« Avec le recul », Dall’Igna aurait gardé Lorenzo



Écarter Jorge Lorenzo en mai 2018 fut une erreur, reconnaît Gigi Dall’Igna, directeur de Ducati Corse. Mais il rappelle que la décision a été prise alors qu’il n’avait pas encore gagné avec les Rouges.

Un arrière-goût d’inachevé dans la bouche de Ducati ? C’est ce que l’on devine à l’écoute des paroles de Gigi Dall’Igna quand il parle de son ancien pilote Jorge Lorenzo. Le patron de Ducati Corse, proche du Majorquin et artisan de sa venue, en 2017, estime qu’il aurait mieux fallu ne pas s’en séparer en 2018.

En recrutant Jorge Lorenzo, triple-champion du monde MotoGP, Ducati espérait reconquérir la couronne suprême gagnée dix ans plus tôt, en 2007, avec Casey Stoner. En avait-il les capacités ? Une partie des résultats obtenus (trois victoires, quatre poles, sept podiums) fait penser que oui. Une autre (irrégularité, plusieurs chutes) fait pencher la balance du côté du non.

Le Majorquin a mis du temps – plus d’un an – à s’imposer avec la Desmosedici. Mais une fois que la machine à gagner s’est enclenchée, les trophées ont défilé. De là à jouer le titre de champion du monde ? Des blessures au sortir de l’été 2018 ont fait tourner court la question. Une troisième chance, en 2019, aurait permis d’avoir une réponse définitivement claire. Elle ne lui a pas été donnée.

Jorge Lorenzo et Ducati ont en effet acté leur séparation dès la première partie de la saison 2018. Les noeuds du divorce se sont noués au mois de mai 2018, juste avant le Grand Prix d’Italie. Ironie de l’histoire : c’est à partir de cette épreuve italienne, au moment où il a su qu’il était écarté, qu’il s’est mis à gagner des courses.

À la lecture de ces données, et du bilan de son remplaçant Danilo Petrucci en 2019 et 2020 (deux victoires pour quatre podiums), on se dit que Ducati aurait dû faire preuve d’un peu plus de patience. Et Gigi Dall’Igna l’admet ouvertement sur Gpone.

« Avec le recul, nous aurions certainement mieux fait de garder Jorge, reconnaît le technicien italien, qui tempère en rappelant le contexte de l’époque. Mais il faut toujours comprendre la situation et vivre le moment dans lequel on doit prendre certaines décisions. Lorenzo n’avait pas encore montré ce qu’il fallait faire, et au regard de ce qui s’était passé jusqu’alors, à ce moment-là c’était une décision évidente. Avec le recul, nous aurions dû faire des choix différents. »

Car avant ce premier triomphe du Mugello, le Majorquin avait obtenu 3 podiums en 2017. Certes, tout n’était pas à jeter pour une première année sur une Desmosedici réputée difficile à appréhender. Mais ce n’était pas à la hauteur des attentes et de son salaire (environ 12 millions d’euros/an), alors que son coéquipier Andrea Dovizioso était numéro 2 mondial. Son début de saison 2018 avait également été délicat : chute à Losail à cause d’un problème de freins, 15e à Termas de Río Hondo, 11e à Austin, accrochage alors qu’il jouait le podium à Jerez, puis 6e au Mans.

Vint l’annonce de la séparation, puis les victoires du Mugello et de Barcelone. Plus en retrait à Assen (7e) et au Sachsenring (6e), sur des circuits pas favorables à la Ducati, Jorge Lorenzo terminera ensuite second à Brno, avant de triompher à nouveau Spielberg. Suivirent trois poles – malheureusement non-transformées – à Silverstone (annulé), Misano (17e) et en Aragon (chute). Des chutes et blessures gâchèrent la fin de son aventure, avec notamment quatre forfaits consécutifs et une dernière course compliquée à Valence (12e).

Pas de retour prévu

Les aveux – regrets ? – de Gigi Dall’Igna ne l’incitent toutefois pas à penser à un nouveau partenariat avec Jorge Lorenzo. Il n’a plus la vitesse pour rouler en MotoGP, parce qu’il n’a plus la tête à le faire. « Le problème est qu’un pilote ne peut pas être séparé de son esprit et de sa volonté. Je ne crois pas qu’il veuille redevenir pilote, donc je pense qu’on peut le mettre sur n’importe quelle moto, il sera toujours lent. Car il n’a pas la stimulation et la motivation pour faire ce qu’il faut pour rouler vite. Il faut garder à l’esprit qu’être pilote est un travail difficile. Il faut avoir la bonne attitude mentale pour pouvoir faire face aux difficultés rencontrées pendant une saison. »

Une lucidité également partagée par Jorge Lorenzo. S’il ne se considère pas incapable d’être rapide, il assume ne plus vouloir être pilote titulaire et préfère désormais profiter de sa nouvelle vie. Ses multiples chutes et blessures lors de sa dernière année, chez Honda, l’ont conduit à mettre un coup de frein définitif à sa carrière.

Lorenzo n’aura fait que 174 tours comme essayeur Yamaha

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