Jorge Lorenzo : "je veux tous les battre. Je veux redevenir champion."



La trêve hivernale laisse un peu de temps libre aux pilotes. Outre les entraînements, ils en profitent soit pour prendre quelque repos bien mérité au soleil, et, dans ce cas, on n’entend plus trop parler d’eux, soit pour faire des opérations de communication et, alors, ils peuvent y consacrer tout le temps nécessaire.

C’est le cas de Jorge Lorenzo qui, avant de partir se réchauffer au Mexique, a accordé une très longue interview à Jaime Alguersuari, père du pilote du même nom, lui-même ancien pilote, important magnat de la presse espagnole et éditeur, entre autre, de la revue SoloMoto; une interview de huit pages si riche que même la sélection des principaux extraits constitue un pavé qu’il convient toutefois de lire jusqu’au bout.

Jaime Alguersuari, qui connaît Lorenzo depuis ses débuts, passe en revue, de main de maître, toute la saison 2014 du pilote majorquin, sans aucune concession et sans omettre aucune question dérangeante, autant sur lui-même que sur marquez, Rossi ou Pedrosa; le résultat est d’un intérêt élevé, à la fois dense et empreint d’une grande franchise de la part du numéro 99.
Au total, cela nous dresse le portrait d’un champion temporairement affaibli mais lucide et qui ne doute pas un seul instant de pouvoir revenir au tout premier plan, en battant à la fois Marc Marquez et Valentino Rossi.

En terminant la lecture de l’interview complète, dont la première partie est diffusée ici, une seule pensée prédomine: « Vivement 2015! »

Jaime  Alguersuari : Pourquoi es-tu arrivé en mauvaise forme au premier GP ?
Jorge Lorenzo : « Parce que j’avais subi trois opérations pour me retirer les deux plaques que j’avais. L’une dans le pouce de la main droite et l’autre dans la clavicule suite à l’opération de 2013. Nous avons profité d’une opération pour retirer les deux plaques en même temps.
Après, j’ai fait une sorte de liposuccion dans les muscles lombaires parce que j’ai toujours eu des problèmes là, même en étant debout. Sur quelques circuits, cela commençait à me faire mal. Après toutes ces interventions, j’ai eu un mois et demi de récupération.
Ainsi, j’ai seulement commencé tard à m’entraîner un mois avant le début du mondial. Je pensais que deux semaines me suffiraient pour être au niveau. »

Jaime  Alguersuari : Et tu as vu que non…
Jorge Lorenzo : « Je suis arrivé avec trop de kilos, cinq de plus qu’actuellement. »

Jaime  Alguersuari : Toute la responsabilité de ne pas être en forme venait des opérations ?
Jorge Lorenzo : « Et d’une mauvaise planification de la pré-saison. Les opérations, d’un côté, et parce que j’ai mal planifié, de l’autre. J’aurais dû me faire opérer un peu plus tôt pour arriver à 100 %.
J’ai aussi changé deux fois d’entraîneur pour essayer d’aller mieux, jusqu’à ce que je rencontre celui qui m’a convaincu. »

Jaime  Alguersuari : C’est pourquoi tu as étudié l’option Honda, en début de saison?
Jorge Lorenzo : « Non, je ne voulais pas aller chez Honda. »

Jaime  Alguersuari : Quand as-tu signé avec Yamaha, c’était pour un an ou deux ?
Jorge Lorenzo : « En principe, les deux parties voulaient deux ans. Quand nous avons commencé la saison et que les résultats ont été mauvais, les deux parties étaient insatisfaites. A ce moment, nous avons douté de signer pour deux ans et, à la fin, nous avons signé ce contrat de deux ans, avec une clause échappatoire égale pour les deux parties. »

Jaime  Alguersuari : Cela te porte préjudice économiquement ? La saison que tu as faite cette année, ne te nuit-elle pas ?
Jorge Lorenzo : « Non, le contrat est le même que j’avais avant. Je suis très content du contrat que nous avons signé. »

Jaime  Alguersuari : Pour moi, il est important de clarifier cela. Revenons au premier GP, je ne vais pas passer tous les GP en revue, mais au Qatar, tout à coup, j’observe que tu n’as pas ta rapidité habituelle…
Jorge Lorenzo : « Je me sentais faible, physiquement faible. Les tests du Qatar, une semaine auparavant, avaient été mauvais. J’étais resté à une seconde, une seconde et demie du premier. En arrivant au premier GP, c’était la même chose. J’étais entre une seconde et une seconde et demie de la tête, et même la pire des Yamaha. Pire qu’Espargaro, que Smith, que Rossi. Je n’étais pas capable de faire un chrono et après trois tours, j’étais fatigué.
Les pneus étaient différents, ils étaient plus durs. Ensuite, à partir du Mans, ils ont changé. Mais pour le pilotage de la Yamaha, qui repose sur les passages en courbe, avoir les flancs très durs était un autre problème qui venait s’ajouter à celui-là de la condition physique.
En plus, le moteur était plus nerveux parce que le règlement interdisait de faire la course avec 21 litres. L’année passée, nous finissions déjà très justes en essence, plus que notre rival, donc nos ingénieurs ont dû modifier la réponse du moteur à bas régime pour économiser un litre d’essence, en rendant le moteur plus brusque. Imagine-toi le changement… Nous passions de gagner les trois dernières courses de 2013 à perdre une seconde et demie au tour par rapport au plus rapide. En seulement 4 mois! »

