Un peu plus de 100 jours après sa blessure à la jambe, Johann Zarco retrouve les circuits. Avant le Grand Prix, le Français est revenu sur sa convalescence et la préparation de son retour.
Comment as-tu vécu ces trois mois loin des circuits ?
« Plutôt bien, parce que je n’ai pas ressenti énormément de manque. J’ai été occupé tout le temps. Un mois à Antibes en famille, ça n’avait pas existé depuis 2008, et mine de rien ça fait du bien. Ensuite, le retour en Andorre, avec chaque journée consacrée à me soigner : prendre soin de la jambe, m’entraîner, faire de la récupération, découvrir le caisson hyperbare. C’est difficile parfois de jauger à quel point ça aide, mais on se dit que ça ne peut pas faire pire, donc on prend tout ce qui est bénéfique. »
Les premières courses sans toi, comment ça s’est passé ?
« J’ai essayé de ne pas les regarder, pour prendre ça comme une occasion de vraiment déconnecter. Ce n’était pas facile. Même sans vouloir suivre, quand un week-end commence, je sais qu’il commence. J’étais en train de faire autre chose, mais dans un coin de la tête, les autres étaient en piste. C’est fou : je sais qu’à 10 heures, il faut que je sois sur la moto. Ça s’est débloqué au deuxième ou troisième week-end. J’étais à la salle et j’avais oublié que les gars roulaient. Ça m’a fait du bien. Et après trois week-ends, l’envie est revenue, au moins de regarder la course. Ça m’a reconnecté un peu. »
Tu as regardé tout de suite les images de la chute ?
« Non. J’en ai vu pas mal circuler ensuite, mais c’est surtout au moment de l’appel pour la pénalité que je l’ai regardée. C’était le moyen de revoir la chute au mieux, d’essayer de l’expliquer, et de me dire aussi : j’explique quelque chose, mais peut-être que je me trompe. »
Comment tu prends cette pénalité ?
« Bien. J’ai expliqué que mon intention à ce moment-là n’était pas de jouer les super-héros, de vouloir gagner plusieurs places en prenant un risque et en mettant les autres en danger. Ils l’ont bien vu. Il n’y avait pas d’optimisme excessif dans ma manœuvre : je me relève même avant les autres, je freine un peu plus tôt. Mais j’ai peut-être eu du mal à débloquer la fourche, j’ai relâché un peu le frein, et on va dire que j’ai perdu le contrôle de la moto. Quand tu perds le contrôle de ta moto, tu en es responsable. Ça mérite une pénalité. »
Depuis, le règlement a évolué et le holeshot device à l’avant a disparu. Une bonne chose ?
« Je pense que oui, et c’est dommage que nous, les pilotes, on ne se soit pas assez plaints de ce système quand il est sorti. On était obsédés par l’idée de partir le plus fort possible, parce que ça nous faisait vraiment gagner du temps de 0 à 100 km/h, de 0 à 200 et de 0 à 300. Pour rappel, on faisait le 0 à 300 km/h en 8 secondes. Quand on part en première ligne, c’est plus facile à débloquer, on peut freiner où on veut. Dans le paquet, c’est plus compliqué. Ceux qui sont dans le paquet, dont moi, auraient dû s’en plaindre beaucoup plus. »
Physiquement, tu as passé les contrôles médicaux. Tu t’attends à souffrir ce week-end ?
« Je ne pense pas. Je peux à la limite boiter quand je reste longtemps plié, donc au-delà de 20 minutes, sur une durée de course. La position est très exigeante. Mais sur la performance et le feeling sur la moto, il ne devrait pas y avoir de gêne, vu ce que j’ai déjà pu tester la semaine dernière. »
Tu arrives avec l’énergie d’un début de saison ?
« Pas tellement. Avec l’équipe, on a décidé d’aborder ce week-end comme un week-end normal, mais avec moins de pression. On sait déjà que la course du dimanche est perdue avec les deux long laps. On n’est pas pessimistes, mais ça aide à arriver plus détendus. »
La Honda évolue presque à chaque Grand Prix. Tu vas retrouver une moto différente ?
« Pas pour moi, non. D’après ce que j’ai déjà pu échanger avec l’équipe, il peut y avoir de petites variantes sur l’électronique, mais toujours dans de petites zones d’évolution, donc ça ne peut pas gêner, ça ne peut qu’apporter. Sur la mécanique, il n’y a pas eu de step pour l’instant. »
Tu as été le premier repère de Diogo Moreira sur les premières courses, avant de disparaître. Tu as suivi sa progression ?
« J’étais super content de son week-end en Hongrie, c’était beau. Et au Mugello aussi, c’était assez hallucinant. Très content de le voir performer comme ça. Après, ça a été plus difficile, mais je n’étais pas sur place, c’est dur de comprendre ce qui se passe. De toute façon, aucun doute sur Diogo. Pour moi, c’est un top pilote. Il a cette intelligence dans le corps pour comprendre comment piloter. Si ça ne paye pas tout de suite, ce n’est qu’une question de temps avant qu’il soit fort. »