D. de Radiguès : « Electronique ou pas, c’est toujours le pilote qui fait la différence !»



Les 7 et 8 juin, lors de l’évènement Alpinestars, chez Maxxess, à Bordeaux, Marc Marquez et Freddie Spencer se sont rencontrés et ont répondu aux questions extrêmement intéressantes de Thomas Baujard, un des rédacteurs de Moto Journal et de Sébastien Charpentier, un des consultants d’Eurosport.

Lors de cette conférence de presse, Marc Marquez déclarait : « si je montais sur la 500 de Spencer, je ne sais pas si ce serait au 1er, au 2ème ou au 3ème tour, mais il y aurait un highside ».

Interpellé, nous avons décidé de débattre de l’électronique, le sujet sensible par excellence, avec Didier de Radiguès, ancien vainqueur de Grands Prix et vice-champion du monde 350 cm3 en 1982.

« GPi : L’arrivée de l’électronique a-t-elle, selon toi, dénaturé le MotoGP ?

Tout d’abord, il faut rappeler que le 4 temps a déjà aplani la puissance et ensuite, il y a eu l’électronique. Ce sont deux choses qui ont assagi la catégorie reine. Marquez a entièrement raison dans ses déclarations. Mais bon, on vit une autre époque. Avant, il serait passé de la 250 à la 500 et c’était déjà quelque chose de beaucoup plus proche. La 250 était une moto puissante et pointue et surtout beaucoup plus proche de la 500 qu’une Moto2 ne l’est d’une MotoGP.

Une Moto2, ça développe 150 chevaux pour 150 kilos alors qu’une MotoGP fait presque le double de puissance pour le même poids.

Quand il dit que sur la moto de Spencer il se serait envolé, c’est certainement vrai car à l’époque, lorsque les jeunes débarquaient de la 250, ils s’envolaient déjà. Il fallait le temps d’apprivoiser la bête.

Je me répète, c’était une autre époque et aujourd’hui, c’est toujours aussi difficile d’être devant. La difficulté de faire la différence par rapport aux autres, c’est quelque chose d’immuable, c’est toujours et ce sera toujours aussi compliqué. Depuis toujours, ça requiert les mêmes qualités. Un bon pilote est un bon pilote ! Qu’il soit sur une trottinette, une MotoGP, une 250 ou une 500. La preuve avec Rossi. Si aujourd’hui il est vieillissant, il a su gagner avec des 125, des 250, des 500, des MotoGP 800, des 1000…

GPi : L’électronique a-t-elle porté préjudice au spectacle ?

Je pense qu’on ne doit pas parler comme ça. C’est un autre temps. Et puis, ça dépend ce qu’on entend par spectacle. Si je remonte un peu plus en arrière, c’est-à-dire jusqu’au début des années 90 car après, l’arrivée des moteurs BigBang a apporté plus de souplesse, les courses de motos étaient des trompe-la-mort. Ça faisait partie du spectacle d’aller sur un circuit et de voir des accidents !

Le sport a changé et on ne peut certainement pas critiquer le fait qu’il en soit ainsi. Il faut vivre avec son temps et c’est ce qu’a fait la moto. Personnellement, je n’ai pas envie de comparer et de dire que le sport a été dénaturé. Je pense, au contraire, qu’il a évolué dans le bon sens.

GPi : Une MotoGP est un monstre de puissance et pourtant, il faut être très souple avec la machine pour en tirer le meilleur parti. A ton époque, sans électronique, c’était tout l’inverse ?

Non, pas du tout. Il fallait, avec ton corps, arriver en un coup de gaz, en un coup de rein et sur l’angle maximum, à la mettre la moto en travers pour ensuite gérer avec les gaz. Il fallait donc avoir le bon coup de rein. C’était assez délicat et ce n’était pas en brutalisant la machine qu’on y arrivait. Ce n’était pas facile à réaliser et c’est aussi pour ça qu’à l’époque, il y avait de nombreux styles de pilotage différents. Chacun le faisait un peu comme il le sentait, en fonction de ses réglages, de sa moto, du circuit.

Il y avait le style de Doohan, celui de Schwantz, très différent, et tant d’autres…l’important était d’arriver à faire glisser l’arrière au moment tu remettais les gaz et tu contrôlais toute la sortie de virage en travers.

Pour ce qu’il en est aujourd’hui, j’ai du mal à dire comment exploiter au mieux l’électronique puisque je ne suis plus sur la moto. Il faut certainement en mettre un minimum pour pouvoir continuer à glisser mais assez tout de même pour ne pas glisser de trop et ne pas trop user les pneus.