Jaime  Alguersuari : C’est pour cela que tu as utilisé la seule arme que tu avais lors du premier tour du GP du Qatar, tes  « cojones »…
Jorge Lorenzo : « C’était la seule arme que j’avais, m’imposer et essayer de m’échapper. Et j’ai chuté. Je n’ai pas pensé que la piste était déjà très froide pour les pneus. Au Qatar, la température chute rapidement pendant la nuit. Il était 11 heures du soir, les pneus étaient durs, alors que ceux de l’année passée étaient plus tendres. La même chose avec ceux de l’année passée, et je ne serais pas tombé. »

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Jaime  Alguersuari : Tu arrives aux USA… Qu’est-ce qui arrive ?
Jorge Lorenzo : « Ma condition physique était très similaire, elle ne s’était pas améliorée. »

Jaime  Alguersuari : Lors du départ, aux  USA, ça a été le fiasco pour les mêmes raisons de manque de confiance et d’excès de nervosité ?
Jorge Lorenzo : « Non, cela a été exactement pareil que pour le Qatar, je me trouvais faible physiquement, j’étais sur un circuit Honda, un autre problème supplémentaire; plus les pneus, toujours durs, et le moteur, qui continuait d’être nerveux. Ma condition physique était similaire à celle du Qatar, ou bien, plus faible. Après deux tours, je fatiguais plus. Austin est physique dans un secteur en troisième vitesse, dans lequel tu dois relever la moto plusieurs fois. Tout le week-end a été mauvais, et dans ce sens, ça a été pareil qu’au Qatar. »

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Jaime  Alguersuari : C’est pour cela que tu as anticipé le départ?
Jorge Lorenzo : « Non, je ne me suis pas parti en espérant gagner en utilisant des pièges.
Je voulais bien partir, premier ou deuxième si possible, mais je savais que je n’allais pas gagner. Dans le meilleur des cas, je pouvais faire un podium, et encore, avec de la chance. »

Jaime  Alguersuari : un moindre mal ?
Jorge Lorenzo : « Je savais que les deux Honda allaient s’échapper sur ce circuit. Pedrosa et Marquez allaient partir, et j’allais finir troisième si je faisais une bon départ et que je réussissais à faire l’une de mes meilleures courses. Je suis arrivé nerveux sur la grille, je savais que je n’étais pas bien, et tout à coup j’ai vu beaucoup de moustiques sur la visière.
Normalement, j’attends la mi-course pour retirer le tear off, mais ces moustiques sont entrés et je ne voyais pas bien. Quelques secondes avant que les feux ne passent au rouge, j’ai retiré le tear off et ceci, le changement de routine, m’a complètement déstabilisé. »

Jaime  Alguersuari : Le changement de routine et l’anxiété ?
Jorge Lorenzo : « Oui, et l’anxiété. Je n’étais pas sûr de moi, je ne  me sentais pas fort, et quand tu te sens faible, tout influe pour faire des choses que tu ne fais pas normalement. J’ai vu les autres en position de partir et dès que j’ai reçu une stimulation de couleur rouge, j’ai lâché l’embrayage et je suis parti.
A Austin, je ne me suis pas élancé  parce que je voulais partir très vite, mais parce que j’étais déstabilisé. Complètement égaré, comme les taureaux quand surgit un peu rouge … ( rires) »

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Jaime  Alguersuari : Et en même temps, Marc progressait.
Jorge Lorenzo : « Bon, Marc était déjà au top. »

Jaime  Alguersuari : La progression de Marc, en comparaison avec la moyenne que tu avais l’année antérieure, le plaçait à un autre niveau par rapport à toi et aux autres.
Jorge Lorenzo : « Bien entendu que oui. Honda s’est maintenu à un bon niveau alors que le changement de règlement des 21 litres a touché Yamaha  négativement. Si à cela tu additionnes que j’étais mauvais physiquement et que j’avais quasiment deux résultats nuls, tu imagines comment je suis arrivé à en Argentine.
Mais de nouveau, j’ai fait appel à mon amour propre, par orgueil. Je suis sorti premier et me suis retrouvé leader. Dans le premier tour, il y a eu un peu de gêne et je n’ai pas pu m’échapper, Marquez m’a peu à peu rejoint parce que son rythme en essais était presque 2 secondes plus rapide que tout le monde. Il m’a rejoint, m’a passé et je n’ai pas pu le suivre. Pour finir, à presque deux tours de la fin, Pedrosa m’a passé.
Mais bon, une troisième place m’allait très bien, à vrai dire, au moins c’était un podium et j’étais resté devant que Valentino. À partir de là ,un nouveau championnat commençait pour moi. Même si ce n’était pas vraiment le cas… »

Jaime  Alguersuari : Jorge, très important, je crois que cette année a été pour toi le plus grand coup de poing que t’a donné la vie depuis les 6 ou 7 dernières années, depuis que tu es champion du monde. Maintenant je veux te poser une question. Considères-tu réellement que Valentino est celui que tu dois vaincre ?
Jorge Lorenzo : « Non, je veux tous les battre. Je veux redevenir champion. »

Source : SOLOMOTO

Traduction GP-Inside

Stay tuned !

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