Mike Di Meglio : « si tu as des craintes, ça ne sert à rien de rester en Moto2 »



On a souvent entendu dire que cette saison, c’était un peu celle de la dernière chance pour Mike Di Meglio, après avoir rencontré de grosses difficultés depuis le lancement du Moto2.

Conscient de ce défi, le Champion du Monde 125 2008 a fourni, durant tout l’hiver, un travail colossal en compagnie des ingénieurs TSR afin de mettre toutes les chances de son côté.

L’abnégation du Français commence maintenant à porter ses fruits et si, en course, les résultats n’ont pas encore été extrêmement visibles, en revanche, on le sent présent et ambitieux.

Pour la première fois depuis longtemps, nous avons l’impression qu’une fois que toutes les bonnes choses se mettront les unes derrière les autres, le pilote JiR pourrait nous réserver de belles surprises.

Nous l’avons rencontré afin de tracer avec lui les contours de ses progrès et de ceux qu’il lui reste à accomplir.

Suivez le guide.   

« GPi : Mike, tu as réalisé une énorme présaison, tu es d’ailleurs probablement le pilote qui a le plus roulé cet hiver et tu viens maintenant de disputer deux Grands Prix avec JiR, c’est donc le bon moment pour recueillir ton sentiment quant à ta collaboration avec cette structure.    

Je suis très satisfait du travail qu’on effectue, déjà parce que l’équipe m’a permis de rouler énormément cet hiver afin de travailler de nombreux points techniques quant à mon pilotage. Ce sont des gens extrêmement motivés et décidés à ce que ça marche. Je les sens tous derrière moi. C’est sûr que ça n’a pas encore payé mais on peut déjà constater que, comparé aux saisons précédentes, j’ai changé beaucoup de choses. J’ai le sentiment que je m’adapte plus facilement à n’importe quelle piste et même lorsque je rencontre des soucis, comme à Austin où j’ai détruit les pneus, on arrive à rentrer avec certains points alors que l’an passé, je suis persuadé que dans les mêmes conditions, j’aurais subi un peu plus ma course.

Il y a donc pas mal de points positifs et maintenant, il va falloir continuer à pousser toujours plus loin sur la limite de la moto et à trouver des petites choses sur le set-up pour nous permettre d’être encore un peu mieux. Mais je ne m’inquiète pas parce que cette équipe travaille énormément en coulisse. Nous devons engranger des points, nous rapprocher du top 5 et au fur et à mesure, du podium.

GPi : Tu parles de changer ton pilotage et il y a quelques jours, Gianluca Montiron, ton team manager, disait la même chose en déclarant avoir engagé un processus, avec toi, destiné à changer certains points sur ton pilotage (voir ici).      

J’ai essayé d’analyser le style de mes concurrents et on commence à savoir quel type de pilotage fonctionne en Moto2. Après, c’est sûr qu’il y a des pistes où les efforts d’adaptation sont plus grands. Jusqu’ici, j’avais un style plus efficace sur les pistes rapides et maintenant, je commence à également bien sentir la moto dans les portions lentes. On a donc changé une multitude de petits points techniques.

Cet hiver, JiR m’a laissé la moto et ça m’a donné l’opportunité de m’entraîner sur des pistes assez variées ce qui, au final, m’a permis d’arriver au Qatar avec un bagage technique bien  plus développé.

GPi : Dans cette même interview, Gianluca Montiron déclarait que la MotoBi avait le meilleur package de base du plateau. Pourtant, la saison dernière, Johann Zarco s’est souvent plaint de la vitesse de pointe de cette moto. Depuis le Qatar, on voit que les choses ne se sont pas spécialement arrangées. Est-ce une des faiblesses pénalisantes de cette moto ?

C’est parfois pénalisant mais souvent, on a réussi à ne pas trop mal s’en sortir sur ce point. Ce sont des paramètres que nous analysons pour comprendre les tenants et aboutissants de ce problème. Après, un certain nombre d’évolutions vont arriver et notamment au niveau des carénages.

Nous cherchons des solutions mais au final, ce n’est pas le plus gros problème parce que lorsque j’arrive à bien conduire la moto et faire ce que je veux, on est vite devant. En revanche, il me manque toujours cette régularité à pouvoir pousser sans me poser trop de questions.

On va donc dire que dans ce qui nous manque encore, il y a un peu de la moto et un peu de moi mais pour la vitesse de pointe, je ne m’inquiète pas parce que l’équipe est consciente qu’elle doit faire évoluer les choses de ce point de vue. Il faut qu’on continue sur cette voie en effectuant des petits pas en avant et je pense que tout va finir par se goupiller.

GPi : Tu es souvent très bien lors des séances et puis, on te sent parfois un peu en retrait lors des qualifications. Est-ce là un des points qui va recevoir toute ton attention dans le futur ?

