Xavier Simeon : « Il ne me manque pas grand-chose, et je veux aller chercher ce ‘pas grand-chose’ »



Après deux saisons compliquées chez Tech3, Xavier Simeon prenait la direction de la structure espagnole, Stop and Go, en 2013.

Fort d’un premier podium et d’une saison consistante, le Belge attirait les regards de Fausto Gresini, le propriétaire de la structure portant le même nom qui, en 2010, devenait la première équipe championne du monde de la catégorie avec Toni Elias.

Son transfert entériné, le Belge prenait donc la direction du garage italien et essayait, pour la première fois, la Suter à Jerez lors des premiers essais hivernaux.

A quelques jours de la reprise, nous avons donc partagé un moment avec lui afin de dresser le bilan de la saison précédente et d’établir les lignes de force de la suivante.

GPi : La saison dernière, ta troisième en Moto2, tu as pris une autre dimension. Comment est-ce que tu expliques ce changement ? Moto ? Entourage ? Préparation ?

XS : Je pense que c’est un ensemble de choses. C’est clair que 2011 et 2012 ont été deux saisons qui n’auront pas été faciles pour moi parce que, lorsque les résultats n’arrivent jamais vraiment, vous vous posez tout de même la question de savoir si vous êtes la propre cause de vos malheurs ou si c’est votre machine qui est en cause.

Au final, vous finissez toujours par vous dire que c’est vous. Vous avez beau travailler sur vous-même et penser positif, les bénéfices n’arrivent pas.

Mais cette année, mentalement, le fait d’avoir été pris en charge par Zelos, qui m’a notamment donné la possibilité de travailler avec Eric Lambert (son préparateur physique), a changé beaucoup de choses.

Le fait de changer de châssis a également modifié mes perspectives. En passant de la Mistral à la Kalex, l’approche s’est transformée puisque ce châssis avait déjà gagné auparavant. Il n’y avait plus besoin de se poser la question de savoir si c’est vous ou la moto parce que, si vos adversaires peuvent gagner avec, ça ne peut être que vous.

GPi : Le fait d’être le numéro un de l’équipe t’a également apporté plus de sérénité ?  

XS : Ce qui est clair en tout cas, c’est que si je n’étais pas le numéro un,  je voulais l’être. Comme je l’avais dit en début de saison, je savais que Marcel (Schrötter) avait du talent mais il n’était pas question qu’il passe devant et qu’il prenne le dessus. C’était une bonne année de transition, j’ai pu passer du châssis Tech3, assez compliqué, à la moto Championne du Monde en 2011, vice-championne en 2012 et championne en 2013.

C’était donc un grand pas en avant et le fait d’être chez Stop and Go, une écurie qui n’avait pas spécialement l’ambition de devenir championne du monde, a constitué une étape cruciale. J’avais besoin d’une année de reconstruction, je devais enfin savoir si les problèmes venaient plutôt de moi ou plutôt de la moto, savoir si oui ou non, j’avais perdu la capacité à aller vite sur deux roues.

Et comme chez Stop & Go, vu les résultats des années précédentes, une septième place était déjà quelque chose d’exceptionnelle, j’ai pu me poser et travailler à cette reconstruction.

GPi : Dès le début de la saison, tu as commencé avec une course splendide au Qatar. On se souvient que si, au final, tu ne terminais que dixième, tu avais réussi, un peu comme Valentino Rossi allait le faire deux heures plus tard, à revenir seul sur le groupe qui se battait pour le podium. Ce soir-là, on a senti que 2013 ne ressemblerait ni à 2011, ni à 2012.

XS : Le Qatar a représenté une étape marquante et importante pour moi. Je me souviens avoir eu du mal à me mettre dans le rythme pendant tout le week-end. J’avais d’ailleurs disputé une mauvaise qualification. Mais arrivé le dimanche, les choses ont changé. Je me suis dit que c’était ma journée et que quelque chose devait se passer. Après deux ou trois premiers tours compliqués, où je suis passé de la dix-septième à la vingt-deuxième position, je me suis dit qu’il était temps d’arrêter les conneries et de me reconcentrer sur l’essentiel. Malgré l’obscurité, je voyais les pilotes devant moi qui se battaient pour la quatrième place et à ce moment précis, je pointais à 4,9 secondes.

