Hervé Poncharal : Cal Crutchlow, Valentino Rossi et les galères Ducati! On compare ou pas?



Alors que la première salve d’essais pour la catégorie reine a eu lieu du 4 au 6 février sur le circuit de Sepang en Malaisie et que le chrono ne nous a pas apporté grand-chose de nouveau par rapport à la réalité de la piste qui prévalait déjà en 2014, nous avons pris le temps de décortiquer les résultats en compagnie d’Hervé Poncharal.

Il en ressort une très longue interview au cours de laquelle nous avons abordé les sujets les plus divers comme par exemple l’arrivée d’Aprilia et le retour de Suzuki, les pilotes Tech3, la réglementation 2016, Loris Baz, Fabio Quartararo (lire ici), les pronostics pour le championnat…

Vu la longueur de l’entretien et afin de vous en faciliter la lecture, nous avons décidé de vous livrer des extraits tout au long de la semaine que nous essayerons de publier à 19h30.

Lundi, nous avons entendu ses attentes quant à ses pilotes et la menace que représentent les pilotes Ducati (lire ici), mardi, nous lui avons demandé si Loris Baz serait le prochain français à relever le défi Tech3 (lire ici), hier nous avons abordé en sa compagnie le retour de Suzuki en Grand Prix et l’arrivée d’Aprilia en tant que constructeur (lire ici) et aujourd’hui, nous avons décidé de toucher le cœur de notre homme en évoquant avec lui le sort d’un de ses pilotes préférés, Cal Crutchlow.

En 2013, le Britannique décidait de quitter Tech3 pour devenir pilote d’usine Ducati. Mais comme beaucoup d’autres avant lui, il se cassait les dents sur la Desmosedici.

Désespéré, démotivé et déprimé, Crutchlow décidait de faire jouer la clause de son contrat lui permettant d’y mettre un terme et signait chez LCR.

Il est probable que, ce faisant, il renonçait à sa dernière possibilité d’être pilote d’une usine majeure sur le long terme. Mais plus grave, on a surtout l’impression qu’il a finalement été un peu vite en besogne puisqu’à peine la rupture annoncée, les résultats commençaient à arriver.

Dans un passé très récent, on se souvient que dans pareilles circonstances, Valentino Rossi avait décidé de poursuivre avec Borgo Panigale alors même qu’à l’époque, les espoirs de progression de la marque n’étaient certainement pas les mêmes. Erreur ou pas, c’est ce que nous avons cherché à savoir en compagnie de notre interlocuteur.

GPi : On sait que depuis son passage chez toi, tu apprécies fortement Cal Crutchlow. Qu’as-tu pensé de ses performances à Sepang ?

H.P. : C’est certain que je l’apprécie énormément. D’abord parce que c’est quelqu’un avec qui nous avons réussi de super résultats et ensuite parce qu’en dehors des résultats, c’est aussi quelqu’un avec qui nous avons partagé de bons moments.

C’est le pilote avec qui nous avons passé le plus de temps car entre les Grand Prix il venait souvent en motorhome, chez nous, avec sa femme Lucy. On se faisait des sorties vélo, on allait manger ensemble midi et soir…Cal c’était comme…si je dis mon frère ce serait probablement un peu exagéré mais en tout cas, Cal faisait partie de l’équipe. Ce n’était pas le pilote qui arrivait le jeudi, roulait avec nos motos et repartait le dimanche, Cal était Tech3 à part entière et quand il est parti, ça a été vraiment dur pour tout le monde. 

Pour lui, c’était l’occasion de tenter l’aventure avec une usine, avec un contrat que nous ne pouvions pas lui offrir, bref, le rêve de tout pilote. Sa décision, on l’a comprise et quelque part, on l’a supporté.

Maintenant, il revient dans une situation plus ou moins similaire à celle qu’il avait chez nous sauf que c’est sur une Honda et pas une Yamaha.

Cal est très honnête, d’ailleurs quand il était chez nous il disait souvent « donne ma moto à Lorenzo, il fera aussi bien qu’avec la sienne, donne-moi la sienne, je ne ferai pas mieux qu’avec la mienne » et aujourd’hui il dit : « sur un rythme de course, ce n’est pas trop mal mais je ne sais pas, comme je le faisais chez Tech3, utiliser le pneu neuf pour aller chercher les trois ou quatre dixièmes ».

