Roberto Locatelli, le coordinateur technique de Fenati et Tonucci nous expose la méthode italienne.



Après avoir mis un terme à sa carrière, Roberto Locatelli a été choisi par la Fédération italienne pour devenir coordinateur technique de son écurie en MotoGP.

Nous l’avons rencontré pour examiner avec lui la méthode prônée et appliquée par l’Italie pour rattraper son retard par rapport à sa grande rivale, l’Espagne.

En collaboration avec Emilio Alzamora et le CEV, la FMI a étudié les initiatives couronnées de succès chez ses voisins, pour les transposer en Italie.  Le magnifique début de saison de Romano Fenati, mais aussi de Niccolò Antonelli, sont les premiers grands résultats tangibles du renouveau italien.   

GPi : La formation en Espagne et en Italie est relativement différente et l’initiative de la FMI, notamment avec le Team Italia ici Moto3, dont vous êtes le coordinateur, met en lumière que les résultats pointent le bout de leur nez. Pensez-vous que c’est de cette façon que l’Italie va pouvoir rattraper du terrain sur l’Espagne ?

« Sincèrement, je pense que oui parce que en bons sportifs, nous avons décidé de regarder, chez nos voisins et donc l’Espagne, comment ils cultivaient leur jardin, comment ils arrivaient à ce qu’il soit plus fleuri.

En collaborant, certes en tant qu’adversaires, mais avec des gens du même métier, comme Emilio Alzamora et les gens du CEV, nous avons analysé des initiatives qui, à l’œil, montraient de bons résultats dans la formation des jeunes pilotes. Ensuite, sous son impulsion, la Fédération a commencé à collaborer avec d’anciens pilotes, qui ont déjà couru à un certain niveau, non seulement pour définir et imposer un  style de travail mais aussi pour qu’à l’intérieur de la structure de gestion, le feedback de ceux qui ont couru et qui connaissent les courses se fassent directement, comme Emilio Alzamora le fait en Espagne.

On le voit, l’Espagne a de nombreux jeunes de talents, mais maintenant, nous avons Fenati, Antonelli, Morciano, Tonnucci…cette initiative a certainement un futur positif et la capacité à reboucher quelque peu le trou qui, malheureusement, existe en Italie ».

GPi : D’un point de vue personnel, concrètement, quel est votre rôle auprès de ces jeunes ?   

« Mon rôle est assez vaste et en fait, je ne suis pas le calendrier du championnat du monde, mon rôle ne se termine jamais vraiment.

Lorsqu’en novembre, la saison de course se termine, il y a directement un grand rassemblement des pilotes du Team Italia, ceux de la Mini GP, du CIV, du Superstock, du Supersport 600  et 1000 et du Moto3 en championnat du monde où sont analysé l’état de forme, le physique, de tous ces pilotes et nous préparons leur programme d’entraînement, gym en salle de sport, vélo, course à pied…

Là, nous veillons à l’entretien du moteur du pilote, plus de celui de sa moto…

De cette façon, nous, les responsables, nous avons un contrôle total sur nos jeunes. Nous choisissons les motos à acheter mais nous choisissons aussi comment nous formons nos jeunes et ce avec l’ensemble de la structure de la Fédération qui est composée de « personal trainer », de ceux qui établissent les programmes d’entraînement, de spécialistes du corps…

Moi personnellement, j’accompagne ces gens à partir de novembre. Ensuite, on organise des collégiales, chez moi, à Bergame, qui durent entre sept et dix jours où non seulement, les pilotes travaillent en salle de musculation, courent et roulent à vélo, mais aussi où, le soir, ils étudient l’anglais.

On occupe les journées de ces garçons comme celles de vrais professionnels. On donne une idée aux jeunes de ce qu’ils vont devoir faire pour réussir à devenir, à leur tour, des professionnels.