J’avais décidé d’aller les rechercher et je suis remonté sur le groupe. J’ai donné tout ce que j’avais et à l’arrivée, l’émotion était énorme. Elle mêlait satisfaction et frustration de n’être que dixième en voyant par exemple qu’Aegerter, qui terminait quatrième, n’était pas passé une seule fois sous la barre des 2.02 alors que je venais d’accomplir 13 tours en 2.01.7.    

Ce soir-là, j’ai pris conscience de beaucoup de choses et notamment du fait que disputer des qualifications pareilles, ce n’était plus possible et ça a bien lancé ma saison.

GPi : Et puis arrive ton premier podium dans la catégorie, au Mans, devant tes supporters. Une troisième place qui aurait peut-être même pu se transformer en victoire si la course n’avait pas été arrêtée.

XS : Pendant toute la course, les conditions étaient sèches et puis, il a commencé à pleuviner sur la première partie du circuit. La première chose à dire, c’est que même si d’un point de vue personnel, j’étais passé second et que je revenais sur Redding, la décision de stopper la course était la bonne. J’étais certes dans mon élément, mais j’étais également un peu euphorique et dans ce cas, la frontière entre la piste et le bac à sable n’est jamais très loin.

Ce jour-là, que ce soit sur la plus haute marche ou sur une des deux autres, ce qui était avant tout important, c’était de célébrer le premier podium.

La satisfaction était énorme, pour moi mais également pour Didier (de Radiguès, son manager), pour Freddy (Tacheny, CEO de Zélos) qui, pendant quelques années, ont dû se justifier quant à mes capacités. Je  sais que ça n’a pas été facile pour eux de trouver les budgets car lorsque votre pilote est derrière, les partenaires ne vous tombent pas dessus spontanément.

Ce podium était la consécration du travail de quelques mois, voire, de quelques années et en ce sens, je franchis effectivement un pas supplémentaire par rapport au Qatar. A partir de ce moment, des podiums, j’en veux d’autres !

GPi : On suppose qu’à ce moment, ce sont deux années de galère qui, d’un coup, s’évaporent ?

XS : Mentalement ça a été très difficile. Fin 2012, j’en étais même arrivé à me demander si j’avais encore envie de rouler et de supporter toutes ces critiques. Depuis que je suis tout petit, j’ai roulé dans des championnats nationaux à l’étranger, je suis passé en Championnat d’Europe chez Alstare, j’ai été Champion d’Europe, Champion du Monde et j’ai toujours été considéré comme le petit protégé qui allait y arriver. Et puis, d’un seul coup, je suis passé du statut d’espoir à celui de quantité négligeable et j’ai eu beaucoup de mal par rapport à ça. Qu’on le veuille ou non, les critiques, on les entend, on les voit, on les lit, et puis quand elles ne cessent de se répéter, on n’arrive plus à les gérer. Ensuite, sans vraiment le vouloir, on entre dans une spirale négative qui finit par vous absorber.

Si aujourd’hui, tout ça est différent, c’est grâce à Zélos, Didier de Radiguès, Eric Lambert mais aussi ma famille qui eux, n’ont jamais cessé de croire en moi. Ils ont mis enœuvre les moyens pour me permettre de montrer autre chose que ce que j’avais pu montrer ces dernières saisons et aujourd’hui, l’histoire est bien différente.

GPi : Grâce à eux mais aussi grâce à ton talent…

XS : Oui c’est vrai mais leur rôle reste prépondérant. Je veux dire par là qu’à la base, chez Stop and Go, ils n’avaient pas de Kalex à leur disposition et que sans eux, ils n’en auraient probablement jamais eues. Disons que mon management a cru en moi et a mis tout en œuvre pour que j’y arrive. Ils m’ont offert les moyens de mes ambitions. J’ai envie de dire qu’ils ont fait tout ce qu’ils devaient pour que moi, de mon côté, j’aie carte blanche pour m’exprimer, que je me sente au top.

