Alexis Masbou : « il ne faut pas rêver, on n’ira pas chercher les KTM »



En 2012, Alexis Masbou pouvait enfin réellement faire l’étalage de tout son talent en accrochant notamment son premier podium en Allemagne.

Malheureusement, la suite était moins réjouissante puisqu’il se blessait sérieusement lors d’un test privé, à Vallelunga, et manquait la seconde partie de la saison.

Mais cette blessure qui, aujourd’hui encore, le gêne dans sa vie de tous les jours, allait avoir pour autre conséquence de le fragiliser dans les négociations pour la saison en cours.

En effet, il aura fallu attendre le 12 janvier pour que le Français annonce sa signature avec Ongetta – Rivacold.

Malgré des tests hivernaux compliqués, pour ne pas dire inexistants et toujours convalescent en début de saison, Alexis Masbou réalisait pourtant l’exploit d’occuper, jusqu’à sa dernière mésaventure en Allemagne (panne dans le tour de chauffe), la place de meilleur pilote Honda au classement général.

C’est donc une saison globalement positive même si l’amertume de se sentir limité par un moteur Honda bien pâle est malgré tout présente.

A quelques jours de la reprise à Indianapolis, nous sommes revenus, avec lui, sur cette première moitié de saison.    

« GPi : Avec les bons résultats, nous n’avons plus parlé de ton état physique, mais on sait combien tu as souffert depuis ta chute la saison dernière et ta fracture du fémur. Où en es-tu maintenant?

Ca va beaucoup mieux et c’est vrai que sur la moto, je ne rencontre plus de problèmes particuliers et que dans la vie de tous les jours, c’est également beaucoup mieux.

Mais bon, par exemple, je ne peux toujours pas courir car ça me fait encore beaucoup trop mal. La semaine dernière, j’ai passé des tests physiques pour voir où je me situais et je ne suis plus très éloigné de mon état de forme de 2010 à pareille époque.

C’est évident que je n’ai pas encore récupéré mon niveau physique de 2011 et 2012 mais je commence à me rapprocher de quelque chose d’à peu près normal. 

Les muscles commencent à réapparaître mais c’est un travail de longue haleine pour lequel je travaille tous les jours. J’avance petit à petit et là, ça commence à évoluer correctement.

GPi : Tu t’es blessé il y a 11 mois et à l’heure actuelle, tu ne sais toujours pas courir ! Nous ne pensions pas que la blessure était aussi grave !

C’est clair que la blessure était grave mais il faut dire que j’ai toujours une broche dans la jambe et que je me demande si ce n’est ça qui provoque les douleurs intenses que je ressens dans le genou lorsque je cours.

Vu que que musculairement parlant, je suis un peu en dedans et que j’ai encore la broche dans la jambe, je préfère éviter de courir parce que je ne veux pas forcer, histoire d’éviter de mettre trop de contrainte sur cette jambe. Dès lors, je travaille différemment en privilégiant le vélo.

GPi : Quel bilan tires-tu de cette première moitié de saison ?

Nous pouvons nous montrer relativement satisfaits car nous partions avec un bon nombre de difficultés dues au fait qu’avec ma blessure, nous n’avions pas pu mener beaucoup de tests. Du coup, dès le début, nous avions pas mal de retard par rapport à nos concurrents.

Malgré ce déficit, nous avons pu faire ce qu’il fallait pour marquer de bons points et ensuite nous avons toujours progressé. Ca fait maintenant plusieurs courses que nous sommes régulièrement meilleur pilote Honda.

On a vu à Assen et en Catalogne que ce qui m’a manqué c’est un bon départ et deux trois bons premiers tours car si j’avais su accrocher un meilleur groupe, j’aurais pu finir meilleur pilote Honda et beaucoup plus près des hommes de tête.

Donc pour l’instant, on peut dire que ça va plutôt bien puisque sans notre panne en Allemagne, nous serions leader Honda au classement général.

Après, c’est évident que ce n’est pas spécialement ce que j’espérais en débutant la saison car je pensais sincèrement que nous serions plus près des KTM. Mais nous sommes vraiment trop limités par notre moteur et on ne peut rien faire pour l’instant.

GPi : On voit en effet que les KTM sont au-dessus du lot en 2013, mais même si c’est dans une moindre mesure, la Kalex KTM de Folger peine également. Dès lors, l’avantage des KTM se trouve au niveau du moteur, du châssis ou d’une combinaison des deux ?       

