[Édito] Le Rouge et le Noir



Cette semaine, l’Édito est consacré à la situation paradoxale du plan Ducati : la première moitié de championnat 2019 est l’une des meilleures de son histoire, mais la satisfaction ne se fait pas pour autant sentir.

Pendant que les pilotes en terminent avec leurs vacances, les constructeurs, eux, redoublent d’efforts pour faire avancer leurs prototypes. C’est vrai entre les murs de chez Yamaha, ceux de KTM, mais aussi dans les locaux de Ducati. « J’en profite pour remercier le team qui, malgré les vacances, continue à travailler. Contrairement à moi qui prend du bon temps », plaisante d’ailleurs Danilo Petrucci depuis sa ville natale de Terni.

Les Ducatistes gardent le sourire, mais il y avait de l’orage dans l’air au moment de ranger les gants, début juillet. Aucune GP19 n’était sur le podium des deux dernières courses d’Assen et du Sachsenring. Pourtant, le trio Andrea Dovizioso – Danilo Petrucci – Jack Miller assure qu’il a tout donné, mais qu’avec la Desmosedici, il n’est pas possible de faire mieux. Qu’une « limite a été atteinte ».

Dovi s’est lâché, estimant que « Ducati vit un moment critique et qu’il va falloir réagir », « se repositionner ». Qu’il faut s’attaquer à « l’ADN de la moto » pour lui permettre – notamment – de mieux se comporter dans les virages rapides. Petrux souligne lui aussi que malgré les progrès accomplis, « ce n’est pas suffisant ». Et Davide Tardozzi de reconnaître qu’il n’y a « pas eu de pas en avant décisif fait sur nos points faibles ».

Il y a pourtant quelques belles réussites au tableau de chasse de Ducati cette saison : une victoire à Losail, une autre au Mugello, plusieurs tirs groupés (les trois GP19 dans le top-6 à Termas, au Mans et au Sachsenring), un total de huit podiums. Et ce alors que les qualifications sont généralement dominées par leurs adversaires, avec le trio Marc Marquez – Fabio Quartararo – Maverick Viñales largement en tête du challenge BMW M Awards (sorte de championnat des essais).

En termes de régularité aussi, cela va aussi plutôt bien : Danilo Petrucci a terminé toutes les épreuves, avec une sixième place comme pire résultat. S’il n’avait pas été tamponné par Jorge Lorenzo à Barcelone, Andrea Dovizioso en serait aussi à 100 % d’arrivées, avec une cinquième place comme moins bonne performance. Quant à Jack Miller, c’est souvent tout ou rien : ou des chutes alors qu’il joue devant (Jerez, Mugello), ou de très bonnes prestations (troisième à Austin, quatrième au Mans et en Argentine…).

Les trois pilotes n’ont même jamais fait aussi bien. Record de points marqués en neuf courses pour Andrea Dovizioso depuis son arrivée chez Ducati, en 2013 (127, contre 88 en 2018, 123 en 2017…). Idem pour son coéquipier Danilo Petrucci, qui ne cesse de répéter qu’il fait son « meilleur début de saison » – il compte presque autant de points en neuf GP (121) que sur l’ensemble de l’année 2017 (124) ou 2018 (144). Même Jack Miller peut faire ce constat avec ses 70 unités empochées, déjà proche de son record sur une saison entière (91 en 2018).

Il y a quelques années, le clan Ducati aurait été très satisfait d’un tel bilan. D’autant que le plus dur de la tournée est passé, car arrivent désormais des circuits où les pilotes ont bien plus de chances de briller : Brno, Spielberg, le Motorland Aragon, Buriram, Sepang… Alors pourquoi une telle sensation de débandade ?

« Le problème, c’est Marquez »

La raison est simple : le focus des hommes en rouge a changé. L’ascension d’Andrea Dovizioso (double vice-champion du monde sortant), l’obtention de nombreuses victoires (dix-sept depuis la première d’Andrea Iannone en août 2016), les progrès d’une Desmosedici devenue plus docile à piloter… ont modifié les buts des Ducatistes. Désormais, ils ne visent plus les succès mais le succès suprême : le titre de champion du monde MotoGP.

Avec une telle ambition, il est dès lors impossible d’être satisfait de la situation actuelle. Car en dépit de tout ce qui a été dit plus tôt, un objectif reste inachevé : venir à bout de Marc Marquez. L’Espagnol s’est adjugé les trois derniers titres mondiaux, et empile victoires (cinq) et podiums (huit) depuis le début de l’année. Son avantage est déjà de 58 points sur Andrea Dovizioso, 64 par rapport à Danilo Petrucci. Manuel Poggiali ne dit pas autre chose quand il explique que « le problème de tous les pilotes, c’est Marquez ».

Vu de cette manière, les problèmes ressortent à la surface. Oui, la Desmosedici a « des limites » et on le constate sur des pistes comme Assen et le Sachsenring, où les pilotes ne parviennent pas à jouer la gagne. Oui, devant, Marc Marquez s’en va vers un (probable) nouveau titre, à moins d’un retournement de situation qui serait inédit dans son cas. Oui, derrière, la menace arrive avec le retour de Maverick Viñales, les progrès d’Alex Rins ou la fougue de Fabio Quartararo.

Et cette fois, Andrea Dovizioso semble avoir augmenté son niveau d’exigences : même s’il gagne les prochains Grands Prix, il sait que la configuration des circuits y sera pour quelque chose, et ne voudra pas entendre parler de sortie de crise. Pour lui, les problèmes seront résolus lorsque Ducati gagnera sur des circuits où elle ne pouvait pas avant. Les vraies réponses à ces questions ne viendront donc pas en République-Tchèque ou en Autriche. « Ce n’est pas facile et cela prend du temps », rappelle Luigi dall’Igna, qui rajoute que leurs objectifs « ne sont pas impossibles à atteindre ».

La deuxième moitié de championnat des Ducatistes n’est pas pour autant sans enjeux. D’abord parce que même si Marquez est devant, tout peut encore arriver : des chutes, une blessure, et la donne est relancée. Et même si le pilote Honda s’envole vers la couronne, il y a une place de vice-champion à défendre face à Rins, Viñales ou Rossi. La guerre est aussi interne à l’équipe officielle, car pour la première fois depuis 2015, Dovizioso pourrait bien ne plus être le numéro un des Rouges, concurrencé par Petrucci – 6 points les séparent. Quant à Miller, il mène le classement des pilotes satellites et devra trouver de la constance pour vaincre Fabio Quartararo et Cal Crutchlow.

Partager cet articleShare on Facebook
Facebook
0Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on LinkedIn
Linkedin
Email this to someone
email

2
Poster un Commentaire

2 Fils de commentaires
0 Réponses de fil
0 Abonnés
 
Commentaire avec le plus de réactions
Le plus populaire des commentaires
1 Auteurs du commentaire
  S’abonner  
le plus récent le plus ancien le plus populaire
Notifier de
Sarah

Salut! Je t’invitе au Seх Сlub – http://www.Sexia.club

[…] [Édito] Le Rouge et le Noir […]