Si j’avais dû repartir avec une moto moins performante, comme les deux dernières saisons, les résultats auraient probablement été moins bons. Le fait de rouler sur une machine compétitive, et dans une écurie qui a cru en moi, a changé complètement la donne.

Ces personnes ont vraiment tout mis en œuvre pour que je me sente au top ! Ce n’est pas arrivé tout seul. Si j’avais roulé une saison supplémentaire sur une moto moins performante, le résultat aurait été le même que les deux dernières années. En 2013, le fait de rouler sur une moto compétitive et pour une équipe qui croyait à 200% en moi, ça m’a donné confiance!

GPi : Refermons le chapitre 2013 pour ouvrir celui de 2014 avec, tout d’abord, un beau transfert chez Gresini.

XS : En milieu de saison nous avons reçu quelques belles propositions pour la saison à venir, dont celle de Gresini. Dans cette catégorie-là, ce qui fait la différence, c’est l’équipe. Le châssis aussi fait certainement une différence, mais Suter et Kalex se battent devant et font des podiums. Au moment de prendre ma décision, je voulais absolument aller chez Gresini parce qu’ils m’ont démontré l’envie qu’ils avaient de gagner la saison prochaine. Ils sortent de deux années difficiles avec des pilotes qui n’étaient peut-être pas spécialement préparés pour ce championnat. L’équipe m’a montré sa détermination à gagner, que ce soit moralement, techniquement ou financièrement. Gresini voulait absolument que je sois leur pilote, et c’est là qu’il faut trouver le petit plus qui m’a motivé à les rejoindre.

GPi : Maintenant que tu t’es battu pour le top 10, l’objectif est de te battre pour le top 5 ?

XS : Chez Stop&Go, l’équipe était contente quand je ramenais une huitième place, et l’an dernier, c’était également mon cas. Pour ce qui est des résultats, l’an dernier, la deuxième partie de saison a été un peu plus difficile. Ca s’explique par un manque de chance et un manque d’aboutissement dans certaines choses. Je pense que la performance pure était là pour faire des tops 5, donc l’objectif pour l’année prochaine sera de me battre pour ces places. J’ai envie de mettre tous les moyens de mon côté pour essayer de me battre pour le titre. Il ne me manque pas grand-chose, et je veux aller chercher ce « pas grand-chose».

GPi : Tu seras l’an prochain avec Tommaso Raponi, l’ancien chef mécanicien de Iannone et Pasini. Quel a été ton premier contact avec lui ?

XS : Le premier contact a été assez spécial, il avait l’air très froid. Moi qui suis assez ouvert et marrant, je me suis dit « Oulala, ça va être différent ». Finalement après les quelques jours de tests, dont ceux à Almeria où, en raison de la météo, nous n’avons pas su travailler énormément, je me suis rendu compte du côté hyper familial de ce team, bien que d’un autre niveau professionnel. Il y a une ambiance incroyable. On travaille dans le calme, on ne précipite pas les choses, si il y a un problème, on se s’affole pas et on cherche une solution. Je trouve ça bien. Maintenant ce ne sont que des essais, il n’y a pas la même pression que lors des courses mais je pense que personne ne changera du tout au tout.

GPi : Si tu devais le comparer avec ton chef mécanicien chez Stop&Go ?

XS : Je ne sais pas, j’étais très content de mon chef mécanicien de l’an dernier. Ils sont surement très différents mais je n’ai pas de comparaisons à faire. Ils ont chacun leur personnalité et leur caractère.

GPi : A l’image de Tech3, et au contraire de Stop&Go, tu te retrouves de nouveau dans une structure avec plus de moyens, plus de regards sur toi. Plus de roulage également ?

