Jack Miller dans la cour des grands

En un week-end, au Qatar, Jack Miller a endossé le costume du patron de la catégorie Moto3. Depuis sa première victoire à Losail, l’Australien n’a jamais quitté la place de leader au championnat et alors que la trêve estivale intervient, le nom du pilote KTM est évoqué dans quasiment chacun des articles faisant état des transferts pour 2015. D’un côté, l’équipe Marc VDS revendique un pré-contrat pour 2015 alors que son nouveau manager Aki Ajo assure que Miller est libre, de l’autre on pressent un possible passage directement de la Moto3 à la MotoGP. Autrement dit, sur la piste autant que dans le paddock, Jack Miller est un cas à part.

Avec 4 victoires en 9 épreuves, Jack Miller aurait pu prétendre à une avance plus confortable au championnat Moto3. Mais l’Australien a connu un sérieux trou d’air entre ses 2 succès en France et en Allemagne. Sur l’ensemble des 3 épreuves emmenant les concurrents au Mugello, en Catalogne puis à Assen, le protégé de Aki Ajo n’a engrangé que 13 points, laissant revenir ses adversaires, au premier rang desquels Alex Rins à 19 point à mi-parcours.

Ce qui fait de Miller le « patron » en Moto3, au-delà de son bilan arithmétique, c’est son attitude. Quand bien même il a traversé une période difficile, il ne s’est jamais départi de son assurance ni de son attaque en piste. Le jeune Australien a ce petit truc qui fait que cette ‘assurance’ n’est pas assimilée à de l’arrogance comme c’est parfois le cas pour d’autres pilotes. Fantasque, Miller est capable de danser sur du Elvis Presley au moment de monter sur sa moto pour aller se placer sur la grille de départ ou d’installer une miniature de l’âne de Shrek sur le compte-tours de sa moto … En tout cas, il pouvait le faire jusqu’à la saison passée. Chez KTM, les usages laissent moins de place à l’excentricité même s’il parvient régulièrement à dérider son manager et patron Aki Ajo.

Miller, est un mec « cool », mais c’est aussi devenu en 3 saisons un très bon metteur au point. « Il fait le pitre mais j’ai rarement vu un pilote nous dire aussi précisément comment la moto réagit » me confiait en Catalogne l’un des mécaniciens qui travaille aujourd’hui à ses côtés dans le garage de l’équipe KTM officielle. Et une fois en piste, le personnage se transforme en combattant. L’an passé, au guidon de la FTR-Honda de l’équipe Racing Team Germany, l’Australien savait qu’il ne pourrait pas briller. Il n’a pourtant jamais baissé les armes, bataillant à chaque épreuve avec Alexis Masbou pour obtenir à la fin de la saison la 7ème place au classement, meilleur pilote Honda. Il a d’ailleurs été largement sollicité par le HRC pour bénéficier d’une des 6 japonaises débarquées en début de saison. Mais Jack a préféré la KTM avec laquelle il fait régner sa loi cette saison.

Si Honda a manqué le coche fin 2013, le constructeur japonais pourrait rattraper le coup dans les semaines qui viennent. Car désormais, son nom est évoqué en MotoGP. Le cursus classique eut voulu que l’Australien passe l’an prochain en Moto2 avant d’atteindre la catégorie reine, mais avec ce bonhomme-là, rien ne se passe normalement. Interrogé à ce sujet en conférence de presse lors du GP d’Allemagne, Miller a fait profil bas, faisant mine de se ranger à l’avis général selon lequel il faudrait absolument passer par la catégorie intermédiaire avant de se frotter à Marc Marquez et ses adversaires.

Or, quelques indices peuvent laisser penser que malgré ces propos, le leader de la Moto3 a bien l’intention de « sauter une classe ». Tout d’abord, il y a cet imbroglio l’équipe Marc VDS. D’après Michael Bartholemy, un contrat liant Miller à l’équipe Belge pour la saison 2015 a été signé en 2013. Ce que réfute totalement Aki Ajo, team-manager de l’équipe officielle KTM et désormais manager de Jack Miller. Version également soutenue par le jeune Australien qui l’a répété en conférence de presse. Selon ce contrat, la seule clause de « sortie » serait que le pilote obtienne un guidon en MotoGP. Depuis quelques semaines, les appels de Barhtolemy à Jack Miller et à son manager restent sans réponse, ce qui serait censé indiquer que l’arrivée de l’Australien sous les couleurs du brassier belge n’est plus dans les plans.

Par ailleurs, le détenteur des droits des Grand-Prix Moto, la Dorna, a absolument besoin d’un Australien pour soutenir les audiences dans un pays qui a tendance à se détourner de la discipline depuis le départ de Casey Stoner. Miller pourrait rapidement succéder au double champion du monde MotoGP dans le cœur de ses compatriotes et pourrait d’ailleurs suivre ses traces en débarquant – comme le fit Stoner en son temps – dans l’équipe de Lucio Cecchinello. On ignore encore si LCR disposera d’une 2ème machine ‘Factory’, mais le manque d’allant de l’équipe italienne pour reconduire Stefan Bradl renforce la possibilité d’accueillir Miller en 2015. Outre l’aspect sportif, dont le bien-fondé demandera confirmation par ses résultats (comme pour tous ses congénères), les retombées médiatiques d’une éventuelle arrivée en MotoGP de Miller s’annoncent très importantes pour la petite structure  fondée par Lucio Cecchinello. Ce ne serait pourtant pas une première car un autre Australien, Garry McCoy, avait fait de même entre 1997 et 1998en passant de la 125cc à la 500. A l’époque, McCoy avait payé un lourd tribu à cette promotion mais depuis, les machines de Grand-Prix sont passées au 4-Temps et l’électronique est réputée pour ‘faciliter’ l’accession à la catégorie reine. Sauter une classe ne serait donc plus aussi difficile ni dangereux que par le passé.

Talentueux, charismatique, drôle… tous les ingrédients pour en faire le Rossi des prochaines années car Miller a un profil qui offre plus d’aspérités que Marquez. L’espagnol est un phénomène, c’est indéniable. Il a révolutionné le pilotage actuel mais son personnage est parfois un peu trop lisse, trop poli. Avec Miller, on sait que le franc-parler Australien peut se traduire au détour de chaque phrase par quelques noms d’oiseaux… et pour les médias, c’est du pain béni. Cela aussi, participe à faire de Jack Miller, la coqueluche du paddock. Vous allez apprendre, dans les prochains jours ou les prochaines semaines, que le leader du championnat du monde Moto3 s’installera l’an prochain chez LCR, pour une ou deux saisons, avant de succéder à Dani Pedrosa aux côtés de Marc Marquez. On est déjà pressés d’être en 2017 !

Stay tuned !

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