Spa, passage de témoin, MotoGP… La vie et l’avis de Sébastien Gimbert



24h de Spa : J-18. Après un passage en en Grand Prix, Sébastien Gimbert a tout gagné en endurance. Trois fois les 24h du Mans et le Bol d’or, et une fois les 24h de Spa, une victoire qu’il n’oubliera jamais  Et sur laquelle il revient avant l’édition 2022, dans un entretien avec GP-Inside où il donne aussi de ses nouvelles. Accrochez-vous, l’homme a un agenda plutôt chargé.

GP Inside : Avant d’évoquer Spa et le GP de France, peux-tu nous parler de tes activités ?

Sébastien Gimbert : « J’avais anticipé ma retraite sportive en 2018 mais je ne pensais pas que j’allais travailler autant ensuite ! En parallèle de mon contrat de pilote, j’avais monté ma propre équipe en 2014 et, dans la foulée, j’ai fait rouler Remy Gardner et Iker Lecuona en championnat d’Espagne Moto2. Puis je me suis rendu compte que ce rôle de team-manager ne me satisfaisait pas pleinement et j’ai donc lancé une structure de préparation de motos pour des clients privés. C’est aussi à ce moment que j’ai eu l’opportunité d’ouvrir un magasin Speedway en 2018 à Fréjus. C’est une expérience géniale où il m’a fallu apprendre beaucoup :la gestion du personnel, des stocks, le marketing… Mais je reste au contact de ma passion et l’ai abordée avec la même détermination qu’un départ de course ! Je retrouve des situations connues dans ma carrière avec des défaites et des victoires, où il faut savoir s’adapter, se remettre en question et prendre des décisions pour être performant. »

« En 2009, j’avais aussi été contacté par Patricia Pallegoix pour venir voir la Conti School, une école de pilotage pour les jeunes créée par son père, Luigi Conti. Quand je suis arrivé au milieu des enfants, j’ai tout de suite repéré un pilote qui freinait plus tard que les autres et roulait déjà très fort, et ce gamin de dix ans s’appelait Fabio Quartararo ! J’ai donc accompagné la Conti School pendant deux ans et réalisé que j’avais beaucoup de plaisir à former ces enfants, à leur transmettre mon expérience. Donc en 2014 j’ai créé la Race Experience School avec mon associé, Thibaut Gourin, et désormais nous disposons d’une structure complète qui va de la simple initiation au stage de perfectionnement pour accompagner les meilleurs en compétition. Nous nous inspirons de ce que font les Espagnols en travaillant sur des pistes de kart car, avant de faire mieux que les autres, on va déjà essayer de faire aussi bien ! Nous proposons une offre adaptée à tous les besoins et grâce à nos fidèles partenaires, nous avons pu initier et former 1600 enfants en un an ! »

« J’ai récupéré depuis peu le circuit du moto-club Centaure de Nice, en plein centre-ville et à quelques mètres de la mer, pour mettre en place notre école à destination des enfants à partir de 4 ans sur des PW. C’est là que Quartararo a fait ses premiers tours de roues avec son père Etienne,. Je m’investis également beaucoup à Fréjus où le maire est fan de sports mécaniques, et où il y a l’idée d’un campus multi-sports pour fidéliser et former les sportifs de la région. C’est à ce titre que nous avons lancé la section moto de l’AMSLF, le club multi-disciplines de Fréjus. Nous travaillons aussi en étroite collaboration avec la Fédération française dont nous avons le label pour crédibiliser nos actions, qui s’adressent aux enfants mais aussi aux adultes. Bref, on a du pain sur la planche ! »


Effectivement, tes journées sont bien remplies…

S.G : « Attends, ce n’est pas fini ! Je suis également importateur pour la France des motos Ohvale, qui sont parfaites pour l’initiation et le perfectionnement car elles reprennent les caractéristiques d’une moto de course, mais en miniature. C’est pour cette raison que de nombreux pilotes, comme Marquez, Oliveira ou Espargaro, s’entrainent avec ces motos, qui sont aussi utilisées pour le Mini Series World GP, mis en place par la Dorna et la Fédération internationale, et également par la FFM qui a créé un championnat de France. Ce sont des motos qui demandent très peu d’entretien, extrêmement fiables et faciles à transporter. On en vend de plus en plus chaque année. »

