Kalex, menace fantôme en Moto2



Avec la victoire d’Esteve Rabat à Silverstone en Moto2, Kalex est désormais passé devant Suter au niveau des statistiques concernant les victoires en Grand-Prix. Depuis l’apparition de la catégorie, les châssis Kalex ont franchi la ligne d’arrivée en tête à 31 reprises, contre 30 pour Suter. Un succès d’écart, ce n’est certes pas grand-chose, mais à y regarder de plus près, l’écart est bien plus important et fait courir le risque que la Moto2 ne devienne une discipline  ‘mono-marque’ à moyen terme.

Cette saison, en 12 courses, Kalex s’est adjugé 10 succès, contre 1 pour Suter (Aegerter en Allemagne) et un autre pour Speed-Up (West à Assen). Au classement des constructeurs, Kalex fonce vers un nouveau titre avec déjà 111 points d’avance sur son rival Suisse. Lorsque l’on comptabilise les places sur le podium, la différence est également flagrante. En 12 GP, il y a eu 36 places à prendre sur les podiums, Kalex en a occupé 28, Suter 7 et Speed-Up 1. A Brno puis à Silverstone (notre photo), Kalex a monopolisé le podium. La domination du constructeur Allemand pourrait bien se renforcer encore à l’avenir car désormais, dans l’esprit des pilotes, il « faut »une Kalex pour jouer aux avant-postes en Moto2. La ‘demande’ de Johann Zarco à l’intention de son futur-ex employeur Caterham n’est que l’exemple le plus récent, car même les plus fidèles pensent à quitter le giron Suter pour rouler en 2015 sur une machine allemande. On peut citer Tom Luthi, et pourquoi pas l’équipe CarXpert abritant Dominique Aegerter.

Dans la coulisse, chez Suter, on se laisse parfois aller à dire que les meilleurs pilotes roulent sur des Kalex et que le talent du pilote étant prépondérant en moto, il est logique que le fabriquant adversaire se taille la part du lion… Pour être plus précis, on peut surtout dire qu’il n’y a désormais que très peu de pilotes de pointe chez Suter, et que les Aegerter, Luthi, Zarco ou Simeon sont régulièrement débordés par une avalanche de pilotes Kalex.

Chez Suter, on prend souvent Marc Marquez en exemple. L’Espagnol s’est incliné en 2011 face à Bradl lors de sa première saison en Moto2 mais sans avoir pu défendre ses chances lors des 2 dernières épreuves de la saison, suite à sa chute en Malaisie et aux problèmes de vision qu’elle a provoqués. Mais il s’est ensuite offert la couronne mondiale – de haute lutte – face à Pol Espargaro qui évoluait sur une Kalex.

A bien y réfléchir, « l’ère Marquez » a peut-être finalement coûté très cher au fabricant Suisse. Logiquement, à cette époque, Suter a été très à l’écoute de son meilleur représentant… Au point de donner le sentiment aux autres équipes de passer après l’espagnol. Conséquence, fin 2011, lorsque Marquez se voit confier le nouveau châssis Suter avant tous les autres représentants du fabricant, Michael Bartholemy décide de claquer la porte et de rejoindre le camp rival. On connait la suite : l’équipe Marc VDS équipée de Kalex a bataillé pour le titre contre le team Pons qui roule aussi avec le châssis allemand en 2013. Cette saison, la lutte pour la couronne sera passera carrément en interne, au sein de l’équipe Belge…

Peut-on reprocher à Suter d’avoir donné la priorité à Marquez ? Assurément non. Dès son arrivée en Moto2, l’Espagnol a fourni des datas hors du commun à la marque Suisse, et après un début de saison 2011 vierge de tout point, Marquez a entamé une remontée seulement interrompue par son accident de Sepang. Quand on a un pilote avec un potentiel aussi important que celui de Marquez évoluant sur son châssis, il est impossible à un constructeur d’ignorer ses demandes, sous peine de commettre une énorme faute professionnelle. On peut d’ailleurs facilement imaginer qu’à l’époque, les remarques de Stefan Bradl étaient davantage prises en compte chez Kalex, l’Allemand étant leader du championnat.

Il y a sans doute eu une mauvaise communication de la part de Suter qui, au plus chaud de la bagarre pour le titre entre Marc Marquez et Pol Espargaro en 2012, a mis toute sa force de frappe à la disposition du pilote Monlau, donnant le sentiment aux autres équipes d’être mises de côté. Là encore, même si Eskil Suter n’y a pas toujours mis les formes, on comprend l’intérêt économique d’un titre mondial pour une petite entreprise tel que le constructeur Suisse.

Restera-t-il des pilotes ‘volontaires’ pour rouler sur des châssis Suter en 2015 ? Tout est avant tout une question de prix et en ces temps difficiles pour le fabriquant Suisse, certains y verront une situation favorable pour négocier des tarifs avantageux. On imagine plus facilement Suter faire des « remises commerciales » à ses clients que Kalex, sollicité de toute part et devenu la référence.

Pourtant, même les plus fins connaisseurs du paddock Moto2 soulignent que les différences entre les châssis Allemands et Suisses ne sont pas aussi importantes qu’il n’y paraît. Gil Bigot, chef-mécanicien de Dominique Aegerter insiste : « Il n’y a pas 5/10ème de seconde au tour entre les 2 châssis ». Pour le Français, s’il existe une nuance, elle se situe au niveau de l’exploitation des pneus : « le Kalex semble mieux travailler avec le pneu dur ». Les pilotes Suter sont ainsi régulièrement obligés de prendre un peu plus de risques en optant pour des gommes médiums qui souffrent davantage en fin de course.

Le véritable problème, c’est que la Moto2 risque de se diriger vers une catégorie mono-marque, comme le furent la 125 ou la 250. Les instances dirigeantes des Grand-Prix ont d’ailleurs manqué une occasion de renforcer un des « petits » constructeurs de châssis en recalant le projet de Louis Rossi et d’Alexis Masbou qui envisageaient de rouler avec des Mistral. Il sera d’autant plus difficile d’inverser la tendance que les têtes d’affiches de la Moto3 recrutées à l’échelon supérieur se dirigent toutes vers des équipes roulant sur des Kalex. On le voit avec KTM en Moto3, il faut toute la puissance du plus grand constructeur mondial pour rattraper un retard aussi infime soit-il. Dans l’intérêt de la discipline, il est souhaitable que cet hiver, une trouvaille dans les ateliers de Suter, de Speed-Up ou de Tech3, agisse comme une redistribution des cartes. Nous pourrions alors vivre une saison 2015 totalement surprenante. Pas certain que Johann Zarco soit de notre avis, lui qui devrait monter sur une Kalex l’an prochain…

 

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