« L’aventure humaine », le carburant du SERT



Des pilotes solides, une équipe soudée, une moto préparée pour gagner, un état d’esprit où la sérénité exalte la détermination : tels sont les ingrédients qui ont fait les beaux jours de l’équipe Yoshimura SERT Motul, en 2021. Une année terminée avec une nouvelle médaille d’or autour du cou, la dix-septième en Endurance.

Victoire aux 24 Heures du Mans, victoire au Bol d’or, troisième place aux 6 Heures de Most : trois trophées sont venus s’ajouter au palmarès déjà bien garni du Suzuki Endurance Racing Team (SERT), cette saison. Trois résultats qui, en plus des points récoltés aux 12 Heures d’Estoril, ont validé la conquête d’une dix-septième couronne mondiale en Endurance. La réussite d’un collectif aux engrenages bien huilés.

Un rêve au quotidien

Rencontrer le team-manager de l’équipe Yoshimura SERT Motul, Damien Saulnier, c’est ouvrir une porte sur un monde. Et comprendre d’où la structure tire cette énergie qui alimente la machine à gagner, année après année. Les coupes ont beau s’accumuler sur les étagères, lui a « toujours ce moment de stress avant la course… et c’est ce qui me fait vibrer ». Vibrer depuis l’enfance, à l’époque où porter la tunique du SERT n’était encore qu’un rêve auquel il s’autorisait à penser.

Quelques décennies plus tard, vivre ce rêve est le carburant de son moteur. « Quand j’étais gamin, je croisais le chef, Dominique (Méliand), dans le paddock. Apres tu commences à lui parler, tu échanges 2-3 mots… Et toute cette continuité t’amène à la tête du SERT, à faire durer cette magnifique équipe qui a 40 ans d’expérience et 16 titres (17 désormais, NDLR). »

Les yeux de Damien Saulnier se mettent à briller, tandis qu’il poursuit sur son rôle et sa motivation sans cesse renouvelée. « C’est une grande responsabilité par rapport à la marque, aux pilotes, aux permanents, aux bénévoles… J’ai tellement envie que ça marche. On se doit de faire les choses bien par rapport à eux, à Suzuki, à Yoshimura, aux partenaires. Le challenge est juste splendide, et l’aventure est énorme. »

En concordance avec Suzuki

Ce nouveau triomphe du SERT a été validé en République-Tchèque, à l’issue d’une saison entièrement disputée en Europe. Mais c’est à 8 000 kilomètres de là, au Japon, qu’il s’est d’abotd construit. Et si les pilotes étaient les plus rapides et réguliers en piste, il ne faut pas omettre le travail fait par Suzuki, qui fournit saison après saison une GSX-R qui ne déçoit pas.

« Les Japonais n’arrêtent pas de travailler, et même si en 2021 c’étaient les mêmes châssis, cadres ou moteurs, ils ont fait évoluer de nombreux petits points, explique le team-manager. Fin 2020 on a eu un gros briefing pour leur donner nos axes de travail, comment s’améliorer, et ils ont été très à l’écoute. » Ce ne sont parfois que des détails, comme l’emplacement d’un bouton sur le guidon. Mais des détails qui, sur 66 heures de course – temps de compétition passé en piste cette année, sans compter les essais –, font la différence.

Une trêve à double-face

66 heures de course, au lieu des 76 initialement prévues. La crise sanitaire a eu raison d’une partie du calendrier, avec l’annulation des 8 Heures d’Oschersleben puis de celles de Suzuka, ou encore la reconfigurations des dates des épreuves. Le coup d’envoi de la saison a eu lieu le week-end du 13 juin, soit environ neuf mois après la dernière course en date, le Bol d’Or 2020. Du jamais vu.

Au SERT, ce timing est étrangement bien tombé, car il y avait beaucoup de choses à mettre en place avec la fusion entre le SERT et Yoshimura. La réorganisation était totale, et ces reports ont laissé plus de temps aux troupes de Damien Saulnier. Et on aurait tort de croire qu’il s’agit d’une mince affaire : changement des couleurs (historiques !) de l’équipe, nouveau box, arrivée des motos, des pièces, des carénages, nouvelles peintures (…) Un travail qui se compte en semaines.

