CRT, Moto2, Superbike et crise économique…entretien avec Carlo Pernat



Lors du Grand Prix de Misano, avec Didier de Radiguès, nous avons pu interviewer Carlo Pernat, le manager italien de Loris Capirossi, mais aussi du regretté Marco Simoncelli et nous lui avons parlé des dossiers brûlants de la fin de saison, comme par exemple, le rachat du SBK par le propriétaire du MotoGP, les CRT, la Moto2…

L’italien n’a pas pour habitude d’avoir sa langue en poche…en conséquence, ses interventions sont toujours intéressantes. D’accord ou pas, on appréciera ses prises de position tranchées et sans langue de bois.

Il y a quelques temps d’ici, Andrea Dovizioso donnait son point de vue sur le Moto2 et malgré le spectacle qu’il ne pouvait nier, le pilote italien émettait tout de même de grosses réserves quant à la formation que ces motos apportent aux pilotes.

Carlo Pernat ne tient pas un autre discours. « Moi je suis un fils de la 250 deux temps qui, à un certain moment était même plus en vue que la 500. En 125 aussi on a sorti d’excellents pilotes pour la MotoGP. Du point de vue sportif, le Moto2 c’est quelque chose que je n’aime pas, ces motos ne donnent pas la formation aux pilotes pour entrer dans la catégorie supérieure. Je pense que pour passer de la Moto2 à la MotoGP il faudra deux années d’apprentissage alors que quand tu sortais de la 250, tu avais déjà la capacité de piloter une MotoGP de façon intéressante (Pedrosa, Stoner, Rossi…) »

Que ce soit la CRT, la Moto2 ou la Moto3, toutes ces innovations sont faites pour dépenser moins d’argent. La Dorna mène la guerre aux coûts mais pour Carlo Pernat, la solution envisagée n’a pas d’avenir car elle n’est pas assez radicale. « La Dorna et le Superbike sont maintenant la propriété de la même maison et à l’heure actuelle, il n’y a pas de ressources suffisantes pour combiner deux championnats du monde. Selon moi, ces deux championnats doivent courir ensemble et limiter le Moto2 et le Moto3 à un championnat d’europe, car ça n’a pas de sens de courir au Japon ou en Australie pour 3 personnes.

Par exemple, à Misano, vous commencez le jeudi avec les tests de la Superbike, le samedi la première manche et le dimanche, en apothéose, la seconde manche SBK et la course de la MotoGP.

Il y a des possibilités de sponsors, un intérêt accru de la part des télévisions et les circuits seront toujours remplis ».

Quant à la CRT, le manager Italien pense que les constructeurs ne laisseront pas la Dorna aller au-delà d’un certain point. « Très sincèrement j’ai des doutes sur la viabilité de ce projet CRT. Pour moi, les usines vont essayer de mettre la main dessus, exactement comme Honda l’a fait pour le Moto2, elles ne permettront pas à la Dorna d’aller au-delà d’une certaine limite. Et je pense qu’au final le sport ne gagnera pas grand-chose avec cette histoire ».

Pour diminuer le prix d’une saison en MotoGP on a coupé dans la qualité des motos, mais par contre on ne coupera rien dans les salaires, dans le bling bling du paddock…comme le disait Alain Chevallier dans l’interview que nous avons publiée il y a quelques jours (lire ici) : « les teams ne dépensent jamais plus d’argent que ce qu’ils en ont ».

Carlo Pernat n’est pas loin de penser la même chose. « Il faut tout de même rappeler que tous ces problèmes viennent de la stupide volonté de Honda de passer à la 800 afin de construire une moto pour Pedrosa parce qu’il était, et est toujours, plus petit que les autres. Jusqu’en 2006, les coûts de la MotoGP n’étaient pas si élevés. Avec la 800, on a multiplié les budgets par quatre.

De plus, avec ces 800, si tu n’as pas la moto qui marche, tu ne peux rien faire et Valentino Rossi en est le meilleur exemple. Et on peut même aller plus loin, si tu n’as pas la moto d’usine qui marche, tu ne peux plus rien. Avant, avec la 1000, les exemples de garçons comme Gibernau ou Melandri sont parlants. Avec une moto ‘client’, ils se sont battus pour le titre.

Maintenant, on doit faire marche arrière mais j’espère qu’il n’est pas déjà trop tard car ces cinq années ont été un bain de sang. J’espère qu’on va repartir de l’avant, mais la différence par rapport à la situation d’il y a cinq ans, c’est que les ressources dans le monde ne sont plus les mêmes.

L’avenir du MotoGP c’est la 1000, quant à la CRT, je ne sais pas. C’est un peu comme en Formule1, on loue un moteur et on fabrique autour mais je ne pense pas qu’on verra quelque chose d’intéressant avec ces motos avant 4 ou 5 ans. D’un autre côté, c’est certain que pour la catégorie, le fait qu’un pilote de l’importance de Colin Edwards, même s’il est en fin de carrière, y vienne est d’une importance fondamentale car il peut jouer le rôle d’incitant pour les autres, mais en 2012, ce sera de toute façon une année difficile car ok, il y aura quatre ou cinq motos en plus, mais ce sont des motos qui prendront certainement un tour.

On vit des moments difficiles où les sponsors sont peu nombreux et c’est un grave problème. Par exemple, Yamaha, l’écurie est championne du monde et n’a pas de sponsor. Il y a 10 ans, ça n’aurait pas pu arriver ».

On ne peut qu’espérer, nous aussi, que comme Carlo Pernat le dit, il n’est pas trop tard mais nous sommes aussi convaincus que la Dorna, les constructeurs, et tous les acteurs du MotoGP sauront, ensemble, sauver cette compétition du gouffre vers lequel elle se dirigeait…Stay tuned !

 

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