Valentino Rossi: La presse Italienne, Agostini et Cadalora



Valentino Rossi et son profil atypique n’ont pas toujours fait l’unanimité en Italie. Quand il remportait des courses et des titres, ces voix dissidentes restaient relativement muettes. Maintenant qu’il se situe en milieu de grille et qu’à l’heure où j’écris ces lignes, on se demande comment il fera pour se mêler à la lutte pour le podium, ses adversaires n’ont plus de raison de se taire.

Alors où en est-on ? Inquiétudes chez ses fans, espoirs chez ses adversaires ? Le débat fait polémique et pourtant…

Nous sommes dimanche, il est vingt heures et 7.186.000 Italiens sont rivés devant leur poste de télévision, ce qui fait du Grand Prix de Moto GP la retransmission la plus suivie de la journée.

Vingt heures quarante, le Grand Prix est terminé. Honda vient de récolter les lauriers qu’on lui avait prédits en plaçant quatre motos aux cinq premiers rangs. La fête aurait pu être totale mais c’était sans compter sur le talent et la ténacité d’un Lorenzo, plus que jamais décidé à défendre son titre bec et ongle, virage après virage, centimètre après centimètre. Rossi, lui, il s’est qualifié en neuvième position et boucle sa course au septième rang. Loin derrière les six premiers puisque le sixième, Ben Spies, termine avec 6 secondes d’avance, mais également loin devant ses poursuivants puisqu’il compte 10 secondes d’avance sur Edwards, le huitième.

Certes, la septième position n’est pas la place à laquelle on attend Rossi, mais n’est-il pas là où sa moto lui permet d’être à l’heure actuelle ? Rappelons-nous ses paroles lors de sa première conférence de presse en rouge donnée sur les hauteurs de Madonna di Campiglio lors de l’édition 2011 du Wrooom. A cette occasion Rossi avait été clair en déclarant qu’il ne serait pas en mesure de se battre pour la victoire avant le début de l’été. La tendance était alors de se demander si ses paroles étaient à ranger dans la catégorie info ou intox, tant l’Italien a toujours été maître dans l’art de brouiller les pistes. A l’époque, nous étions de ceux qui avaient pris cette nouvelle pour une info, nous écrivions d’ailleurs : « Là où un autre aurait été rassurant pour ses fans et son employeur en visant une satisfaction de l’instant, Valentino a préféré dire la vérité, et à la rédaction, on pense que dire la vérité était déjà une manoeuvre habile de la part du nonuple champion du monde […] parce que c’est là une belle manière de se débarrasser de la pression que ne manquera pas de lui mettre la presse italienne, laquelle pourrait vite se montrer impitoyable en cas de contre performance. En effet, tout le monde en Italie semble exiger de lui une victoire dès le premier rendez vous au Qatar. »

Maintenant que le premier Grand Prix de la saison est derrière lui, nous avons décidé de nous pencher sur la presse transalpine afin d’analyser ce qui y est dit.

La célébrissime Gazzetta dello Sport, titre « Vale demande un mois et demi – Sera-ce suffisant pour battre Stoner ? ». Le journaliste se lance alors dans une analyse où il ne manque pas de rappeler que Stoner a, quant à lui, gagné 3 Grand Prix en 2010 au guidon de la GP10 et qu’en 2007 il a même été champion du monde. C’est, à mon humble avis, une analyse largement insuffisante.

Premièrement parce que la vérité du jour n’est pas celle du lendemain. Certes, la Desmosedici ne doit pas être devenue une moto moribonde sur l’espace d’un hiver, mais c’est aussi naïf de ne pas prendre en compte le fait que les autres, à savoir le HRC, ont travaillé d’arrache pied pour offrir à leurs pilotes une machine compétitive. Quand le journaliste de « GP one » demande à Stoner s’il pense que la Ducati, avec lui, marcherait mieux que ça, l’Australien, plein de bon sens répond : « C’est une question à laquelle il est impossible de répondre. Certes, je suis un peu surpris de voir comment Valentino s’est comporté en course mais ne pensez pas que Rossi restera ainsi derrière pendant trop longtemps. »

Notre avis est qu’il est impossible de comparer deux situations diamétralement opposées. Rossi a besoin de temps pour son épaule et pour comprendre comment cette moto fonctionne. Finalement avec la Ducati, ça passe ou ça casse, il suffit de jeter un œil aux pilotes qui se sont cassés les dents et leur ambition dessus pour comprendre que la Desmosedici, mis à part peut être pour l’Australien, est une moto difficile à prendre en main. Melandri, Gibernau et, dans une moindre mesure, Bayliss en sont les preuves vivantes.