Pour les pilotes, évidemment, la donne fut différente, et l’attente bien plus longue. « On dit toujours qu’il faut faire de la moto, quel que soit le type de moto que tu vas enjamber après. Le côté financier n’est pas facile non plus, car il n’y a pas de courses alors que les gars vivent des partenaires et des primes. La condition physique est un énorme facteur, car c’est dur de te lever le matin, partir courir, faire du sport, de la piscine, alors que ta prochaine course est dans quatre mois, et que tu n’en as pas eue depuis cinq mois. Il faut continuer à se faire violence tout en sachant que tu n’as pas de compétition. »

Un trio de choc

Puis vint le moment de la reprise, devant un calendrier écourté – seulement quatre courses – qui demande une approche plus délicate. « Il faut trouver l’équilibre en étant un peu plus prudent tout en allant au charbon. Avec seulement quatre courses il faut être vigilant, ne pas faire de boulette. Si tu grilles un joker sur un championnat où il n’y a que quatre courses… »

Ce « joker », le SERT l’a utilisé aux 12 Heures d’Estoril, mais tout en parvenant quand même à ramener 12 points du Portugal. Les succès du Mans et du Bol d’Or ont rattrapé le coup, et le podium de Most est venu conclure une saison à nouveau réussie par les hommes de Damien Saulnier.

Crédit photo : Eurosport Events/FIM EWC

Ces hommes, ceux en piste, méritent leur quart d’heure de gloire. D’abord, Gregg Black, pilote du SERT depuis des années, spécialiste des holeshots et de l’Endurance – son premier Bol d’Or remonte à 2009. Ensuite, Xavier Simeon, arrivé en 2020 et qui s’est bien intégré à sa nouvelle discipline, après de nombreuses années de Grands Prix. « Xavier sait rouler, il s’est énormément calmé, est beaucoup plus à l’écoute et il a envie que ça marche, félicite Damien Saulnier. Il sait où il est. Je dis toujours que je préfère qu’on aille un peu moins vite, mais que la moto passe la ligne à tous les tours. »

Enfin, Sylvain Guintoli, nouvelle pépite du team. « Sylvain est un mec hyper réfléchi, bon dans tous les domaines. C’est un super metteur au point. Quand il descend de la moto, il connaît vraiment son job, sur les pneus, le châssis, l’électronique. Je ne suis pas étonné que Suzuki continue avec lui en MotoGP. Il est hyper constructif, calme, serein… Sylvain a une grande expérience en MotoGP et tu le sens direct. Il a ce petit truc en plus ; il ne va pas rouler trois secondes plus vite que le autres, mais amener sa sérénité, son expérience, sa maturité. »

« Avoir la bonne aventure humaine »

Au SERT, on parle vitesse, stratégie, mais aussi bonheur, ce-dernier élément devant galvaniser les deux précédents. « Je veux que mon équipe soit soudée, qu’on passe tous une bonne semaine : les cuistos, les kinés, les serveuses, les gars des pneus, tous main dans la main, dans un bon état d’esprit. Il faut qu’on garde le numéro 1, mais j’ai surtout envie qu’on passe une bonne semaine et que les pilotes se sentent bien. Pour avoir le bon événement sportif, il faut avoir la bonne aventure humaine. »

« Je pense que la sérénité dans l’équipe amène à passer une bonne semaine et à être devant, car ça donne envie aux pilotes de faire un petit truc en plus, poursuit Damien Saulnier. Parce qu’ils savent que derrière il y a beaucoup de monde qui se bouge pour qu’ils puissent faire de la moto et avoir le titre. »

Et la formule fonctionne. Ces phrases, prononcées il y a quelques semaines, sont celles d’un homme qui vient d’offrir au SERT sa dix-septième étoile. Et qui ne manquera pas d’inspiration, ni d’énergie, à l’heure de la remise à zéro des comptes, avec un dix-huitième sacre en ligne de mire en 2022.


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