C’est clair que Cal va bosser, qu’il va s’habituer à cette moto mais à Sepang, il a eu l’honnêteté de me dire que si la Honda était une moto performante, il fallait en comprendre le mode d’emploi et qu’il fallait vraiment se battre avec.

C’est la preuve qu’il n’y a pas de machine par nature imbattable et que la performance est toujours l’addition d’une bonne machine et d’un super pilote à son guidon.

GPi : Avec le recul, ne penses-tu pas qu’il a pris la décision de quitter Ducati un peu trop tôt ?

H.P. : Tu sais, on est toujours plus intelligent après qu’avant ! Quand il a pris la décision, plus rien n’allait. Il a dit que le point le plus bas de sa saison 2014 était son Grand Prix national, à Silverstone, où il était complètement perdu alors que d’habitude, il va si vite là-bas ! Il était complètement largué, totalement déprimé et il s’est dit qu’il ne pouvait pas continuer de la sorte. Il a eu une possibilité de sortir de cette galère et il la saisie. Malheureusement pour lui, il se trouve qu’au moment où il a annoncé son départ, les résultats ont commencé à venir. Je ne sais pas pourquoi, est-ce parce qu’il n’avait plus la pression, qu’il roulait plus décontracté…je n’en sais rien mais il s’est mis à très bien rouler et à revenir au niveau de son équipier alors…que veux-tu que je dise ? Il y avait eu tellement de tensions, tellement d’envie de se séparer et ce des deux côtés, que je pense que c’était devenu inévitable, l’affaire était faite !

GPi : OK, mais Rossi, avec une machine peut-être encore pire que celle de Crutchlow, a été au bout de son contrat !   

H.P. : Ok, je ne peux pas le nier, mais ce sont des époques différentes, des personnages différents. Cal avait déjà dans son contrat une clause lui permettant de partir. Il avait donc envisagé cette possibilité dès le départ.

Et puis bon, Cal c’est Cal et Valentino c’est Valentino. Juste après Sepang, j’étais avec lui en Thaïlande pour une opération de promotion Yamaha et nous avons passé un peu de temps ensemble. C’est impressionnant, c’est un mec exceptionnel. Cal aussi mais Valentino, c’est encore un autre truc ! Quand tu vois la motivation qu’il affiche, la disponibilité qu’il a encore alors qu’aujourd’hui il a tout gagné et qu’il a un palmarès inégalable ou presque, qu’il est richissime…il continue à se battre comme un lion sur la piste, a jouer le jeu dans les évènements promotionnels comme un jeune le ferait. Il y avait une petite course organisée sur des 300cc et le mec, il attaquait comme un jeune de 20 ans ! Il est heureux de rouler, il est heureux d’être le personnage qu’il est. Cal est quelqu’un de différent, il a choisi de quitter Ducati là où à l’époque, Valentino Rossi décidait de rester, mais qui est-on pour juger ?

Valentino Rossi, on aura beau dire, et j’en parlais récemment avec Carmelo (ndlr, Ezpeleta), il n’y en a qu’un !

GPi : En effet, et encore bien que tous les constructeurs reviennent (lire ici) avant que lui ne mettent un terme à sa carrière !

H.P. : Oui !!! Ceci dit, il faut quand même dire que maintenant, il y a des jeunes qui arrivent, puis il y a Marc Marquez qui, même s’il n’a pas l’aura de Valentino, devient malgré tout un personnage. On avait dit aussi que lorsque Doohan allait s’en aller, ça allait laisser un grand vide mais on trouve toujours quelqu’un ou quelque chose pour combler les vides. Je pense qu’il y a beaucoup de jeunes qui peuvent devenir des stars mais des stars du niveau de Valentino ça sera difficile. Il a tellement eu de choses qui lui ont été données à sa naissance ! Il a une gueule d’ange, il est drôle, rapide sur la piste mais bon, le Championnat continuera à exister après lui. Et puis non seulement je pense qu’il restera impliqué d’une manière ou d’une autre mais surtout je pense aussi que ce n’est pas demain qu’il arrêtera. Quand tu vois sa motivation et sa volonté d’encore progresser, il n’a pas du tout l’attitude de quelqu’un qui prépare sa retraite ».        

Stay tuned !

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