Ils travaillent non pas avec le stress des résultats, mais avec le stress du travail. Quand on est jeune, comme Fenati ou Marquez, ce qui est difficile, c’est de mixer sa passion avec un travail, or, quand vous devenez un pilote du championnat du monde, ce n’est plus un jeu mais un vrai travail, même si vous n’avez que 16 ans.

Chez nous, les jeunes qui n’ont encore jamais vécu d’expérience au plus haut niveau, peuvent se rendre compte s’ils aiment ça ou si, au contraire, ce n’est pas leur métier ».

GPi : Quelle est la philosophie du Team Italia ? 

« Nous sommes comme des parents qui amènent leur enfant à l’autel le jour de leur mariage. Nous les accompagnons jusqu’à  la personne qu’ils vont épouser.

Nous portons ces jeunes pilotes sur la scène mondiale, nous leur donnons ce que nous pensons être les bases de leur réussite mais si un jour, ils doivent devenir les futurs Valentino Rossi ou Jorge Lorenzo, ils le feront avec d’autres écuries. Notre seule philosophie, c’est la formation. Pour parler de façon grossière, une fois que notre produit est prêt à être expédié, que le jeune est prêt à voler de ses propres ailes, nous le libérons ».

GPi : Et contractuellement, comment fonctionnez-vous avec ces jeunes ? Une limite de temps est-elle fixée ?

« En MotoGP, comme pour Tonucci et Fenati, on essaye de garder ces jeunes pour au moins deux ans. C’est ainsi que Tonucci et Morciano étaient déjà là la saison dernière. Ces deux-là sont de plus vieux pilotes mais nous les avons gardé car ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas encore atteint les résultats dont ils rêvaient qu’il fallait les abandonner comme le ferait la plus grande partie des teams à l’heure actuelle.

La Fédération sert à donner de la crédibilité à un travail, à un objectif. Elle refuse de se séparer, comme le font certaines structures privées, après trois ou quatre Grand Prix, d’un pilote qui n’arrive pas à atteindre les résultats espérés. Elle essaye de donner une autre chance à ces pilotes.

Ensuite, après ces deux années, la Fédération n’abandonne pas encore ces jeunes, elle les soutient en les aidant à trouver des places pour eux dans des teams capables de supporter leur présence. Le soutient est aussi financier. En quelque sorte, la FMI leur donne une bourse d’étude ».

GPi ; La sensation du début d’année, elle est venue de votre pilote, Romano Fenati. Quel jugement portez-vous sur lui, comment le voyez-vous?

« Romano Fenati, je le vois comme vous…rapide (rires)! Je le vois comme un garçon hors normes dans un sens positif. Je m’explique, Romano Fenati arrive second de sa première course en championnat du monde, Romano Fenati gagne sa seconde course en championnat du monde, pour moi, c’est hors-normes !

C’était impressionnant et lorsqu’il est rentré au stand, à Jerez, je lui ai dit en plaisantant : « bon, maintenant, tu as déjà fait mieux que moi à tes débuts. J’ai été champion du monde mais toi, tu as fait plus fort que moi. Ceci dit, quand on parlera de sport, de travail, de technique de course…tu devras continuer à prendre mon point de vue (rires) »

Avec Romano, j’ai un excellent rapport, tout en sincérité et je ne manque jamais de lui dire ce que je pense. J’ai, avec lui, un rapport se rapprochant de celui qui lie le grand frère à son petit frère. Je me comporte d’ailleurs un peu comme un frère vis-à-vis de tous mes pilotes car un directeur technique doit tout savoir de ses pilotes. Il doit comprendre comment ils marchent et connaître leur feeling. J’ai mon expérience pour moi et je sais qu’il est parfois important d’avoir l’avis d’une autre personne qui croit en vous ou, en tout cas, qui peut vous montrer qu’il existe une solution à tous les problèmes. Le moral est important et mon rôle consiste aussi à les aider dans ce domaine.