« L’autre activité qui me prend beaucoup de temps est le début de carrière de mon fils, Johan, qui a 17 ans et qui a voulu faire de la compétition moto il y a trois ans. Je lui ai dit que je lui paierais une saison s’il avait de bons résultats à l’école, et c’est là qu’il s’est mis à bien travailler ! Il a commencé par faire une année en 300cc en Espagne où il a terminé troisième, puis une année en mondial 300cc où il a confirmé qu’il était vraiment doué. Le problème, c’est qu’il faut trouver les moyens financiers pour parvenir à rouler au plus haut niveau. Et la moto, c’est un sport de riches pratiqué par des pauvres ! »

« Cette année il fait le championnat de France Supersport, et me voilà reparti sur les circuits pour l’accompagner. Il a fait de très bons résultats sur les deux premières épreuves et l’objectif est de l’amener rapidement en mondial. Je n’avais pas particulièrement envie de reprendre ce rôle de team-manager, mais pour mon fils je n’hésite pas une seconde car on vit des moments géniaux ensemble. Mon seul objectif est qu’il soit épanoui. »

Gimbert sur la plus haute marche du podium de Spa avec Four et Dussauge

Parlons des 24h de Spa. Quels souvenirs gardes-tu de cette victoire en 2003?

S.G : « Je m’en souviens comme si c’était hier ! L’aventure avait mal commencé puisque Jean-Michel Bayle, qui roulait avec nous sur la Suzuki officielle, s’est blessé peu avant l’épreuve et a été remplacé au dernier moment par Olivier Four. C’était assez spécial car on a fait tous les essais sous la pluie et il faisait beau pour la course, c’était donc la première fois qu’on roulait sur le sec ! Je me souviens d’un relais entier en bagarre avec Brian Morrison, on attaquait sans relâche et on a explosé le record du tour. Super souvenir ! Gagner à Spa, sur ce circuit emblématique qui me faisait rêver depuis que j’étais gosse, est une émotion inoubliable. Je ne connais aucun circuit qui offre autant de sensation pour un pilote. Qu’il s’agisse du ‘Raidillon’ ou des longs virages qui passent à bloc plein angle, c’est vraiment un truc de fou que tu ne trouves nulle part ailleurs ! »

Quels conseils donnerais-tu aux pilotes qui vont tous découvrir ce tracé, à part Matthieu Lagrive qui participait déjà à ton époque ?

S.G : « C’est drôle, Matthieu est arrivé en endurance début 2000 en étant le plus jeune pilote, et maintenant c’est le plus vieux ! Pour les autres, il faut vraiment être vigilant avec la météo souvent capricieuse à Spa. Le circuit est tellement long qu’il peut pleuvoir à un endroit et pas à un autre. Sinon ils vont se régaler, l’endroit est magnifique, les gens sont adorables et ce sont de vrais fans de moto. Et la piste est extraordinaire, avec un très bon grip qui permet de prendre beaucoup d’angle. L’autre particularité de Spa, c’est la nuit où il fait très sombre, et quand tu te retrouves seul dans la forêt à plus de 250 km/h, c’est une sensation unique ! »


Un mot sur le GP de France qui vient d’avoir lieu au Mans ?

S.G : « C’était formidable de voir autant de monde autour du circuit, avec une ambiance fantastique. Tous ces drapeaux, cette ferveur, c’était émouvant et je remercie Claude Michy et tous ceux qui ont contribué à cette réussite. Ça fait tellement de bien à la moto ! Ensuite, sportivement, nos deux français ont fait une très belle course, même si on aurait préféré qu’ils finissent sur le podium. Ils marquent de gros points et c’est essentiel dans l’optique du championnat. Bastianini n’en finit pas de m’impressionner, il fait preuve d’une grande maturité. Espargaro est aussi la grande surprise de ce début de championnat, je ne suis pas fan du personnage mais c’est un très bon pilote et l’Aprilia a beaucoup progressé. Je suis un peu triste de voir Marquez être obligé de prendre une roue pour bien se qualifier, c’est incroyable de voir comment il perd l’avant si fréquemment, il faut vraiment que Honda trouve de solutions. Quant à Bagnaia, il a péché par excès d’orgueil après s’être fait doubler par Bastianini et il s’est fait piéger au Raccordement où nous, pilotes d’endurance, pour y avoir laissé pas mal de carénages, savons qu’il ne faut pas rentrer trop fort. »

« Pour le podium final cette année, je vois bien Fabio à nouveau champion du monde, Bastianini deuxième, Espargaro troisième et Zarco juste derrière ! »

Partager cet articleShare on Facebook
Facebook
0Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on LinkedIn
Linkedin
Email this to someone
email
S’abonner
Notification pour
1 Commentaire
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
diopzo
1 mois il y a

On dit que les chats ont plusieurs vies ; certains humains aussi !