plus d’avoir dû le faire pendant la saison. Ce n’est pas une chose à laquelle je suis habitué !

Mais nous sommes une entreprise qui vit de financements externes qu’on appelle les sponsors et donc, quand vous êtes dans cette situation, vous ne pouvez pas vous permettre de perdre une demi-saison avec des mauvais résultats.

Colin, Alex et Yuki, sont des pilotes salariés, ils n’amènent pas d’argent, donc, on attend d’eux des résultats mais pour ce faire, ils doivent être placés dans des conditions optimales.

Justement, sur la performance de vos pilotes, nous avons entendu dire que Yuki Takahashi était sur la sellette, vrai ou faux ?     

Quelques fois, pour secouer votre pilote, malheureusement, une des voies à utiliser est celle de la demi-menace. Quand vous essayez de le faire réagir, mais qu’il ne reçoit pas le stimulus, vous devez parfois pouvoir lui dire : « maintenant, où les résultats arrivent ou je devrai me séparer de toi ».

Je me répète mais nous avons besoin de résultats. Yuki est un pilote qui a de la vitesse dans le poignet mais qui, pour le moment, a quelques blocages et j’espère non seulement qu’il va pouvoir passer au-dessus, mais aussi, que notre équipe pourra l’aider car pour moi, Yuki est un peu comme un fils. Il habite à côté de chez moi et je m’en occupe en permanence.

Cependant, il doit nous donner des résultats sinon, je n’aurai pas d’autre choix que de m’en séparer.

Actuellement, avec les CRT et les MotoGP, on a clairement deux championnats ce qui n’est amusant, ni pour le public, ni pour les pilotes qui doivent se battre loin de la tête. Comment voyez-vous l’évolution du MotoGP ?

Pour moi, le monde dans lequel nous vivons, le paddock MotoGP, est comme un film qui a 18 représentations l’année, plus quelques tests officiels.

Comme tous les films, il met en scène des acteurs et ces acteurs, ce sont les pilotes. Ensuite, il faut un  producteur pour mettre tout ce beau monde en scène.

Les fonds pour la réalisation de ce film sont apportés par les sponsors et pas par les constructeurs officiels comme le sont Ducati, Honda ou Yamaha. Les entreprises comme la mienne, qui vivent grâce aux sponsors, doivent s’adapter à certaines exigences. Nous devons être présentables, avoir une belle hospitality, un beau box, une image soignée…mais après tout ça, ce dont nous avons besoin, ce sont des résultats et malheureusement, comme vous le dites, en ce moment, il y a deux championnats, celui des MotoGP et celui des CRT.

Malgré tout, nous sommes heureux d’avoir une place en catégorie reine et nous essayerons d’avoir une ou deux motos, la saison prochaine, afin d’augmenter notre visibilité pour nos investisseurs.

Donc, tant que maintenant, nous sommes relativement satisfaits et nous essayons surtout de comprendre comment se dessinera le futur du MotoGP.

Soit on s’orientera vers la solution de la moto à un million d’euros, comme Honda en a parlé récemment, soit, on choisira la voie des CRT et les constructeurs sortiront du championnat. On avance doucement et il est encore trop tôt pour dire quel chemin le MotoGP empruntera.

Mais une chose est certaine, la Dorna devra repenser son système de redistribution des gains car c’est aussi grâce à nous qu’elle vit et un jour ou l’autre, elle devra nous venir en aide !

Stay tuned !

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