Gianluca Montiron : « Si Mike Di Meglio a été champion du monde, ce n’est pas pour rien! »



En 2012, Gianluca Montiron, le team manager de JiR, s’était mis en tête de lancer un projet jeune avec d’un côté du box, Johann Zarco, vice-champion du monde 125 et de l’autre, Eric Granado, un jeune brésilien qui n’a eu ses seize ans qu’à partir du Grand Prix d’Angleterre.

Toutefois, après une saison en dents de scie, Johann Zarco décidait de s’engager avec Ioda et Granado, auteur d’un année plus que compliquée, avec Aspar en Moto3.

JiR se retrouvait donc sans pilote et le choix de la structure monégasque s’est alors porté sur Mike Di Meglio, sans guidon lui aussi.

C‘est un nouveau défi qui attend Montiron mais c’est aussi un choix du cœur fait avec la conviction de pouvoir enfin faire éclore, en Moto2, le potentiel du Champion du Monde 125 2008.     

GPi : En 2012, avec Johann Zarco et Eric Granado, vous aviez misé sur un projet jeune mais les jeunes sont partis. Vous êtes-vous senti trahi, comme on a pu le lire ailleurs ?

« Non, absolument pas parce que le programme jeune est toujours en cours.

En ce qui concerne notre saison 2012 et le non renouvellement de nos pilotes pour 2013, les problématiques ont été diverses.

Du côté de Johann Zarco, nous n’avons pas continué cette saison parce que nous n’avons pas trouvé d’accord. Le contrat contenait une option qui pouvait nous permettre de poursuivre notre collaboration mais je n’ai pas voulu la lever.

En 2010, avec Simone Corsi, JiR a terminé cinquième du classement et quatrième en 2011, avec de Angelis. En 2012, Johann est entré dans le top10 et est devenu rookie de l’année mais pourtant, cette saison n’a pas été enthousiasmante. C’est la raison pour laquelle je n’ai pas désiré continuer notre collaboration.

Pour Granado, le discours est différent. Dans le cadre de notre projet jeune dans les pays émergents, nous savions qu’au Brésil, il n’y avait qu’Eric Granado. Nous avons essayé de lui donner sa chance en Moto2 mais son niveau de compétitivité était encore probablement insuffisant pour l’aligner en championnat du monde.

C’est pour cette raison que cette saison, en ce qui concerne cette partie du box, j’ai préféré revoir nos prétentions à la baisse en donnant la chance à plusieurs pilotes indonésiens de disputer des « wild-card ». S’ils se montrent compétitifs, je les alignerai en Championnat du Monde Supersport afin de leur offrir la possibilité de grandir.

Je ne veux pas commettre la même erreur que la saison dernière avec Granado. Les pays émergents disposent de grands talents mais ils n’ont pas la structure sportive nécessaire pour éduquer les jeunes pilotes et les préparer à passer un tel cap.

Ils ont donc besoin de grandir en douceur et c’est pour ça que j’ai opté pour cette façon de procéder ».

GPi : Vous jugez donc la saison de Johann Zarco insuffisante ?

« Elle a été positive mais pas assez que pour justifier la poursuite de notre collaboration. Sur certaines pistes, il a tourné plus vite que de Angelis, en 2011, ce qui signifie qu’il est rapide mais sur d’autres pistes, il s’est aussi montré beaucoup plus lent.

Quand vous payez un pilote professionnel, vous vous attendez à des résultats un peu plus réconfortants. Nonobstant ce fait, nous sommes restés en excellents termes mais je ne peux pas me contenter d’entrer dans le top10 ».

GPi : Que lui a-t-il manqué ?

« L’expérience est certainement quelque chose d’important. De plus, ces deux dernières années ont été très compétitives parce qu’en 2011 Bradl et Marquez ont monté le niveau et ça s’est confirmé en 2012 avec le même Marquez et Espargaro.

Il lui a également manqué la constance que, même s’il débutait dans la catégorie, il aurait pu et dû avoir.

Et puis, nous nous sommes aussi séparés parce que, quand un pilote a ses idées et qu’il ne veut absolument pas en changer, ça devient difficile de construire une synergie solide avec l’équipe.    