Ensuite, si Casey Stoner a été champion du monde en 2007 avec cette machine, il ne faut pas oublier qu’elle lui a aussi donné énormément de fil à retordre, on en veut pour preuve le fait qu’en 146 départs pour le constructeur de Borgo Panigale, il est tombé à 32 reprises, soit un total de 21,91 % de chute.

Une autre donnée est négligée par cet analyste et elle est de taille ! On peut finalement estimer que sur les quatre années passées sur la Ducati, Stoner n’en a trouvé qu’une seule fois les clés et, circonstance aggravante, lors de la saison écoulée, l’Australien a terminé sur la quatrième marche du podium derrière deux…Yamaha dont une, celle de Valentino Rossi, a manqué quatre Grand Prix. Ces mêmes Yamaha qui aujourd’hui se qualifient à huit dixièmes de la pole.

Nous pensons donc que se servir des résultats de Stoner sur Ducati, non seulement n’a aucun sens mais en plus, est largement prématuré puisque Stoner a pris 146 départs au guidon de la Desmosedici alors que le compteur de Rossi n’en affiche encore qu’un seul.

Enfin, parmi les Ducatistes, l’Italien est le seul à avoir réellement tiré son épingle du jeu à Losail. Hayden, son équipier, est neuvième à plus de dix secondes. Barbera est douzième à 18 secondes, Abraham, treizième à 21 secondes, de Puniet est tombé et Capirossi a abandonné. En comparaison, chez Honda, si on excepte le malheureux Toni Elias, seul Aoyama se trouve au-delà de la cinquième position, ce qui en dit long sur la disproportion actuelle entre les machines.

Dans le Corriere dello Sport, la remise en question porte non pas sur le talent de Rossi, mais plutôt sur son choix de s’être lié à Ducati. Ainsi on peut y lire que Stoner a intelligemment choisi de lier sa destinée à Honda et à une moto qui, pour le moment, ne présente que très peu de points faibles.
Mais ce raccourci emprunté par ce journal est énorme. En effet, quand l’Australien a choisi de signer un contrat avec le fabricant de Tokyo, rien de l’extérieur ne permettait de penser que la Honda serait à ce point dominatrice. Lorenzo venait de signer quelques succès d’affilée et Pedrosa pointait à peine le bout de son nez.
Ensuite, Rossi est un homme de défi et à 32 ans, après avoir remporté trois titres avec le HRC et s’être brouillé avec la direction nippone, quel aurait été son intérêt de retourner dans cette écurie ? Peut-on lui reprocher d’avoir opté pour une écurie Italienne et pour le défi dont une partie de l’Italie rêvait?

En tout état de cause, Rossi n’a, pour sa part, aucun regret. C’est du moins ce qu’il a répondu au journaliste de ce quotidien : « Ce serait facile, maintenant que les choix ont été faits, d’incriminer. Personne ne peut savoir quelle aurait été la situation si j’étais resté chez Yamaha, probablement qu’elle n’aurait pas été si différente de ce qu’elle est aujourd’hui. »

« Lors des tests hivernaux, je n’ai jamais pu obtenir mieux qu’une neuvième ou une dixième place dans la hiérarchie. Arriver septième en course n’est pas si mal au vu de mon état. Si mon épaule avait été en bonne condition, j’aurais certainement pu me retrouver avec Dovizioso et Simoncelli et me battre pour la quatrième position mais pas plus. Avec Ducati, nous avons parlé de ce qui devait encore être amélioré, maintenant nous avons un peu de temps. Je dois réussir à garder de la force au niveau de mon épaule pour ne plus avoir de crampes en fin de course. »

La Repubblica est certainement la plus virulente avec Rossi ! Elle lui donne un petit 6,5 pour la façon dont il s’est dépatouillé dans son nouveau rôle. Le journaliste se lance alors dans une analyse mêlant un peu tous les styles.

Il commence par les sarcasmes en rappelant que Rossi, qui était habitué à trôner dans le champ des caméras, a eu bien du mal à se faire voir lors de ce GP. Il estime aussi, de façon incompréhensible, qu’avec le jaune de Rossi qui a réussi à remplacer le rouge Ducati, la silhouette de l’Italien se confond avec celles des pilotes Honda.

Il analyse ensuite les progrès que la GP11 devra réaliser. Progrès qui, selon lui, représentent ni plus ni moins une remise en cause de la philosophie de l’entreprise Ducati. C’est en effet ce qu’on a pu lire à de très nombreuses reprises dans plusieurs magazines spécialisés. Personnellement, je pense que le problème ne doit pas être posé de cette façon. Alors qu’elle aborde sa neuvième saison, la Desmosedici a remporté un seul titre et a été proche d’un second lors de sa première saison, en 2003, avec Loris Capirossi. A côté de ça, comme rappelé plus haut, elle a broyé de nombreux pilotes et non des moindres et contrairement à Honda ou Yamaha, ses écuries satellites sont systématiquement en fond de grille. Dès lors, la question, à mon sens, se pose plutôt en ces termes : n’est-il pas judicieux, pour Borgo Panigale, de s’être adjoint les services d’un metteur au point hors norme afin de transformer cette moto et de la rendre plus conduisible ? Se servir d’une sacro-sainte philosophie de Ducati pour insinuer que le fabricant Italien s’est trompé en engageant Rossi me semble être dénué de sens et certainement contre productif.