De notre côté, on a un manque au niveau du moteur et ce n’est pas qu’en vitesse pure parce que par exemple, sur des circuits comme le Mugello ou Barcelone, on n’a pas souffert d’un écart trop important sur les meilleurs pilotes. En revanche, sur certains circuits plus petits où on aurait pu penser que nous serions plus proches, comme à Assen, c’est là que nous avons été relégués le plus loin. C’est sur les circuits où il y a beaucoup de relances qu’on peut sentir que les KTM sont bien meilleures que nous.

GPi : En début de saison, tu te plaignais d’avoir du mal sur l’entrée en virage avec ta FTR Honda. Où en est-on ?

On a énormément travaillé sur ce point et on a trouvé des solutions. Ca fait maintenant quelques courses que je me sens plus à l’aise, que je peux rouler seul et faire des chronos réguliers. Mais je pense qu’on peut faire un petit peu mieux. Je commence à être à l’aise mais il manque encore un petit quelque chose sur cette entrée en virage.

On essaye d’y travailler. On a fortement amélioré le freinage et la glisse de la moto, mais en milieu de virage, je manque encore de vitesse et je ne suis pas totalement à l’aise.

Quelque part, c’est encourageant car on sait qu’on peut encore s’améliorer et nous rapprocher des leaders même s’il ne faut pas rêver, on n’ira jamais chercher les KTM sauf dans des conditions particulières.

GPi : D’autant plus que chez KTM, on ne s’arrête pas non plus !

C’est un peu ça le problème. On a vu que les KTM, il y a deux semaines, étaient déjà en piste. Ils n’arrêtent pas le développement alors que chez Honda, c’est pratiquement l’inverse puisqu’on réduit la puissance des moteurs !

On nous a encore demandé de la réduire au Sachsenring parce qu’il y avait des casses et qu’ils ne voulaient prendre aucun risque. 

Mais bon, au final, on se retrouve avec des motos moins performantes que celles dont on disposait la saison dernière. 

C’est frustrant de travailler et de se battre avec une moto qui a un potentiel bien plus élevé mais qu’on ne peut pas exploiter au risque de casser !

Depuis Jerez, on nous demande de limiter le régime des moteurs. On est d’abord passé à 13800 au lieu de 14000 et en Allemagne, on nous avait demandé d’encore descendre un petit peu. Au final, personne ne l’a fait parce qu’on est déjà trop loin que pour encore réduire la puissance. On se dit qu’il vaut mieux prendre des risques plus tôt que d’être inexistant.

GPi : Au Sachsenring, tu as abandonné avant même de pouvoir prendre le départ ; Que s’est-il passé ?

Nous sommes quasiment certains qu’il s’agit d’un problème électrique. Nous avons trouvé un capteur qui était peut-être défaillant. L’équipe a passé son temps, lors de la trêve, à tout vérifier et pour Indianapolis, ils vont tout changer. C’était évidemment décevant que ça arrive le jour de la course. Nous n’avons jamais rencontré le moindre problème depuis le début de la saison et là, en Allemagne, dès le warm-up, le capteur a commencé à faire des siennes et malheureusement, on n’a pas pu trouver la faille avant le début de la course.

GPi : Depuis le début de la saison, c’est en course que tu impressionnes alors que sur l’exercice des qualifications, tu sembles avoir plus de mal.     

Cette saison, je travaille seul en piste. Avec l’équipe, nous nous focalisons sur l’usure des pneus, sur la fin de course et sur le rythme. On a décidé de travailler seul car au final, sur la distance de la course, on ne peut pas suivre les KTM. Il vaut mieux avoir un bon rythme sur l’ensemble de la course, plutôt qu’un bon rythme sur trois ou quatre tours avant de baisser pavillon.

Jusqu’à présent, ça a payé puisqu’on arrive souvent à finir premier pilote Honda mais il faudrait que je puisse partir avec le groupe qui est devant avec les Mahindra.

Je pense que si nous pouvons y arriver, nous avons les capacités et le rythme pour terminer devant elles.

GPi : Vous attendez quelques évolutions sur la moto ?

Non, rien du tout. A mon avis nous n’aurons plus rien avant la fin de la saison même si des gens disent que nous recevrons une chose ou l’autre.

