Andrea Dovizioso doit-il s’inquiéter de la visite de Masao Furusawa chez Ducati ?



Hier, sur le toujours excellent motomatters.com, était publiée l’interview de Masao Furusawa réalisée par Akira Nishimura.

Le journaliste japonais a eu l’occasion d’interviewer l’ingénieur japonais après que la visite de ce dernier à son homologue italien, chez Ducati, ait été révélée dans la presse.

Si nous ne pouvons que vous conseiller d’aller lire l’article dans son intégralité, nous avons tout de même relevé deux passages extrêmement importants.

Le premier concerne les quelques explications techniques que le père de la M1 a bien voulu transmettre au père de la Desmosedici avant de refuser de travailler pour les Italiens.

Ce qui interpelle, ici, c’est le fait que Preziosi ait été impressionné au point de vouloir expliquer ces concepts à toute son équipe et d’exiger la présence du responsable châssis de Borgo Panigale lors de la seconde rencontre.  

 « Je ne pouvais évidemment pas divulguer des informations relatives à Yamaha, et nous ne sommes pas entrés dans les détails. Je lui ai expliqué ma démarche et mon mode de pensée, la méthode que j’ai utilisée en 2004. Par exemple, le «triangle du centre de gravité», c’est à dire le triangle formé par la jonction des points de contact des pneus avant et arrière avec l’asphalte et le centre de gravité de la moto et dans lequel, le point le plus haut ne peut jamais s’égarer trop loin du centre dans l’une comme dans l’autre direction.

Je lui ai également parlé des suspensions et du fait que je ne mesure jamais ou que je ne m’exprime jamais en termes de «rigidité» mais plutôt de «fréquence», en essayant de rendre celle des deux suspensions aussi semblables que possible pour adoucir le transfert de charge.

Preziosi a été très impressionné. Il a émis la volonté d’expliquer à tous ses collaborateurs les concepts que je lui ai transmis.  Deux jours plus tard, à la deuxième rencontre, il a voulu que soit présent son responsable châssis ».

A ce moment de l’interview, se pose la question de savoir si, oui ou non, l’ingénieur italien dispose réellement d’un plan pour sortir de l’impasse.

Et le second passage que nous avons isolé semble bel et bien démontrer son absence en mettant en lumière le désarroi d’un homme (Preziosi) prêt à risquer sa carrière dans le simple but d’améliorer sa moto. 

 « Je lui ai demandé pourquoi il m’avait appelé car si j’avais décidé de les rejoindre et obtenu de bons résultats, ça aurait démontré que jusqu’ici, les développements avaient été mauvais. Ou bien, si je les avais rejoints sans obtenir de résultats, ça prouverait que sa décision de me faire venir était mauvaise. Je lui ai demandé: «Quel que soit le résultat, ce sera inévitable que vous preniez vos responsabilités. Comment en êtes-vous venus à prendre un tel risque? » Filippo m’a immédiatement répondu avec calme. ‘Ce n’est pas grave si je perds ma place. Je ne m’en soucie pas du tout. La seule chose qui m’importe, c’est d’améliorer notre moto’. Quand j’ai entendu ses remarques, j’ai pensé dans mon for intérieur ‘Filippo, tu as un vrai esprit de samouraï … ».

Si ce n’est pas suffisant pour démontrer que Ducati n’a pas de plan de développement en tête, on est en tout cas tenté de penser que les retards dans les évolutions promises depuis le début de la saison seraient dus à l’absence d’une direction bien définie, d’un fil conducteur clair et précis au Reparto Corse.

Bien entendu, il ne faut pas prendre pour argent comptant ce que nous écrivons ici car ce ne sont que des déductions, mais il n’en reste pas moins que cet aveu de faiblesse est, quelque part, assez alarmant.

Cependant, comme dans la plupart des situations, il y a toujours deux degrés de lecture possible. Alors, délaissons la lecture négative qu’on peut lire un peu partout et attachons-nous à une lecture positive.

Au début de la collaboration entre Rossi et Ducati, Jeremy Burgess, le chef mécanicien de l’Italien, avait déclaré que le problème majeur de Ducati, jusque-là, avait été de trop se concentrer sur les victoires de Stoner et pas assez sur les échecs des autres pilotes.

Si elle est passée inaperçue, c’est pourtant peut-être la déclaration la plus importante de ces deux dernières années.

Lorsque Stoner réussissait là où Marco Melandri échouait, il était plus facile, pour un petit constructeur comme l’est Ducati face aux géants que sont Honda et Yamaha, de se concentrer sur les victoires et d’envoyer l’Italien chez le psychologue.

Si l’histoire de Ducati ne doit retenir qu’une seule chose du passage de Rossi, il faut espérer que ce soit le fait qu’un pilote neuf fois champion du monde ait échoué sur la Desmosedici.

Sans vouloir leur manquer de respect, ce ne sont plus seulement les Melandri, Hayden ou Gibernau ou même tous les autres qui n’ont jamais gagné avec cette machine qui ont échoué, cette fois c’est aussi Valentino Rossi.

Alors, certaines personnes ne pouvant pas l’encadrer auront beau dire qu’il est fini, que son temps est révolu, il n’en reste pas moins que si la D16 lui avait convenu, il en aurait été de même pour beaucoup d’autres.

Pour s’en convaincre, il suffit de se rappeler le nombre de pilotes ayant trouvé leurs marques sur sa M1 …Lorenzo, Spies, Dovizioso, Edwards…

On dit toujours que pour avancer, il faut d’abord pouvoir reconnaître son échec et aujourd’hui, c’est peut-être l’occasion ou jamais, pour Ducati, d’opérer sa révolution.

En gros, voilà donc où Dovizioso s’apprête à mettre les pieds. Bien entendu, il a reçu des garanties de la part de Ducati en ce qui concerne l’engagement d’Audi et il a l’avantage de ne pas avoir l’âge de Rossi – ce qui pourrait être utile pour le développement de la D16 car, vu de l’extérieur, on a du mal à imaginer qu’à Sepang, en 2013, il trouve une moto révolutionnaire capable de faire frémir celles de Tokyo et d’Iwata – mais le défi est intéressant.

Son nouvel employeur n’a plus le choix, soit il arrive à convaincre Stoner de revenir ou trouve son clone quelque part, soit il accepte de remettre en cause son modèle de développement et opère une vraie révolution.

Disons que l’appel à Furusawa laisse présager qu’il aurait choisi la seconde option. Au final, c’est plutôt rassurant pour Dovi.

Stay tuned !

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