La première team-manager féminine du paddock



La Dorna, organisatrice du championnat du monde de vitesse moto, lance une série d’articles consacrés aux femmes du paddock. « Des articles dédiés à ces femmes, qui se sont faites une place dans ce milieu, traditionnellement perçu comme en grande majorité masculin. Chaque 8 du mois, elles vous raconteront ainsi leur histoire, tout en vous faisant partager quelques anecdotes et leur avis sur les transformations observées ces dernières années au sein du paddock. »

GP-Inside applaudit cette initiative, la soutient et diffusera ces articles sans en toucher un mot. Voici le troisième, consacré à Milena Koerner.

Petite, Milena Koerner regardait les courses de telle sorte à les raconter à son père, souvent au travail lorsque ces dernières se déroulaient. À la tête du team MV Agusta Forward Racing en Moto2, la voici désormais une des figures féminines les plus emblématiques du paddock… Retour sur son parcours.

Élevée au sein d’une famille de motards, Milena Koerner s’est rendue pour la toute première fois sur un Grand Prix en 1998, plus exactement au Sachsenring… « En fait, je suis originaire d’une ville située à tout juste 20 km, explique-t-elle. Et c’est un circuit assez particulier dans la mesure où les pilotes doivent forcément traverser le public pour accéder au paddock, ce qui nous permet de les voir de plus près. C’était tout nouveau pour moi et honnêtement, je ne pensais pas y revenir après tant d’années. »

Suite à cette expérience, Milena eu l’occasion de découvrir ce milieu plus en profondeur, au gré de nombreux déplacements sur les courses européennes, jusqu’au jour où elle a commencé à se voir proposer du travail. « Certaines personnes que j’avais rencontré m’ont dit de chercher du boulot dans une équipe comme ça je n’aurais plus à payer mes voyages, raconte-t-elle. La première offre que j’ai reçue, je l’ai refusée car j’étais encore au lycée et que je n’avais pas même pas mon bac. Mais à la deuxième, j’ai sauté le pas. »

C’est ainsi que Milena a intégré le paddock… « Après avoir brièvement exercé comme modèle, j’ai trouvé mon premier vrai job auprès du team Scott, à l’hospitality. En fait, c’était juste avant d’entrer à l’université. Mais je me suis dit que j’allais en profiter quelques temps, histoire de me faire quelques sous et que je me retournerai par la suite, sauf qu’au final j’y suis restée, indique-t-elle en esquissant un sourire. À vrai dire, Stefano Bedon m’a beaucoup appris, chaque année il me confiait de nouvelles responsabilités ! »

Milena s’est dans la foulée occupée de la logistique pour le compte du Forward Racing ; team qu’elle retrouvera en 2019, après voir endossé le rôle de Marketing et Communication Manager chez Tech3 durant cinq années.

Selon elle, chaque poste a ses particularités, mais ce qui les rapproche c’est les relations qui progressivement s’instaurent : « J’aime suivre l’évolution des pilotes. Par exemple, j’ai travaillé avec Cal durant un certain temps. Et curieusement, le jour où on n’a plus fait partie de la même équipe, il m’a dit : ‘Maintenant, on peut être amis !’ Car vous entretenez un rapport professionnel, parfois vous lui dites ce qu’il doit faire, que ça lui plaise ou pas… Chaque pilote le prend différemment. Mais d’un autre côté, c’est inévitable que des liens se tissent au sein d’un team, dans le sens où vous passez la plupart de votre temps avec eux. »

En 2019, un nouveau chapitre a ainsi débuté pour elle. En tant que COO du team Forward Racing, elle s’est retrouvée à gérer deux pilotes : Dominique Aegerter et Stefano Manzi, qui aura d’ailleurs grandement mûri à ses yeux. « Si je repense à la façon dont il se comportait au départ et à maintenant, on dirait que c’est une toute autre personne, reconnaît-elle. Voir cette métamorphose et de savoir qu’on y a contribué, ça vous remplit de joie. C’est en quelque sorte la récompense de votre travail. »

Arrivée dans le paddock alors qu’elle était tout juste majeure, Milena a également pu noter une certaine évolution dans ce milieu, de plus en plus composé de femmes. « Nous sommes encore minoritaires, précise-t-elle. Oui, les équipes doivent investirent dans des vêtements adaptés, oui ça les obligent à prendre des chambres séparées… » Mais toutes ces barrières sont tombées grâce à la compétence et au professionnalisme de femmes comme Milena, devenue de véritable ressource pour leur structure.

« En dehors de ça, si une femme désire travailler dans ce paddock, elle doit se battre. Et c’est pas parce que c’est difficile qu’il faut renoncer. Au contraire, ça peut être une motivation supplémentaire ! » Autre conseil donné par Milena, celui de bien connaître ce milieu, y compris ses aspects les plus techniques : « Pour être respecter et surveiller ce que font tes collaborateurs est importants, afin de ne pas te faire duper. Mais il faut dire que le fait d’avoir occupé différentes fonctions au sein du paddock m’aide beaucoup. Je sais où regarder, pour m’assurer que tout fonctionne correctement. À la fois, j’ai passé plus de la moitié de ma vie dans cet environnement. »

Enfin si elle devait se décrire ? « Je dirais casse-pieds, bourreau de travail et déterminée ! » Des qualités qui lui auront permis de se faire une vraie place dans ce milieu. Si ce sont des qualités qui rapportent ? « Le temps le démontrera, quand notre moto sera plus compétitive et que les pilotes seront contents. C’est notre objectif ! »

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