Enfin, sur un ton plus complaisant, le journaliste conclut en écrivant que, compte tenu des conditions actuelles, la moto est trop exigeante pour Valentino qui, au bout de douze ou treize tours passés à compenser avec la jambe les manquements de son épaule, ressent des douleurs trop fortes pour suivre la tête de la course.

Bien entendu, les critiques les plus virulentes, c’est sur les forums de ces quotidiens qu’elles se retrouvent. C’est là que la part belle est faite aux anti-Rossi. Mais au final, quoi de plus normal, il en va ainsi avec tous les grands champions. Les résultats exceptionnels de certains engendrent souvent la jalousie des autres. C’est le cas pour Rossi, comme cela l’a été pour Michael Schumacher, comme cela l’est aussi pour Justine Henin et comme à l’avenir cela le sera aussi peut être pour Lorenzo, Stoner, Marquez ou Andrea Iannone…

La presse Italienne est sans pitié, virulente, sensationnaliste et elle n’hésitera pas à brûler Rossi si elle peut y trouver des lecteurs. A côté de ces grands quotidiens, qui font l’info, il existe très heureusement une presse plus spécialisée capable de dresser des bilans objectifs de la situation. C’est notamment le cas de l’excellent site moto gpone.com mais aussi du très pointu motoblog.it !

Enfin, pour terminer cette petite revue de presse, nous laisserons la parole à deux grands champions italiens. Luca Cadalora et l’incontournable Giacomo Agostini.

Luca Cadalora : « Valentino Rossi est un pilote extraordinaire qui a fait des choses uniques dans l’histoire de la moto, mais je suis convaincu qu’il serait mieux qu’il gagne en 2012. Je le dis pour lui. Il ne doit pas se mettre trop de pression tout de suite pendant cette première saison en rouge. Il a beaucoup de choses à faire : la Desmosedici d’aujourd’hui est réglée d’une façon très éloignée de ce dont Rossi a besoin. Il doit la changer et puis il y arrivera, mais il a besoin de temps. Les motos de Vale ont toujours été aux antipodes, avec un moteur haut en régime, super réactives, extrêmes, délicates à mettre au point et même parfois trop. Mais elles lui plaisent comme ça, il marche fort avec celles-là. L’histoire de Rossi dit que le pilote et que l’équipe technique qui le suit depuis tant d’années ont toute l’expérience requise pour transformer la Ducati. » (Tutto Sport)

Giacomo Agostini, quant à lui, se dit confiant : « Rossi veut gagner à tout prix et il ne se contera pas de ça. Quand je suis passé de la MV Agusta à la Yamaha, j’ai dû, moi aussi m’adapter, mais Rossi y arrivera grâce à sa grande vision tactique. » (Corriere dello Sport)

Le sujet n’était pas de défendre Rossi à tout prix ou de dévaloriser les prestations de Stoner sur la Desmosedici de Borgo Panigale, mais simplement de rendre un peu d’objectivité à un débat qui finalement n’en est pas un. Valentino se fait plus vieux et ses adversaires semblent être plus compétitifs que jamais, ce n’est pas pour autant que le transalpin doit être condamné à l’avance. Il faut lui donner du temps. Brûler après un seul Grand Prix, l’icône de toute une génération de motards et de « tifosi » me semble largement prématuré. Sa carrière et son talent (on ne remporte pas neuf titres par pur hasard), imposent que lui soit octroyé du crédit. Ce sera maintenant à lui de faire taire la critique mais il est un fait certain que l’entreprise ne sera pas aisée et que le chemin est encore long pour amener la GP11 au sommet de la hiérarchie. Le prochain rendez-vous est fixé dans une dizaine de jour sur le circuit de Jerez, ensuite, au vu des évènements dramatiques qui ont secoué le Japon, le MotoGP s’offrira une pause qui profitera certainement à Rossi dans l’optique de la récupération physique de son épaule.

Notez encore qu’en ce qui concerne le concours Valentino Rossi, ce sont des facteurs indépendants de notre volonté qui nous poussent à devoir repousser quelque peu l’annonce de notre grand gagnant, mais n’ayez crainte, le T-shirt dédicacé du maestro italien vous attend et nous mettons tout en œuvre pour réduire au maximum le délai d’attente. Nous communiquerons sur ce sujet dès que possible alors, en attendant…Stay tuned !


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