Romano Fenati a en lui le talent pour piloter une moto, il est né avec ça, mais aujourd’hui, notre rôle avec lui est de l’aider à s’extérioriser, de réussir à raconter son problème au moment où il survient car c’est la seule façon de comprendre ce qui ne fonctionne pas et donc de s’améliorer en travaillant dessus ».

GPi : Et Alessandro Tonucci ?      

« Avec Alessandro Tonucci, c’est notre seconde année en championnat du monde et nous avons également disputé, avec lui, une saison dans le CIV. On se connaît mieux et c’est donc plus facile. J’ai développé avec lui, comme avec tous les autres, un excellent rapport basé sur la sincérité et sur la sérénité.

Comme dans ma carrière, j’essayerai jusqu’au bout et dans la limite de mes capacités, de lui venir en aide.

Le problème d’Alessandro, et c’est une chose qu’il doit améliorer, c’est qu’il doit prendre conscience du fait qu’il est capable de faire certaines choses. Il doit comprendre que ce n’est pas parce qu’aujourd’hui, quelqu’un est plus rapide que lui, que demain il ne pourra pas l’être tout autant. Tonucci est un excellent pilote et s’il est ici c’est parce qu’il en a les capacités mais lorsqu’il est arrivé en championnat du monde, il s’est laissé déstabiliser par le niveau élevé de la concurrence.

En ce sens, le travail avec lui est plus psychologique ».

GPi : Vous avez fait le choix de vous impliquer dans la structure de la Fédération et dans la formation des jeunes, ce qui est plus qu’un métier, on peut parler de vocation mais votre première vocation c’était la moto. Est-ce qu’elle ne vous manque pas un peu ?

« Si, bien entendu, mais si je suis sincère avec mes pilotes, je suis aussi sincère avec moi-même. Le matin, lorsque vous vous regardez dans le miroir, vous ne pouvez pas vous mentir et aujourd’hui, je suis complètement conscient que ce n’est plus mon métier. Je n’ai plus ni l’âge, ni la vitesse et après avoir arrêté ma carrière, j’ai trouvé qu’il était de mon devoir de prêter main forte aux jeunes et à les aider à faire les bons choix techniques et tactiques.

Quand j’ai commencé ma carrière en  championnat du monde, des pilotes comme Cadalora, Romboni et Reggiani terminaient la leur et ensuite ça a été à mon tour de passer la main. Les choses vont vites mais nous, les pilotes nous sommes comme des graines, on grandit, on murit, on donne nos fruits et puis c’est terminé. Après ça, il y a un choix à faire et moi j’ai fait celui de la jeunesse.

Depuis le début de la saison, nous observons Locatelli, ses pilotes et tous les membres du Team Italia et il est évident qu’il existe, entre toutes ces personnes, une complicité qu’on ne peut pas retrouver dans une écurie privée où la pression des résultats est souvent trop importante ».

Ici, les jeunes se préparent dans la sérénité, encadrés par des personnes performantes et une Fédération qui a pleinement pris conscience qu’aujourd’hui, les futurs champions ne peuvent plus apprendre leur métier sur le tas.

Aujourd’hui, un champion c’est un jeune qui gère les médias, qui gère la pression, qui gère tous les paramètres techniques…

Les Espagnols l’ont compris il y a longtemps et les résultats parlent d’eux-mêmes, Viñales, Marquez, Lorenzo, Espargaro, Pedrosa…les Italiens l’ont compris bien après mais, comme on dit, il n’est jamais trop tard et c’est évident qu’en collaborant avec des personnes comme Roberto Locatelli, la FMI ne peut pas se tromper.

En attendant, et comme promis, vous pouvez, dès à présent, tenter de remporter le T-shirt du Team Italia, signé par Romano Fenati en personne, en cliquant ici !

Stay tuned !

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Photo : Lionel Nolette    

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[…] pas la première fois que Locatelli s’engage auprès d’un tel projet ; il avait déjà épaulé le Team Italia […]