Si sa théorie avait été gagnante, je n’aurais même pas envisagé de la discuter mais lorsque vous terminez dixième du championnat, je pense que vous devez envisager de changer certaines choses pour grandir en tant que pilote ».

GPi : En 2013, vous allez continuer avec un pilote français, Mike di Meglio. Il y a quelques semaines, sur Sport Bikes, il déclarait être conscient du fait que cette saison, ce serait sa dernière chance de poursuivre sa carrière en MotoGP. C’est un avantage pour JiR de disposer d’un pilote au pied du mur ?

« Le choix de Mike Di Meglio a été fait sur la base du fait que jusqu’à présent, il n’a pas obtenu de grands résultats en Moto2. Pourtant, Mike a été champion du monde 125 en 2008 et c’est la preuve que le potentiel est là. Il sait ce qui lui manque pour obtenir ces résultats et c’est extrêmement important.

Disons que c’est aussi un pari que nous prenons et nous avons préféré Mike à des pilotes comme de Angelis ou Corsi qui, depuis qu’ils nous ont quittés, n’ont pas vraiment amélioré leurs performances.

Très sincèrement, si c’est pour repartir avec un pilote qui n’ira pas plus haut, je préfère cent fois prendre un pari.

Si Mike a été champion du monde, ce n’est pas pour rien.

Mais bon, une fois de plus, ceci ce sont des paroles et là où ça compte vraiment, c’est sur la piste ».

GPi : La saison dernière, Johann Zarco a souvent parlé du manque de vitesse de pointe de la MotoBi. Devons-nous nous attendre à quelques modifications ?         

« D’abord, je pense qu’il faut apprécier correctement la situation. C’est le pilote qui est sur la moto et qui voit ce qui se passe mais de notre côté, nous récoltons également beaucoup de données et nous savons que la vitesse est également déterminée par, premièrement, le style de pilotage du pilote et deuxièmement, par les rapports qu’il utilise. C’est ainsi que certains pilotes qui redressent la moto plus tard que d’autres dans certains virages ont des rapports un peu plus longs que ces autres pilotes. Il y a donc beaucoup de facteurs qui déterminent la vitesse de pointe de la moto.

C‘est vrai que sur certains circuits où les lignes droites sont longues, comme au Mugello, Johann a rencontré ce problème mais il est tout aussi vrai que sur d’autres circuits, il a réussi à être très rapide.

Par exemple, en Australie, il a tourné dans des chronos semblables à ceux de de Angelis et sur d’autres pistes, il a même réussi à le battre.

En revanche, comme ce fut le cas au Sachsenring, il ne s’en est même pas approché. Je pense donc que si un pilote ne réussit pas à comprendre que son style de pilotage détermine sa vitesse, ça peut expliquer pourquoi il ne gagne pas.

En 2013, TSR, qui fabrique le châssis, a mis à notre disposition quelques nouveautés du point de vue de l’aérodynamique et nous de notre côté, nous avons également travaillé sur quelques petites choses ».

GPi : Tu t’attends donc à ce que Mike soit plus ouvert d’esprit ?

« Je ne me pose pas encore cette question parce qu’au préalable, il faudra voir comment Mike prendra cette saison.           

Le Moto2 est une catégorie où les moteurs et les performances sont plus ou moins identiques et la différence est surtout faite par ceux qui arrivent à interpréter au mieux les pistes.

Les pilotes doivent être prêts, en ce qui concerne le set-up, à passer au-dessus des problèmes. Quand un pilote arrive à comprendre ça et à ne plus se poser trop de questions, il est alors prêt pour faire la différence ».

GPi : Quel est l’objectif de JiR ?    

« Comme en 2010 et en 2011, nous espérons retrouver le top5 et ensuite, nous verrons s’il y a moyen d’obtenir un peu plus. Quoiqu’il en soit, comme toujours, notre objectif sera de faire de notre mieux.

Nous avons travaillé dur, cet hiver, pour mettre Mike dans de bonnes conditions et nous verrons demain, mais aussi lors des deux tests privés que nous mènerons par après, où nous en sommes ».

Nous retrouverons Mike Di Meglio et toute l’équipe JiR à Valence, dès demain et nous suivrons avec attention les chronos du Français qui, comme il l’a rappelé, se trouve à l’aube d’une saison de la plus grande importance.

Stay tuned !

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