Idéalement, il faut toujours arriver à la mettre en travers d’un coup de rein et contrôler la glisse. Mais bon, à l’heure actuelle, personne n’a encore vraiment expliqué comment il faut procéder mais ça, c’est logique, les explications elles arrivent toujours 10 ans après.

GPi : On sait qu’il fallait et qu’il faut toujours être extrêmement précis sur une moto pour aller vite. Est-ce que l’électronique aide à plus de précision ?

Avant, on était un peu plus en glisse. Lorsqu’on abordait un virage, si on arrivait un peu plus fort, on pouvait adapter un petit peu plus sa trajectoire et sa glisse. Evidemment, il y avait une manière idéale de passer le virage mais il y avait plus d’espace pour rectifier le tir puisqu’on pouvait mettre la moto davantage en travers alors que maintenant c’est moins évident puisque l’électronique va vous en empêcher. Il faut donc être beaucoup plus précis. Il faut donner la bonne information, c’est-à-dire le bon coup de gaz, la bonne trajectoire et le bon angle, à l’ECU puisque c’est lui qui gère. Disons que sans l’électronique, il y avait peut-être un  peu plus de place pour l’improvisation.

GPi : Alors, c’est peut-être parce qu’il y avait plus de place laissée à l’improvisation qu’on estime que le spectacle qu’offrait ces motos sans électronique était plus beau ?

Oui dans le sens où ça permettait d’avoir beaucoup plus d’approches différentes avec le même résultat mais comme je le précisais en début d’interview, faire la différence demande toujours les mêmes qualités. Un Marquez apporte quelque chose de nouveau et est plus fort que les autres. Mais il l’aurait aussi été à mon époque. Intrinsèquement, Il est fort et s’il a compris comment exploiter une moto moderne, je pense qu’il en aurait été de même s’il avait fait carrière dans les années 80. Au final, électronique ou pas, c’est le pilote qui reste au centre des débats et des performances. Par expérience, je peux dire que c’est d’ailleurs ce qui fait le charme de la moto par rapport à la voiture. Le pilote occupe une part beaucoup plus importante sur deux roues que sur quatre.

GPi : Le Championnat Moto 2 a beau avoir été décrié, il faut admettre que, ces dernières années, il était plus beau à regarder que celui de la catégorie reine et justement, il n’y a pas d’électronique embarquée sur la moto. N’est-ce pas là une preuve du rôle de tue spectacle de l’électronique ?

C’est vrai que le championnat Moto2 est beau. C‘est moins spectaculaire que les 500 de l’époque car elles manquent de puissance toutefois, c’est vrai que les courses sont plus disputées mais je ne sais pas vraiment pourquoi.

GPi : Peut-être parce que tout le monde dispose, à peu de chose près, du même matériel et que l’électronique ne rend pas le pilotage aussi linéaire?   

Comme on le disait, pour être rapide, l’électronique t’oblige à être très précis et très régulier et dans cette catégorie, ils le sont tous. En étant très précis, ils alignent des tours au dixième près à chaque passage parce que l’assistance de l’électronique permet d’être très régulier. Du coup, les différences entre les pilotes sont minimes. Prenons un exemple, lorsqu’un pilote est à 100%, il va tourner en 1.42.3 alors que son adversaire va peut-être tourner en 1.42.4 et si les deux restent à 100%, il ne se passe rien. Le premier tour, il y aura un dixième d’écart, au second il y en aura deux et ainsi de suite. Donc, tant que le pilote devant ne rencontre pas un ou l’autre problème ou qu’il ne souffre pas d’usure des pneus, c’est impossible de faire la différence. Alors qu’en Moto2, puisqu’il n’y a pas d’électronique, c’est beaucoup plus difficile d’être précis et régulier. Le pilote aura donc beaucoup plus de mal à reproduire à chaque tour son chrono idéal parce qu’il n’a pas mais aussi parce qu’il ne recherche pas la précision qu’apporte l’électronique. Il va donc piloter à sa manière et il y aura des écarts de performance. Et ce sont ces écarts qui permettent la bagarre.

GPi : Du coup, penses-tu que le passage du Moto2 au MotoGP, est plus difficile que celui de la 250 à la 500 ?

Non, je ne crois pas. Marquez va juste devoir être plus régulier et contrôler sa fougue car dans cette catégorie, normalement, tu tombes moins puisqu’en gros, l’électronique limite les chutes. En tout cas, empêche de chuter de l’arrière puisqu’il n’y a pas d’électronique sur l’avant. Pour se battre pour le titre, il faut apprendre à moins chuter et à être plus régulier dans ses performances. A l’heure actuelle, Marquez est encore un peu brouillon, à la manière du Moto2. C’est son travail d’apprentissage ».     

Stay tuned !

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