Didier de Radiguès nous explique les difficultés qui attendent Casey Stoner



On le sait depuis plusieurs mois mais ce n’est officiel que depuis dimanche, Casey Stoner disputera la saison 2013 avec Triple Eight, en Dunlop Series, l’antichambre du V8 Supercars.

Si le passage sur quatre roues ne devrait pas lui causer trop de soucis, ça reste un exercice délicat demandant un réel investissement personnel ainsi qu’un certain temps d’adaptation.

Afin de nous éclairer sur le sujet, nous avons demandé à Didier de Radiguès de nous expliquer quelles étaient les difficultés qui attendaient le double Champion du Monde australien. 

Ce choix n’est pas anodin puisque le Belge a lui-même vécu une reconversion heureuse sur quatre roues.  En effet, après avoir mis un terme à sa carrière moto, il remportait de nombreuses courses nationales, dont le championnat belge Procar, mais également à l’étranger, puisqu’en 2001 il remportait avec brio l’American Le Mans Series.

GPi : Didier de Radiguès, comment passe-t-on de la moto à la voiture ? Quelles sont les grandes difficultés auxquelles Casey Stoner doit s’attendre?

« Signalons de suite qu’un pilote de grand talent comme Casey Stoner devrait passer assez facilement de la moto à la voiture. Toutefois, comme moi je l’ai vécu auparavant, il rencontrera certainement trois types de difficultés.

La première, ce sont les freinages. On freine beaucoup plus tard avec une voiture qu’avec une moto. Or, pendant toute votre carrière, votre cerveau s’est habitué à prendre des repères visuels pour des freinages moto. Il va donc devoir se forcer à freiner beaucoup plus tard et cet exercice va nécessiter un petit temps d’adaptation.

Le fait de forcer votre cerveau à changer ses habitudes peut même aller jusqu’à provoquer une sensation de malaise, l’impression de vous évanouir dans l’intervalle de temps qui sépare un freinage habituel à moto et le freinage retardé sur quatre roues. Vous restez deux secondes de plus à fond et c’est une sensation que votre cerveau n’apprécie pas du tout !

La seconde difficulté, ce sont les appuis aérodynamiques. Bien entendu, ils dépendent de la voiture que vous pilotez. S’ils sont maximaux avec des monoplaces ou des sport prototypes comme j’ai utilisé en Amérique, ils sont tout de même moindres en V8 Supercars.

Toutefois, la différence est énorme puisqu’à moto, c’est une notion qui n’existe pas. Il faut s’habituer au fait que plus le virage est rapide plus la voiture va tenir la route alors que sur deux roues, que le virage soit lent ou rapide, le grip est toujours le même.

Il faut assimiler cette différence. Pour prendre un exemple, à Francorchamps, en voiture, le raidillon ça passe à fond alors qu’à moto on rentre deux vitesses.

Enfin, la troisième difficulté, c’est la mise au point de la voiture qui n’a rien à voir avec celle d’une MotoGP.

Sur une moto, on travaille sur l’équilibre avant – arrière alors qu’en voiture il y a très peu de transferts de masse.

Il faudra donc aussi un peu de temps pour apprendre à travailler sur le set-up de sa voiture ».

GPi : tu as réalisé une belle carrière à moto et une belle reconversion en voiture. Laquelle de tes deux carrières as-tu préféré ?

« La première, sans aucun doute, mais il faut aussi comparer des pommes avec des pommes et des poires avec des poires.

J’ai couru cinq fois les 24 heures du Mans, j’ai gagné l’ « American Le Mans Series » aux Etats-Unis, ce sont de belles compétitions mais elles n’ont rien à voir avec le Championnat du Monde MotoGP.

Pour comparer, le MotoGP c’est la Formule1 tandis que les courses que j’ai disputées sur quatre roues, c’est le championnat du monde d’endurance.

J’ai quelques doutes sur le fait que ce championnat plaise à Stoner parce qu’après avoir roulé au plus haut niveau, c’est un peu comme s’il allait disputer un championnat national de Superbike.

Je pense donc, mais je peux me tromper, qu’il va rapidement être déçu par le niveau de professionnalisme et de pilotage ».

GPi : Tu penses donc qu’il va s’embêter en voiture ?

« S’embêter je ne pense pas parce qu’il ne faut pas croire qu’il aura facile. Dans mon cas, j’ai dû faire mes armes, en passant par des formules de promotion, comme un jeune l’aurait fait, si ce n’est que j’avais 15 ans de plus.

Je suis arrivé dans le monde de la voiture avec une grande expérience de la compétition et du grip mais c’est tout, le reste j’ai dû l’apprendre, avec beaucoup d’humilité.

Stoner va devoir faire ses armes dans une série nationale où il n’y a certainement pas d’énormes talents mais où à coup sûr, il y a des pilotes d’expérience.

Je pense qu’il va être surpris parce qu’il y a beaucoup de choses qu’on ne connaît pas en moto et notamment le pilotage en course.

En voiture, on n’hésite pas à se sortir en jouant des parechocs. Un petit coup sur l’arrière droit dans un virage à droite, la voiture part en toupie et la course est terminée et ça, à fortiori dans ce genre de formule, ça va lui arriver plus d’une fois. Plus que s’embêter, je pense surtout qu’il va s’énerver.

S’énerver pour ça  mais aussi parce qu’il estimera que son team n’est pas à la hauteur. En résumé, je pense que le plus grand adversaire de Casey sur quatre roues, ce sera Stoner ».

Notons que la première course de Stoner en ‘Dunlop Series’ aura lieu à Adelaïde, lors de la Clipsal 500, le 3 mars prochain.

Stay tuned !

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