Au Qatar, ce n’était pas trop mal avec une dixième position. Malheureusement, on a dû partir des stands. A Austin, j’étais une nouvelle fois en train de me qualifier aux environs de la dixième place et suite à une erreur de ma part, le résultat final n’était pas celui escompté. Si j’avais pu finir mon tour, les choses auraient été différentes mais c’est le jeu. Après, ça ne me tracasse pas trop parce que je suis un pilote de course et je remonte souvent mais c’est vrai qu’à Austin, si j’avais pu partir de la dixième position, la course aurait probablement été différente. Les erreurs ça arrive, je vais juste veiller à ce qu’elles ne se reproduisent plus !

GPi : Marc Marquez, en 2012, attirait toute l’attention sur lui et depuis son départ, on dirait que les ambitions de nombreux pilotes se sont réveillées. Son départ a-t-il permis de décupler les envies et les ambitions de certains pilotes Moto2?

D’un point de vue personnel, je n’étais pas bridé par la présence de Marc Marquez.  Je n’ai pas d’aprioris sur mes concurrents et au contraire, j’essaye surtout de comprendre chaque pilote et de voir s’il y a des choses positives à retirer de son pilotage. C’est évident que Marc Marquez était un peu un exemple pour nous et beaucoup se sont servis de son pilotage pour faire évoluer le leur.

Au fur et à mesure des années, tout le monde évolue mais si on commence à avoir des craintes vis-à-vis de l’un ou de l’autre, ça ne sert à rien de rester en Moto2.

GPi : Le fait de signer avec JiR semble t’avoir apporté la stabilité qui t’a cruellement fait défaut la saison précédente !

J’ai construit ma saison l’année dernière en rencontrant énormément de partenaires qui m’ont aidé en me donnant le budget nécessaire à amener chez JiR.

Gianluca Montiron, c’était quelqu’un que je ne connaissais pas et en le rencontrant, j’ai trouvé en lui l’excellence.

C’est quelqu’un qui est là depuis très longtemps, qui a travaillé avec de grands pilotes, qui était en MotoGP  et qui a énormément d’expérience, que ce soit du point de vue du chef-mécanicien qu’il était ou du point de vue de la gestion d’un weekend.

On discute énormément pendant les Grands Prix et ça nous permet de construire beaucoup de choses. On discute avec lui, mon entraîneur, mon équipe technique, le Japonais de chez TSR et c’est constructif. Tout le monde se remet en question et on arrive à déterminer la bonne direction à suivre.

GPi : Justement, avec TSR, ils ne disposent que d’une seule moto sur la grille et c’est un handicap au développement par  rapport à l’armada de Kalex,  mais ils ont l’air de compenser par une grande implication dans le projet.

Totalement ! Cet hiver, ils sont venus avec moi sur les pistes parce qu’au début, je ne me sentais pas très bien sur la moto. On a alors travaillé énormément pour trouver une base de setting. Une fois cette base trouvée, on a pu commencer à travailler sur mon style mais aussi sur des petites choses importantes. On a énormément bossé ensemble en essayant une multitude de choses différentes sur la rigidité du châssis et ça nous a menés dans la bonne direction.   

GPi : tu vas maintenant arriver à Jerez, une piste où vous avez tourné en hiver et que tout le monde connaît, ce sera un Grand Prix référence pour juger du niveau des uns et des autres ?

C’est un circuit espagnol ou tous les Espagnols vont être…énervés (rires) et où, en conséquence, ce sera encore plus compliqué que d’habitude de faire la différence.

De notre côté, on dispose d’un bon bagage technique et la saison dernière, je n’avais pas trop mal roulé avec la SpeedUp mais je pense qu’on pourra réellement démontrer la technicité de notre moto à partir du Mans parce que Jerez, tout le monde connaît, tout le monde a beaucoup de facilités.

GPi : Justement, le Mans, parlons-en un peu, ça reste le « must » pour un pilote français ?

Personnellement, c’est un circuit que j’apprécie depuis toujours. J’aimais beaucoup l’ancienne chicane Dunlop mais bon, c’est comme ça, ce sont les aléas de la sécurité.

Courir devant le public français, en espérant qu’il fasse beau, c’est un sentiment incroyable.

GPi : Terminons par tes attentes quant à ce Grand Prix d’Espagne.   

J’espère réaliser un beau weekend en progression comme nous tentons de le faire à chaque fois. Après, pour le Grand Prix en lui-même, il faut toujours compter sur les faits de course et il faut juste essayer de les gérer au mieux. Après, si je dois donner un objectif chiffré, c’est clair que le top10, c’est le minimum que je devrai aller chercher ».

Stay tuned !

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