Aragon : Marquez, un ténor en clair-obscur



L’historique du Grand Prix d’Aragon fait de Marc Marquez l’un des hommes à battre ce week-end. C’était déjà le cas au Sachsenring, en juin, et il a donné raison à ceux qui le voyaient au sommet du podium. Mais sa situation physique, et les événements des dernières semaines, invitent à une certaine mesure quant à cette étiquette de favori.

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Au jardin de Marquez

Il est des pistes sur lesquelles, pour une raison ou une autre, un pilote tire fréquemment son épingle du jeu. Il y eut par exemple le Mugello pour Valentino Rossi, vainqueur en Toscane de 2002 à 2008. Ou Phillip Island pour Casey Stoner, indétrônable devant son public entre 2007 et 2012. Pour Marc Marquez, ces circuits sont au nombre de trois.

Le premier est le Sachsenring, où il est invaincu toutes catégories confondues depuis 2010. Le second est Austin, où il a remporté six des sept courses disputées là-bas – sa seule défaite, en 2019, fut le résultat d’une chute alors qu’il était en tête. Le troisième est le Motorland Aragon, où il a gagné 5 de ses 7 Grands Prix en MotoGP. Il y a rendez-vous ce week-end, pour la treizième étape de la saison 2021.

Comme le Sachsenring et Austin, la piste espagnole se caractérise par un sens antihoraire, c’est à dire qui tourne à l’inverse des aiguilles d’une montre. De cette caractéristique découle une majorité de virages à gauche (10 sur 17), côté préféré de Marc Marquez. Il détient le record du nombre de victoires (6) en Aragon, de sa première en Moto2 (2011) jusqu’à sa dernière en MotoGP (2019), avec une série d’invincibilité en cours depuis 2016 – il était forfait l’an dernier. Il y est également le recordman du nombre de poles (7) et de podiums (7, à égalité avec Jorge Lorenzo).

Le Motorland fait aussi partie des pistes qui conviennent bien à la Honda. Le HRC compte 7 victoires, autant de poles et 12 podiums en 12 épreuves disputées là-bas depuis la première, en 2010. Il y a toujours eu au moins une Honda en première ligne, à l’exception de 2017. Les fois où aucune moto de la marque n’est montée sur le podium se comptent sur les deux premiers doigts de la main (2014 et 2020-2).

L’absence de Marc Marquez, l’an dernier, n’a d’ailleurs pas empêché Honda d’y réaliser l’un de ses meilleurs week-ends de la saison. On y a assisté au seul podium sur le sec d’Alex Marquez lors du premier week-end (Grand Prix d’Aragon), puis à la première pole position de la carrière de Takaaki Nakagami la semaine suivante (Grand Prix de Teruel). Ce fut également l’unique événement où Cal Crutchlow est parvenu à se hisser en première ligne cette année-là.

Gagner à tout prix

En arrivant dans le paddock, Marc Marquez nous livrera des commentaires dont on connaît les contours : « Je n’ai pas d’objectif précis, je ferai mon maximum et on verra où ça nous mènera dimanche. » Il rajoutera qu’il n’est pas à 100 %, donc qu’il ne peut pas prétendre à la victoire. Un discours classique, mais surtout incomplet, car seule la victoire anime l’octuple champion du monde. Et il ne faut pas remonter loin pour s’en apercevoir.

19 juin 2021, au circuit du Sachsenring : à la veille du Grand Prix d’Allemagne, l’Espagnol prédit sa défaite.« Demain prendra fin la série de victoires, parce que nous ne sommes pas prêts. (…) Être dans les cinq premiers sera un bon résultat. Je n’écarte pas complètement le podium, mais ça doit être une course parfaite. » Vingt-quatre heures plus tard, il montre dès le premier tour que ses intentions ne sont pas de jouer seulement le top-5. Et finit par remporter la course.

Marc Marquez a beau dire qu’il ne roule pas pour gagner en ce moment, son attitude prouve l’inverse. Au Mans, il menait la course et a chuté en en voulant trop, déterminé à creuser l’écart avec ses rivaux pour sécuriser la victoire. Quelques tours plus tard, il faute une deuxième fois… alors qu’il allait rentrer chausser des pneus slicks sur un circuit séchant, ce que personne n’a fait. Autrement dit : tenter le tout pour le tout. On n’a pas ce plan à 10 tours de l’arrivée, quand on est 11e après être déjà tombé, si on ne veut pas gagner.