XS : C’est sûr qu’on peut comparer Gresini à Tech3 dans le sens où ils ont un team en MotoGP et un team en Moto2. Mais d’un autre côté, ce n’est pas comparable car Tech3 dispose de son propre châssis qu’ils développent eux-mêmes alors qu’ici je disposerai d’un châssis développé par un constructeur. Ce n’est pas la même philosophie. Je pense que ce n’est en aucun cas comparable. Fausto (ndlr : Gresini) est conscient que c’est difficile de gagner le championnat en MotoGP face aux Repsol et aux Yamaha. Donc, sa seule possibilité est de gagner le Moto2 ou le Moto3, et il se donne les moyens de ses ambitions.

GPi : Un petit mot sur ton équipier qui va découvrir la catégorie, Lorenzo Baldassari ?

XS : Je le connaissais déjà de nom, il était déjà chez Gresini l’an dernier en Moto3. C’est un pilote qui est à l’image du team, c’est-à-dire très sympathique. Il a beaucoup de charisme. L’équipe ne m’a absolument pas demandé de l’aider durant les essais, mais il a été tellement sympa que je lui ai donné un petit coup de main pour qu’il progresse plus vite. En espérant qu’il puisse, lui aussi, m’aider par la suite. Je pense qu’il en sera capable car il a vraiment un gros potentiel pour bien réussir en Moto2.

GPi : En Moto3 il avait beaucoup de difficultés notamment en raison de sa grande taille. Tout comme Gresini, tu as également ressenti qu’il avait du potentiel ?

XS : Oui, dans la catégorie inférieure il était beaucoup trop lourd, il avait quinze kilos de plus que ses adversaires ! Mais pour le moment il fait déjà de très bons chronos. A deux reprises j’ai essayé de l’aider pour qu’il fasse un meilleur chrono, et à chaque fois il y arrive, il n’est jamais très loin. C’est un chouette coéquipier, rien à voir avec Marcel Schrötter.

GPi : Tu nous as dit que tu visais le top 5, mais quand on a goûté au podium…

XS ! : C’est vrai qu’avec les mois qui se sont écoulés, j’ai commencé à oublier la saveur du gradin et j’aimerais bien la retrouver assez vite (rires)

GPi : Dès le Qatar par exemple ! (rires) Chaque année on dit qu’il y a un untel et untel qui part et que donc le championnat sera plus ouvert, mais encore cette année il y a aura de gros clients… Quels sont les adversaires principaux que tu cibles avant le début de saison ?

XS : Je dirais Torres et Terol, Aegerter, Rabat et Kallio. Mais aussi Vinalès, Salom et Lowes qui arrivent. Il y aura aussi Zarco et Luthi mais également Cortese commence à bien comprendre la catégorie.

GPi : Toi qui a vu rouler Viñales, quelles sont tes impressions sur ce rookie ?

XS : Il est vite dans le coup ! Mais Alméria est un circuit qu’il connaît très bien pour y avoir roulé régulièrement, donc ça ne veut pas tout dire mais c’est clair qu’il sera dans le coup. Je pense que Viñales est un peu plus rapide que Salom pour le moment, mais Salom sera dans le coup aussi.

Les dés sont donc jetés et comme tout le monde, nous nous impatientons de voir le résultat de la collaboration, qu’on lui souhaite fructueuse, entre Xavier Simeon et le team Gresini.

Bien entendu, avec un troisième châssis en quatre saisons, on était en droit de se demander s’il n’aurait pas été préférable que le Belge passe une autre saison sur la Kalex.

Ceci dit, les derniers tests de 2013 semblent avoir d’ores et déjà démontrés le contraire puisque dès ses premiers tours de roues, le Belge s’est montré à son aise sur la machine suisse.

En attendant de le retrouver sur les circuits, nous vous rappelons que dès à présent, vous pouvez gagner un pack Xavier Simeon, dédicacé par le pilote, en cliquant ici.

Stay tuned !

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Photo : Lionel Nolette

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