La seule chose qui pourrait peut-être arriver c’est que Honda trouve une solution sur les bielles qui cassent et qu’on puisse remettre la pleine puissance des moteurs. Mais bon, ça fait déjà depuis le Qatar qu’en théorie, ils sont en train de développer une nouvelle bielle et on n’a toujours rien reçu donc je n’y crois pas car là, on part pour trois courses et ensuite il n’en restera que cinq. Sortir une nouvelle bielle pour 5 courses, je suis sceptique.

GPi : Comment vit-on la situation dans l’écurie. Comment se passe votre collaboration ?   

Depuis le début de la saison, nous sommes en constante progression, nous sommes parmi les meilleurs pilotes Honda, on s’entend bien et surtout, on travaille bien ensemble. Je suis très satisfait de ce point de vue. Après, bien entendu, nous sommes tous un peu amers car on espérait mieux et on sait qu’on pourrait y arriver avec de meilleures motos. Nous sommes bloqués par le matériel et forcément, tout le monde est un peu frustré. Mais on se rattache à notre objectif qui est de terminer premier pilote Honda et de pouvoir nous dire, en fin de saison, que nous avons tiré le maximum du matériel à notre disposition.

GPi : et avec seulement 5 points de retard sur Miller, l’objectif est largement réalisable.

Pour l’instant, c’est largement réalisable mais il faut tenir compte du fait qu’on ne marque pas énormément de points par course puisque les gros points c’est pour le top 5.

S’il y a un Grand Prix où les conditions sont difficiles, nous devrons marquer beaucoup de points pour nous détacher quelque peu. Si cette occasion se présente, il ne faudra pas la manquer.

On peut viser la cinquième place du classement général mais ce sera tout de même compliqué parce que les Mahindra progressent à chaque course. Il faut essayer de s’y accrocher malgré un matériel légèrement inférieur.

GPi : 2014 ?

Nous sommes en plein dans les négociations. Ça parle beaucoup mais c’est évidement compliqué de pouvoir déjà dire des choses à ce sujet car tout évolue très vite. Je cherche en Moto2 et en Moto3. J’espère pouvoir obtenir le meilleur package possible et travailler sereinement. Beaucoup de teams sont intéressés mais après, la question, comme toujours, c’est de savoir si oui ou non, on pourra réunir le budget nécessaire pour avoir à notre disposition, un matériel qui nous permettra de jouer le titre en Moto3 ou pour passer en Moto2.

L’idéal serait de récupérer une KTM d’usine mais il y en aura très peu et ceux qui roulent dessus amènent énormément d’argent.

GPi : Connaissant Honda, tu ne penses pas qu’un jour ils seront vraiment vexés et qu’ils tenteront de sortir quelque chose de bien ?

Peut-être mais je pense aussi que si la règlementation sur le régime moteur reste bloquée à 14000 tours minute, chez Honda, on ne sera pas intéressé de sortir quelque chose de meilleur et j’irais même plus loin en disant que si cette règle ne change pas, Honda pourrait ne plus être là la saison prochaine.   

GPi : Mahindra (Suter) pourrait être amené à se développer alors ?

Oui je pense mais si tel est le cas, il faudra voir s’ils peuvent franchir le pas supplémentaire et aller chercher les KTM sans casser les moteurs.

Suter a fait un énorme travail pour une première saison, il faudra voir sa capacité à aller plus loin. Les Mahindra disposent d’un excellent châssis. Reste un pas à franchir côté moteur.

GPi : pour terminer parlons un peu de ton projet de film documentaire. Où en êtes-vous ?

Le projet avance bien mais pour l’instant, nous n’avons pas d’annonce supplémentaire à faire. Cependant, il y en aura peut-être bientôt car de nouvelles personnes ont rejoint l’équipe pour obtenir un projet encore plus abouti.  C’est un petit projet mais qui grandit bien.

Lors de la trêve estivale, nous avons passé beaucoup de temps avec Fred Astié, le réalisateur. Il est entré un peu plus dans mon intimité et plus on progresse, plus je suis convaincu que le résultat final sera chouette.

GPi : Donc tu t’es habitué d’être filmé…

(Rires) Disons que ça commence à fonctionner. Depuis le début, Fred me demande d’être le plus naturel possible et de m’habituer à sa présence. Ca fait maintenant plusieurs mois qu’on travaille ensemble et qu’on se voit régulièrement.

Je me sens de plus en plus à l’aise et je commence à faire abstraction de la caméra. C’est l’avantage d’avoir planifié ce projet sur un laps de temps assez long ».

Stay tuned !

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