Trois semaines plus tard, il tombe à nouveau en Catalogne, puis reconnaît après l’arrivée qu’il avait décidé de « pousser, prendre des risques », simplement parce qu’il en ressentait le besoin, que c’était sa façon de rouler. En bref, « être Marc ». Ce qui l’a mené à s’imposer à la course suivante, au Sachsenring.

Marc Marquez s’est encore battu pour la gagne cet été, lors d’un Grand Prix d’Autriche perturbé par la pluie. Avant l’arrivée des gouttes d’eau, le pilote Honda luttait devant face à Fabio Quartararo, Francesco Bagnaia et Jorge Martin. Une fois la piste trempée, il est celui qui a initié la rentrée aux stands des leaders, pour chausser les pneus pluie. Puis a chuté deux tours plus tard, trop pressé de remonter sur les pilotes restés en pneus slicks pour aller gagner.

Une séquence difficile… et qui dure

Marc Marquez veut s’imposer, mais sa condition physique est-elle en adéquation avec ses objectifs ? Gravement blessé à l’humérus droit en juillet 2020, il a dû en passer par trois opérations pour reprendre la moto, et n’est toujours pas à 100 % de ses moyens. Les douleurs au bras et à l’épaule va et viennent de manière irrégulière, parfois dans l’incompréhension de ses médecins. À tel point que le 15 août dernier, il a disputé le Grand Prix d’Autriche sous infiltrations. Les éléments qui témoignent de ses difficultés ne manquent pas.

D’abord, ses performances. Avec dix courses disputées cette saison et une seule victoire (qui est aussi son seul podium et seul top-5), pour 59 points marqués et quatre résultats blancs, le pilote Honda est loin de son rendement habituel. Même sur un tour chrono, il n’est pas au niveau des saisons précédentes : aucune pole ni première ligne, et une cinquième place comme meilleure qualification. Loin de ses statistiques habituelles d’avant-blessure : 48,4 % de poles (62 sur 128), 78,1 % de premières lignes (100 sur 128).

Ensuite, ses erreurs. Elles ne cessent de s’accumuler. Le Catalan a déjà chuté 6 fois en course cette saison. Parfois seul en forçant pour aller gagner (au Mans à deux reprises, à Spielberg 2…), parfois en tentant de dépasser d’autres concurrents (au Mugello sur Brad Binder, à Silverstone sur Jorge Martin…). À ces fautes s’ajoutent celles, nombreuses, commises aux essais.

Enfin, son pilotage. Sa manière de rouler n’est plus la même, son style est dépendant de son état physique, et il part à la faute dès qu’il force trop. Ses pépins ont même conduit Honda à modifier le réservoir de sa moto, afin de lui permettre de soulager ses bras en mettant plus de charge sur les jambes. Les images de l’Espagnol se tenant l’épaule ne sont pas rares. Une, récente, et qui a attiré l’attention de notre confrère Manuel Pecino, interroge : après sa chute au warm-up de Silverstone, Marc Marquez n’a pas réussi à relever sa moto seul. Il a alors passé en revue ses deux épaules, puis attendu l’aide des commissaires de piste pour reprendre place sur la Honda.

L’intrigue du Grand Prix d’Aragon est donc là. Marc Marquez est historiquement le patron du Motorland. Fidèle à lui-même, il n’aura pas d’autre objectif que celui de gagner dimanche, et ce d’autant plus qu’il n’a plus rien à perdre au championnat. Mais il n’est pas à 100 % de ses moyens, son pilotage n’est plus le même, et ses difficultés physiques entraînent un certain handicap en piste. Trop pour poursuivre sa série de victoires sur ses terres ? Réponse ce week-end.

Marc Marquez au GP d’Aragon :

 QP Course
2010 (125cc)  1er  DNF
2011 (Moto2) 1er 1er
2012 (Moto2) 7e 2e
2013 (MotoGP) 1er 1er
2014 (MotoGP) 1er 13e
2015 (MotoGP) 1er DNF
2016 (MotoGP) 1er 1er
2017 (MotoGP) 5e 1er
2018 (MotoGP) 3e 1er
2019 (MotoGP) 1er 1er

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Menget
9 jours il y a

Arrêtons de dire qu’il n’est pas à 100% de ses possibilités.Il ne doit pas en être loin.Personne ne parle de certains autres pilotes qui eux ont progresser pour être certainement à son niveau de pilotage.A présent il passe plus de temps dans les bacs à gravier que sur la piste car il est très souvent over speed pour impressionné ,sauf que çà finit toujours au sol.

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